<?xml version="1.0" encoding="utf-8"?>
<rss version="2.0" 
    xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
    xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
    xmlns:admin="http://webns.net/mvcb/"
    xmlns:rdf="http://www.w3.org/1999/02/22-rdf-syntax-ns#"
    xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:itunes="http://www.itunes.com/dtds/podcast-1.0.dtd">
	<channel>
<title>Le journal d&#x27;Am&#xe9;lie RSS</title><link>http://biographie.nalreva.fr/index.html</link><description>journal de guerre 1914 1918</description><dc:language>(null)</dc:language><dc:creator>anne.palier@orange.fr</dc:creator><dc:rights>Copyright 2007 Anne Palier</dc:rights><dc:date>2009-12-12T14:27:08+01:00</dc:date><admin:generatorAgent rdf:resource="http://www.realmacsoftware.com/" />
<admin:errorReportsTo rdf:resource="mailto:anne.palier@orange.fr" /><sy:updatePeriod>hourly</sy:updatePeriod>
<sy:updateFrequency>1</sy:updateFrequency>
<sy:updateBase>2000-01-01T12:00+00:00</sy:updateBase>
<lastBuildDate>Sat, 10 May 2008 09:54:59 +0200</lastBuildDate><item><title>Ep 24 - Dans la guerre XXI</title><dc:creator>anne.palier@orange.fr</dc:creator><category>journal de guerre</category><dc:date>2009-12-12T14:27:08+01:00</dc:date><link>http://biographie.nalreva.fr/weblog/files/3a03551c74c5209f59cd41a70d0c1f07-29.html#unique-entry-id-29</link><guid isPermaLink="true">http://biographie.nalreva.fr/weblog/files/3a03551c74c5209f59cd41a70d0c1f07-29.html#unique-entry-id-29</guid><content:encoded><![CDATA[<span style="font:15px &#39;Lucida Grande&#39;, LucidaGrande, Verdana, sans-serif; ">Nous courons d&rsquo;un bout &agrave; l&rsquo;autre de la salle, sautant les brancards en essayant de ne pas les toucher et ils appellent, croyant &ecirc;tre sauv&eacute;s parce qu&rsquo;ils m&rsquo;ont vue, d&rsquo;un grand cri&ensp;: &laquo;&ensp;Sister&ensp;!&ensp;&raquo; Je r&eacute;ponds&ensp;: &laquo;&ensp;Oui, mon petit, je viens tout de suite&ensp;&raquo; sans penser qu&rsquo;il est anglais et ne me comprend pas. Oh&ensp;! l&rsquo;effroyable vision d&rsquo;enfer que j&rsquo;eus l&agrave; dans cette journ&eacute;e.<br /><br />Pendant la matin&eacute;e, les arriv&eacute;es de bless&eacute;s fran&ccedil;ais furent moindres, seuls beaucoup de petits bless&eacute;s qui s&rsquo;&eacute;vacu&egrave;rent par leurs propres moyens.<br /><br />Vers 2 heures de l&rsquo;apr&egrave;s-midi, Marthe Michaudet, en venant voir ce que je faisais, m&rsquo;apprit (je n&rsquo;avais rien entendu dire depuis le matin) que les boches avan&ccedil;aient avec une rapidit&eacute; foudroyante, ayant enfonc&eacute; sans beaucoup d&rsquo;efforts la l&eacute;g&egrave;re ligne de d&eacute;fense. Les fran&ccedil;ais reculaient sans combattre. L&rsquo;h&ocirc;pital de Vasseny, distant de nous d&rsquo;environ quinze kilom&egrave;tres dans la direction de Soissons avait re&ccedil;u l&rsquo;ordre d&rsquo;&eacute;vacuer. Ses bless&eacute;s et son personnel venaient sur nous. A ce moment, les bless&eacute;s fran&ccedil;ais commenc&egrave;rent &agrave; arriver en foule. Les autos embouteill&eacute;es sur la route n&rsquo;avan&ccedil;aient plus. Les salles de triage, en peu de temps, ressembl&egrave;rent &agrave; celle dans laquelle je me trouvais.