A quoi s'attendre ?
Ces quelques extraits sont le fruit de mon travail, rédigés ces deux dernières années, reproduits ici avec le consentement de mes confidents.
Ces quelques extraits sont le fruit de mon travail, rédigés ces deux dernières années, reproduits ici avec le consentement de mes confidents.

“ Lorsqu’elle parla, sa voix au timbre clair
et vibrant, ses expressions nettes et précises
nous frappèrent et tout de suite
nous intéressèrent... ”
Mon grand-père se rendait chaque année...
“ Mon grand-père se rendait chaque année à Terre-Neuve, une île près du Canada où il pêchait la morue. Il partait de Saint-Malo sur un gros bateau à voile vers le mois d’Avril et revenait entre septembre et novembre. Francis, son fils, désormais orphelin de mère, n’avait pas pu être recueilli par les frères ou soeurs de son père, tous pauvres comme ses parents. Il avait donc été placé en orphelinat.
Cet orphelinat, situé à Saint-Georges de Rintembaud, était dirigé par un directeur et par des soeurs habituées à commander, diriger, punir. Jamais elles n’avaient un mot tendre pour les pensionnaires. Les seules visites que recevait mon père étaient celles de sa grand-mère pendant quelques temps ou de son père quand il le pouvait. L’orphelinat était loin de Saint-Malo.
Un jour, il fut appelé par le directeur dans son bureau qui lui dit : « tu as dû mal travailler et tu n’as pas été sage, alors ton père est mort... ». Le pauvre s’est longtemps cru responsable de la mort de son père.
Les jours à l’orphelinat étaient tous rythmés de façon identique : le lever, la toilette à l’eau froide (hiver comme été), beaucoup de prières, l’école, la récréation, les punitions, les fessées, le coucher.
Francis avait un gros ennui : à sept ans, il faisait encore pipi au lit. Ce qui lui valait chaque matin martinet ou punition...
En classe, il travaillait bien. Il avait une belle écriture, ne faisait pas de fautes d’orthographe, rédigeait bien. Il avait une bonne mémoire pour ses leçons, mais le calcul !... Le calcul !... Les coups de règles pleuvaient sur ses doigts, cela faisait très mal. ”
Mme G. - 85 ans
“ Mon grand-père se rendait chaque année à Terre-Neuve, une île près du Canada où il pêchait la morue. Il partait de Saint-Malo sur un gros bateau à voile vers le mois d’Avril et revenait entre septembre et novembre. Francis, son fils, désormais orphelin de mère, n’avait pas pu être recueilli par les frères ou soeurs de son père, tous pauvres comme ses parents. Il avait donc été placé en orphelinat.
Cet orphelinat, situé à Saint-Georges de Rintembaud, était dirigé par un directeur et par des soeurs habituées à commander, diriger, punir. Jamais elles n’avaient un mot tendre pour les pensionnaires. Les seules visites que recevait mon père étaient celles de sa grand-mère pendant quelques temps ou de son père quand il le pouvait. L’orphelinat était loin de Saint-Malo.
Un jour, il fut appelé par le directeur dans son bureau qui lui dit : « tu as dû mal travailler et tu n’as pas été sage, alors ton père est mort... ». Le pauvre s’est longtemps cru responsable de la mort de son père.
Les jours à l’orphelinat étaient tous rythmés de façon identique : le lever, la toilette à l’eau froide (hiver comme été), beaucoup de prières, l’école, la récréation, les punitions, les fessées, le coucher.
Francis avait un gros ennui : à sept ans, il faisait encore pipi au lit. Ce qui lui valait chaque matin martinet ou punition...
En classe, il travaillait bien. Il avait une belle écriture, ne faisait pas de fautes d’orthographe, rédigeait bien. Il avait une bonne mémoire pour ses leçons, mais le calcul !... Le calcul !... Les coups de règles pleuvaient sur ses doigts, cela faisait très mal. ”
Mme G. - 85 ans
Le 5 janvier 1917 à 8 heures du matin...
“ Le 5 janvier 1917 à 8 heures du matin, lorsque je pénétrai dans la salle d’études de l’hôpital-école Edith Cavell, mon cœur battait bien fort. La personne que j’avais en face de moi retint plus longtemps mon attention. Elle était assez jeune, ses cheveux coiffés simplement étaient en partie dissimulés par un bonnet de médecin en toile blanche. Elle était douée d’une physionomie intelligente et agréable, bien que la bouche eut un pli très moqueur et, lorsqu’elle parla, sa voix au timbre clair et vibrant, ses expressions nettes et précises nous frappèrent et tout de suite nous intéressèrent. ”
Amélie H. - 25 ans
“ Le 5 janvier 1917 à 8 heures du matin, lorsque je pénétrai dans la salle d’études de l’hôpital-école Edith Cavell, mon cœur battait bien fort. La personne que j’avais en face de moi retint plus longtemps mon attention. Elle était assez jeune, ses cheveux coiffés simplement étaient en partie dissimulés par un bonnet de médecin en toile blanche. Elle était douée d’une physionomie intelligente et agréable, bien que la bouche eut un pli très moqueur et, lorsqu’elle parla, sa voix au timbre clair et vibrant, ses expressions nettes et précises nous frappèrent et tout de suite nous intéressèrent. ”
Amélie H. - 25 ans
En 1934, mes parents ont décidé...
“ En 1934, mes parents ont décidé, pour me perfectionner en allemand, de m’envoyer à Munich chez le frère aîné de mon père, qui était le grand rabbin orthodoxe de Munich.
Après quelques échanges de lettres, mes parents m’ont mise dans le train. J’avais seize ans et demi.
Nous ignorions tout de ce qui se passait en Allemagne. Cela paraît aujourd’hui incroyable, mais c’est la réalité.
La famille de mon oncle était adorable, j’ai été accueillie avec beaucoup d’amour. Il y avait trois filles et un garçon, tous plus gentils les uns que les autres. Tout allait bien.
Quand je sortais dans la rue, en revanche, un monde d’une grande bizarrerie m’attendait. Partout des gens en uniformes, les jeunes aussi. Une grande effervescence régnait. Les jeunes marchaient au pas de l’oie, chantaient à tue-tête des chants martiaux. Ils arrêtaient la circulation, se mettaient au milieu de la chaussée et faisaient des exercices militaires ! Une jeune maman poussait un landau et disait à son bébé qui avait un revolver sur les genoux : “ma petite chérie, dis “Heil Hitler” à la jeune fille !“ Les jeunes hommes portaient un uniforme noir ou brun, les jeunes filles des socquettes, une jupe noire et un chemisier blanc. Et partout, mais partout dans la ville, des croix gammées.
Ces gens avaient l’air très heureux mais étaient aussi arrogants, agressifs. ”
Klara W. - 92 ans
“ En 1934, mes parents ont décidé, pour me perfectionner en allemand, de m’envoyer à Munich chez le frère aîné de mon père, qui était le grand rabbin orthodoxe de Munich.
Après quelques échanges de lettres, mes parents m’ont mise dans le train. J’avais seize ans et demi.
Nous ignorions tout de ce qui se passait en Allemagne. Cela paraît aujourd’hui incroyable, mais c’est la réalité.
La famille de mon oncle était adorable, j’ai été accueillie avec beaucoup d’amour. Il y avait trois filles et un garçon, tous plus gentils les uns que les autres. Tout allait bien.
Quand je sortais dans la rue, en revanche, un monde d’une grande bizarrerie m’attendait. Partout des gens en uniformes, les jeunes aussi. Une grande effervescence régnait. Les jeunes marchaient au pas de l’oie, chantaient à tue-tête des chants martiaux. Ils arrêtaient la circulation, se mettaient au milieu de la chaussée et faisaient des exercices militaires ! Une jeune maman poussait un landau et disait à son bébé qui avait un revolver sur les genoux : “ma petite chérie, dis “Heil Hitler” à la jeune fille !“ Les jeunes hommes portaient un uniforme noir ou brun, les jeunes filles des socquettes, une jupe noire et un chemisier blanc. Et partout, mais partout dans la ville, des croix gammées.
Ces gens avaient l’air très heureux mais étaient aussi arrogants, agressifs. ”
Klara W. - 92 ans
Un changement de taille vint radicalement...