<br /><br />L&rsquo;&eacute;vacuation &eacute;tait activ&eacute;e dans la mesure du possible, les trains se succ&eacute;daient aussi vite que l&rsquo;on le pouvait et tous ceux qui &eacute;taient transportables furent port&eacute;s aux hangars d&rsquo;embarquement. Malheureusement, l&rsquo;unique voie ferr&eacute;e &eacute;tait bien encombr&eacute;e et le tout n&rsquo;allait que bien lentement.  	<br />Dans l&rsquo;apr&egrave;s-midi, les avions boches mitraillant les convois qui reculaient, plan&egrave;rent au-dessus de l&rsquo;h&ocirc;pital &agrave; tr&egrave;s faible hauteur, on distinguait nettement les croix noires trac&eacute;es sur leurs ailes. Des combats eurent lieu au-dessus de la formation et des gr&ecirc;les de balles de mitrailleuse s&rsquo;abattirent sur nous sans qu&rsquo;il y eut d&rsquo;accident &agrave; d&eacute;plorer. C&rsquo;&eacute;tait un cr&eacute;pitement continuel et, bien que nous ne soyons pas habitu&eacute;s &agrave; l&rsquo;entendre de fa&ccedil;on si interrompue et surtout si proche, nous vivons dans la bataille sans nous &eacute;tonner, absorb&eacute;s par notre travail et ne cherchant pas &agrave; mesurer toute l&rsquo;&eacute;tendue du danger qui nous mena&ccedil;ait.<br /><br />A un certain moment de l&rsquo;apr&egrave;s-midi, l&rsquo;artillerie fran&ccedil;aise reculant, essaya de prendre position sur les hauteurs de Vauxtin, en face de nous et ceux qui virent la man&oelig;uvre pens&egrave;rent que nous &eacute;tions perdus, car nous &eacute;tions fatalement atteints par la r&eacute;ponse boche. Mais ce ne fut qu&rsquo;une &eacute;motion passag&egrave;re, les officiers d&rsquo;artillerie durent reconna&icirc;tre l&rsquo;inutilit&eacute; d&rsquo;un pareil effort et sans tirer, les pi&egrave;ces repartirent.<br /><br />A aucun moment au cours de la retraite, on ne vit passer dans l&rsquo;h&ocirc;pital aucun &eacute;l&eacute;ment alli&eacute;. Les soldats contourn&egrave;rent la formation mais nul d&rsquo;entre eux ne la traversa.<br /><br />Vers 5 heures du soir les arriv&eacute;es de bless&eacute;s anglais cess&egrave;rent. Le capitaine Dick qui surveillait mon service et dirigeait l&rsquo;&eacute;vacuation, ordonna le d&eacute;part des derniers transportables. Il ne resta plus dans ma salle que des agonisants.<br /><br />&mdash; Savez-vous, me dit alors le capitaine, que Vasseny &eacute;vacue et que les allemands avancent beaucoup&ensp;?<br />&mdash; Ah! dis-je, croyez-vous qu&rsquo;ils viendront jusqu&rsquo;ici&ensp;?<br />&mdash; Oh&ensp;! non, dit l&rsquo;anglais, n&rsquo;ayez crainte&ensp;!<br /><br />Les arriv&eacute;es de bless&eacute;s fran&ccedil;ais continuaient, ainsi que le  d&eacute;fil&eacute; lamentable des &eacute;clop&eacute;s, agripp&eacute;s les uns aux autres et qui, traversant seulement l&rsquo;h&ocirc;pital, filaient d&rsquo;eux-m&ecirc;mes vers l&rsquo;arri&egrave;re. Vers 9 heures du soir, dans le cr&eacute;puscule qui descendait lentement vers nous, des flammes jaillirent tout &agrave; coup en face de nous, un peu &agrave; droite, c&rsquo;&eacute;tait Bazoches qui br&ucirc;lait. A ce moment, les boches devaient &ecirc;tre tout pr&egrave;s de Fismes.<br /><br />Les infirmi&egrave;res &eacute;vacu&eacute;es de Vasseny, quitt&egrave;rent vers cette heure notre h&ocirc;pital, on les fit former une colonne et elles partirent vers l&rsquo;arri&egrave;re.<br /><br />C&rsquo;est en les voyant partir, mais seulement &agrave; ce moment, que je commen&ccedil;ai &agrave; comprendre que nous &eacute;tions en p&eacute;ril. Aucun ordre n&rsquo;avait encore &eacute;t&eacute; donn&eacute; pour nous. L&rsquo;&eacute;vacuation continuait dans la mesure du possible et le calme le plus parfait r&eacute;gnait. Dans ma salle, un bless&eacute; mourait doucement en m&ecirc;me temps que se mourait le jour. Les autres &eacute;taient devenus calmes, seuls quelques g&eacute;missements s&rsquo;&eacute;levaient dans le silence nocturne mais, pour la plupart, las de souffrir, ils ne disaient plus rien, si ce n&rsquo;est de temps &agrave; autre cet appel plaintif, le m&ecirc;me dans toutes les langues, celui qui revient toujours lorsque l&rsquo;on est en d&eacute;tresse et que l&rsquo;on sent que tout vous &eacute;chappe&ensp;: &laquo; Maman ! &raquo;<br /><br />Vers 11 heures du soir, je suis harass&eacute;e, mes yeux se ferment, l&rsquo;aum&ocirc;nier anglais entre et me dit&ensp;: &laquo;&ensp;Je viens de recevoir l&rsquo;ordre de partir&ensp;!&ensp;&raquo; Je le regarde sans bien comprendre. Il sort, emmenant Monroe qui, un instant apr&egrave;s, rentre et me dit&ensp;: &laquo;&ensp;mademoiselle, on &eacute;vacue l&rsquo;h&ocirc;pital ! &raquo; La nouvelle ne me surprend gu&egrave;re, il me  semble que cela devait arriver.<br /><br />&mdash; Et vous, dis-je.<br />&mdash; Nous ne pouvons plus partir, nous restons, dit-il simplement.<br /><br />En effet, l&rsquo;ambulance anglaise ne disposant d&rsquo;aucun mat&eacute;riel automobile et les trains n&rsquo;arrivant plus, ils venaient de reconna&icirc;tre l&rsquo;impossibilit&eacute; dans laquelle ils se trouvaient d&rsquo;&eacute;vacuer leurs deux cents bless&eacute;s. Imm&eacute;diatement, le personnel indispensable fut d&eacute;sign&eacute; pour rester et les autres partirent.<br /><br />Je sortis pour voir ce que l&rsquo;on faisait du c&ocirc;t&eacute; fran&ccedil;ais. Toujours aucun ordre formel n&rsquo;avait &eacute;t&eacute; donn&eacute; pour personne. Seuls l&rsquo;autochir 19 et l&rsquo;ambulance qui y &eacute;tait accol&eacute;e venaient de d&eacute;cider le d&eacute;part, le caporal Denis vint nous dire au revoir en nous conseillant de partir. Mme Breffort &eacute;tant all&eacute;e au bureau du m&eacute;decin-chef pour avoir un ordre, ne re&ccedil;ut que cette r&eacute;ponse&ensp;: &laquo;&ensp;Attendez ! &raquo; monsieur Nourrier et le g&eacute;n&eacute;ral Lasney, pench&eacute;s sur une carte d&rsquo;&eacute;tat-major, discutaient la possibilit&eacute; d&rsquo;une arriv&eacute;e boche jusqu&rsquo;&agrave; nous sans vouloir y croire. Pourtant, &agrave; ce moment-l&agrave;, je crois qu&rsquo;ils &eacute;taient bien pr&egrave;s.