“ Un changement de taille vint radicalement changer le cours de nos existences. Les relations difficiles que notre père avait avec son supérieur direct, l’adjudant Vanier, lui valurent une mutation... au coeur de l’Afrique équatoriale. En matière de contrariété, notre mère était servie.
Nous embarquons tous sur le « Mermoz », fameux paquebot de croisière ; nous sommes en 1958, j’ai neuf ans, notre destination est Libreville au Gabon et pendant les dix-huit jours que dure la traversée, la vie est belle : nous passons nos journées entières à jouer d’un pont à l’autre, nous prenons nos repas dans une immense salle de restaurant. L’ambiance, dans le couple que forme nos parents est, elle, plutôt morose. Elle se dégrade davantage lorsque durant notre voyage, mon père reçoit un contre-ordre de dernière minute : nous n’allons plus à Libreville mais à Mitzig, petit village au coeur de la brousse où les blancs et les gens dits « civilisés » ne sont pas les bienvenus...
L’habitation qui nous est dévolue est une immense case en bois avec un toit de chaume. Point noir supplémentaire au tableau : il n’y a pas de plafond et la paille au-dessus de nos têtes est le lieu favori adopté par des araignées au diamètre disproportionné pour nous autres habitants du Nord de la France. Elles y bâtissent scrupuleusement leurs nids qu’elles transportent sous leur ventre et qui, parfois, cèdent sous le poids des oeufs. Et il arrive que leur chute corresponde avec le passage à ce moment préçis d’un des membres de notre famille. Ma mère, qui tentait de se reposer un soir sur le sofa du salon, réceptionna bien malgré elle l’une de ces pouponnières arachnéennes. Elle en fut quitte pour s’enfermer trois jours durant dans sa chambre, à l’abri de sa moustiquaire. La question de savoir pourquoi nous sommes tous phobiques de génération en génération face à cette espèce vivante ne se pose probablement pas...
Des gros lézards au doux nom de « margouillat » adoptent également la même habitude et il n’est pas rare d’en trouver un logé dans un chausson, le matin au réveil ou d’en recevoir un sur la table lors des repas... ”
E. R. - 63 ans
“ Un changement de taille vint radicalement changer le cours de nos existences. Les relations difficiles que notre père avait avec son supérieur direct, l’adjudant Vanier, lui valurent une mutation... au coeur de l’Afrique équatoriale. En matière de contrariété, notre mère était servie.
Nous embarquons tous sur le « Mermoz », fameux paquebot de croisière ; nous sommes en 1958, j’ai neuf ans, notre destination est Libreville au Gabon et pendant les dix-huit jours que dure la traversée, la vie est belle : nous passons nos journées entières à jouer d’un pont à l’autre, nous prenons nos repas dans une immense salle de restaurant. L’ambiance, dans le couple que forme nos parents est, elle, plutôt morose. Elle se dégrade davantage lorsque durant notre voyage, mon père reçoit un contre-ordre de dernière minute : nous n’allons plus à Libreville mais à Mitzig, petit village au coeur de la brousse où les blancs et les gens dits « civilisés » ne sont pas les bienvenus...
L’habitation qui nous est dévolue est une immense case en bois avec un toit de chaume. Point noir supplémentaire au tableau : il n’y a pas de plafond et la paille au-dessus de nos têtes est le lieu favori adopté par des araignées au diamètre disproportionné pour nous autres habitants du Nord de la France. Elles y bâtissent scrupuleusement leurs nids qu’elles transportent sous leur ventre et qui, parfois, cèdent sous le poids des oeufs. Et il arrive que leur chute corresponde avec le passage à ce moment préçis d’un des membres de notre famille. Ma mère, qui tentait de se reposer un soir sur le sofa du salon, réceptionna bien malgré elle l’une de ces pouponnières arachnéennes. Elle en fut quitte pour s’enfermer trois jours durant dans sa chambre, à l’abri de sa moustiquaire. La question de savoir pourquoi nous sommes tous phobiques de génération en génération face à cette espèce vivante ne se pose probablement pas...