<br /><br />Un peu ahurie, et sans bien r&eacute;fl&eacute;chir, je rev&ecirc;tis mon uniforme, bouclai ma cantine (on nous promettait de les enlever) et fourrai dans un sac quelques objets sans trop savoir lesquels puis, avec mademoiselle Rouhaud, nous nous m&icirc;mes &agrave; la recherche du colonel anglais pour savoir ce qu&rsquo;il fallait faire, puisque nous faisions partie de son service. Le colonel fut tr&egrave;s &eacute;mu en nous voyant et nous dit : &laquo;&ensp;Nous, nous sommes oblig&eacute;s de rester mais vous, vous &ecirc;tes fran&ccedil;aises, je n&rsquo;ai pas le droit de vous retenir. Allez, je vous rends votre parole, il faut partir.&ensp;&raquo; Puis nous serrant longuement la main, il nous dit, avec un bon sourire : &laquo;&ensp;Merci beaucoup pour mes bless&eacute;s et&ensp;good luck, little sisters. &raquo;<br /><br />En le quittant, nos pas nous port&egrave;rent vers l&rsquo;all&eacute;e principale traversant l&rsquo;h&ocirc;pital et le spectacle qui s&rsquo;offrit &agrave; nos yeux ne nous permit plus de penser &agrave; partir.<br /><br />Les cent-quatre-vingts bless&eacute;s fran&ccedil;ais (tous gravement atteints) qui restaient dans l&rsquo;h&ocirc;pital &eacute;taient l&agrave;, couch&eacute;s sur des brancards dispos&eacute;s le long de la route, on les avait envelopp&eacute;s le mieux possible dans toutes les couvertures disponibles, on les avait cal&eacute;s le mieux qu&rsquo;on avait pu avec des oreillers, mais ils &eacute;taient bien mal, ils avaient froid, ils avaient soif, ils souffraient et puis surtout, oh surtout, ils ne voulaient pas &ecirc;tre pris par les boches.<br /><br />&laquo;&ensp;M&rsquo;sieur le major, disait une petite voix &agrave; l&rsquo;accent faubourien, &agrave; c&ocirc;t&eacute; de moi, est-ce qu&rsquo;elles vont bient&ocirc;t venir, les autos&ensp;?&ensp;&raquo; Et le major de r&eacute;pondre, d&rsquo;un ton bourru, bon enfant&ensp;: &laquo;&ensp;Mais oui, mon petit gars, elles vont venir. &raquo; Puis, se retournant vers un autre m&eacute;decin qui le suivait, il ajouta, tr&egrave;s bas, mais j&rsquo;ai entendu&ensp;: &laquo;&ensp;Elles ne viendront plus, nous sommes bloqu&eacute;s.&ensp;&raquo;<br /><br />28 Mai - Nous nous occupons des bless&eacute;s le plus possible, nous ne pouvons nous r&eacute;soudre &agrave; abandonner, sans ordre, ces malheureux avant leur d&eacute;part, car malgr&eacute; tout on esp&egrave;re l&rsquo;impossible&hellip; peut-&ecirc;tre apr&egrave;s tout aura-t-on le temps&hellip; ou une id&eacute;e. Nous faisons des piq&ucirc;res de morphine, nous donnons &agrave; boire, nous couvrons, nous arrangeons, nous encourageons de notre mieux.<br /><br />La nuit est tr&egrave;s claire et presque calme&hellip; De temps en temps seulement, une fusillade courte et rapide venant on ne sait d&rsquo;o&ugrave;, un ronflement d&rsquo;avion planant au-dessus de nous et dans l&rsquo;air ce je ne sais quoi, que l&rsquo;on sent quelquefois lorsque l&rsquo;on court un danger qui n&rsquo;est pas tr&egrave;s d&eacute;termin&eacute;, qui vous oppresse, vous g&ecirc;ne.<br /><br />Vers 1 heure du matin, l&rsquo;officier gestionnaire s&rsquo;aper&ccedil;oit qu&rsquo;il n&rsquo;a pas donn&eacute; d&rsquo;ordre de d&eacute;part aux infirmi&egrave;res, il leur ordonne de quitter l&rsquo;h&ocirc;pital &agrave; l&rsquo;instant et de fuir comme elles pourront. L&rsquo;ordre, donn&eacute; seulement dans un endroit, n&rsquo;atteignit pas tout le monde, moi je n&rsquo;en eus pas connaissance. Elles partirent aussit&ocirc;t dans la direction de la gare, &agrave; ce moment un train, destin&eacute; &agrave; l&rsquo;&eacute;vacuation de notre h&ocirc;pital entrait en gare, mais, au m&ecirc;me instant, une vive fusillade &eacute;clata tout pr&egrave;s &agrave; laquelle r&eacute;pondirent d&rsquo;autres fusillades, un peu dans tous les coins. Nous &eacute;tions cern&eacute;s par l&rsquo;ennemi sans que nous nous en soyons rendu compte et fait prisonniers. Le train fit machine arri&egrave;re et put repartir, ramassant le long de la voie les bless&eacute;s qui fuyaient dans des &eacute;tats lamentables. Les infirmi&egrave;res parties au dernier moment, furent arr&ecirc;t&eacute;es et ramen&eacute;es, sauf deux qui r&eacute;ussirent &agrave; passer (beaucoup d&rsquo;infirmi&egrave;res &eacute;taient parties sans ordre dans le courant de la journ&eacute;e, ce qui diminua le nombre des prisonni&egrave;res).<br /><br />Une ambulance, des autos, des voitures qui partaient &agrave; ce moment-l&agrave; furent toutes ramen&eacute;es et l&rsquo;on n&rsquo;eut pas trop de victimes &agrave; d&eacute;plorer. Apr&egrave;s avoir cern&eacute; l&rsquo;h&ocirc;pital, les boches p&eacute;n&eacute;tr&egrave;rent dans la formation et en prirent possession. Un officier s&rsquo;approcha de nous pour voir ce que nous faisions, en reconnaissant des bless&eacute;s il se retira.<br /><br />Je ne suis pas pr&ecirc;te &agrave; oublier l&rsquo;&eacute;trange impression que j&rsquo;eus, lorsqu&rsquo;un des bless&eacute;s pr&egrave;s desquels je me trouvais me dit&ensp;: &laquo; Regardez derri&egrave;re vous, mademoiselle&ensp;!&ensp;&raquo;. Je me retournai&hellip; juste derri&egrave;re moi,&ensp;presque &agrave; me toucher, un soldat se tenait debout, il &eacute;tait arm&eacute; d&rsquo;un fusil sur lequel s&rsquo;adaptait un &eacute;trange coupe-choux qui n&rsquo;avait rien de commun avec la Rosalie de nos poilus, et coiff&eacute; d&rsquo;un non moins &eacute;trange casque en forme de cloche &agrave; melon. Je n&rsquo;avais jamais vu un guerrier pareil, mais je devinai que c&rsquo;&eacute;tait un boche.<br /><br />Je n&rsquo;ai pas eu peur parce que je ne suis pas froussarde, mais tout de m&ecirc;me j&rsquo;avoue que la constatation me fut plut&ocirc;t d&eacute;sagr&eacute;able. Nous &eacute;tions prisonniers, il n&rsquo;y avait plus &agrave; en douter&hellip; Nous &eacute;tions &laquo;&ensp;faits aux pattes&ensp;&raquo; comme disent les poilus et malgr&eacute; tout, &ccedil;a manque de charme.<br /><br />Mademoiselle Rouhaud et moi, isol&eacute;es de nos compagnes d&rsquo;&eacute;quipe, dont nous ignorions le sort, nous rejoign&icirc;mes notre service anglais o&ugrave; nous pass&acirc;mes le reste de la nuit, pendant que celles du service fran&ccedil;ais s&rsquo;occupaient de leurs bless&eacute;s. La fin de la nuit fut calme, rien d&rsquo;anormal ne se passa. Vers le matin (4 heures &agrave; peu pr&egrave;s), mademoiselle Rouhaud vint me chercher pour aller voir&hellip; Nous ne savions pas trop quoi, du c&ocirc;t&eacute; de notre cantonnement.