Des gros lézards au doux nom de « margouillat » adoptent également la même habitude et il n’est pas rare d’en trouver un logé dans un chausson, le matin au réveil ou d’en recevoir un sur la table lors des repas... ”
E. R. - 63 ans
Je sais plus trop comment c’était...
“ Je sais plus trop comment c’était quand j’étais petite, petite.
Je me rappelle juste que j’avais deux grand-mères. Les autres, ils sont morts avant que j’aie des souvenirs.
Je me souviens pas de l’école non plus, sauf que j’y allais. Je me souviens juste que j’avais une meilleure amie. Hélène, elle s’appelait, on était toujours ensemble ; c’était pas dur, vu qu’elle habitait à deux maisons de la mienne.
A la maison, j’ai plein de frères et comme seule fille il faut pas que je me laisse faire. Des fois c’est chaud. Jordan, c’est l’aîné mais on n’a pas le même père. Le sien, il sait pas à quoi il ressemble, mais c’est quand même mon frère. Après c’est moi, puis Jean-Philippe (avec lui, c’est vraiment chaud-chaud...), Christopher et le petit dernier, Sullivan.
Maman, elle s’appelle Véronique. Elle reste à la maison depuis que je suis née. Papa, c’est Thierry. Son travail, c’est de surveiller que les voleurs volent pas. Mais c’est surtout la nuit, alors on le voit pas beaucoup. Mais quand il travaille pas, il s’occupe de nous, on fait des super parties de cache-cache dans la maison, surtout quand Maman fait les courses. Mais il est aussi super sévère quand on fait des bêtises, Jordan et moi. La punition qu’il donne le plus c’est de nous faire rester à genoux sur un manche à balai ou sur les gros graviers du jardin. Ça dure, ça dure... Au moins une demi-heure et on a intérêt à pas la ramener, sinon c’est encore plus long.
Je crois que Papa et Maman, il s’entendent bien. Des fois y' a des disputes, mais pas beaucoup. On rigole bien quand même. On a de la chance, on habite dans une maison à Carquefou avec un jardin et des voisins.
D’ailleurs c’est à cause d’un voisin que d’un coup, la vie elle a changé. Et d’un coup aussi j’ai enregistré les choses dans ma tête. ”
Aurore S. - 25 ans
“ Je sais plus trop comment c’était quand j’étais petite, petite.
Je me rappelle juste que j’avais deux grand-mères. Les autres, ils sont morts avant que j’aie des souvenirs.
Je me souviens pas de l’école non plus, sauf que j’y allais. Je me souviens juste que j’avais une meilleure amie. Hélène, elle s’appelait, on était toujours ensemble ; c’était pas dur, vu qu’elle habitait à deux maisons de la mienne.
A la maison, j’ai plein de frères et comme seule fille il faut pas que je me laisse faire. Des fois c’est chaud. Jordan, c’est l’aîné mais on n’a pas le même père. Le sien, il sait pas à quoi il ressemble, mais c’est quand même mon frère. Après c’est moi, puis Jean-Philippe (avec lui, c’est vraiment chaud-chaud...), Christopher et le petit dernier, Sullivan.
Maman, elle s’appelle Véronique. Elle reste à la maison depuis que je suis née. Papa, c’est Thierry. Son travail, c’est de surveiller que les voleurs volent pas. Mais c’est surtout la nuit, alors on le voit pas beaucoup. Mais quand il travaille pas, il s’occupe de nous, on fait des super parties de cache-cache dans la maison, surtout quand Maman fait les courses. Mais il est aussi super sévère quand on fait des bêtises, Jordan et moi. La punition qu’il donne le plus c’est de nous faire rester à genoux sur un manche à balai ou sur les gros graviers du jardin. Ça dure, ça dure... Au moins une demi-heure et on a intérêt à pas la ramener, sinon c’est encore plus long.
Je crois que Papa et Maman, il s’entendent bien. Des fois y' a des disputes, mais pas beaucoup. On rigole bien quand même. On a de la chance, on habite dans une maison à Carquefou avec un jardin et des voisins.
D’ailleurs c’est à cause d’un voisin que d’un coup, la vie elle a changé. Et d’un coup aussi j’ai enregistré les choses dans ma tête. ”
Aurore S. - 25 ans