<br /></span><span style="font:15px &#39;Lucida Grande&#39;, LucidaGrande, Verdana, sans-serif; "><br /></span>]]></content:encoded></item><item><title>Ep 23 - Dans la guerre XX</title><dc:creator>anne.palier@orange.fr</dc:creator><category>journal de guerre</category><dc:date>2009-11-24T11:45:44+01:00</dc:date><link>http://biographie.nalreva.fr/weblog/files/959998ac029005d0585bfa981d5a7e9a-28.html#unique-entry-id-28</link><guid isPermaLink="true">http://biographie.nalreva.fr/weblog/files/959998ac029005d0585bfa981d5a7e9a-28.html#unique-entry-id-28</guid><content:encoded><![CDATA[<span style="font:15px &#39;Lucida Grande&#39;, LucidaGrande, Verdana, sans-serif; ">23 Mai - Un ordre d&rsquo;&eacute;vacuation presque g&eacute;n&eacute;rale nous arrive. Tous les transportables partent pour Le Havre. Nous nous d&eacute;p&ecirc;chons donc d&rsquo;habiller tous nos gars qui sont rudement contents de d&eacute;filer la parade&ensp;! Ils nous disent gentiment au revoir et, &agrave; midi, le train s&rsquo;&eacute;branle, emportant la presque totalit&eacute; de nos pensionnaires. Dans notre salle, il en reste seulement quatre.<br /><br />L&rsquo;apr&egrave;s-midi je re&ccedil;ois la visite de monsieur Poupon qui, au cours de sa permission vient, comme il l&rsquo;a fait au mois de d&eacute;cembre, visiter le lieu o&ugrave; repose son fils&ensp;! Il est heureux de me voir. Ma vue lui rappelle son pauvre petit disparu. Il m&rsquo;embrasse si affectueusement, je suis pour lui un peu du beau petit chasseur que la mort impitoyable lui a pris. H&eacute;las&ensp;!<br /><br />24 Mai - Nous remettons la salle en &eacute;tat. Il y a deux entrants, tous deux atteints de crises nerveuses provoqu&eacute;es par la peur.<br /><br />25 Mai - La salle est tr&egrave;s jolie. J&rsquo;ai brod&eacute; deux abat-jour &agrave; pois rouges. Mes infirmiers sont enchant&eacute;s. Il y a un autre entrant dans les m&ecirc;mes conditions que ceux d&rsquo;hier. On parle de l&rsquo;arriv&eacute;e des &laquo;&ensp;English sisters&ensp;&raquo; pour demain, mais les malades ne sont gu&egrave;re enchant&eacute;s de cela. Moi, si !<br /><br />J&rsquo;ai demand&eacute; et obtenu du capitaine Wood l&rsquo;autorisation d&rsquo;aller demain &agrave; Mont-Notre-Dame participer aux chants en l&rsquo;honneur de la Premi&egrave;re Communion. Mme Raoul-Duval est partie en permission depuis deux jours et ce matin, notre m&eacute;decin-chef, le colonel Audibert a quitt&eacute; l&rsquo;HoE. Il est remplac&eacute; par le colonel Martel.<br /><br />26 Mai - Ce matin j&rsquo;ai &eacute;t&eacute; reconduire &agrave; la gare monsieur Poupon qui am&egrave;nera la prochaine fois sa femme, puisque le secteur est calme.<br /><br />Apr&egrave;s un rapide coup d&rsquo;&oelig;il jet&eacute; &agrave; mon service qui est tr&egrave;s calme, je monte &agrave; Mont-Notre-Dame o&ugrave; nous chantons la messe de communion. C&rsquo;est tr&egrave;s gentil. L&rsquo;apr&egrave;s-midi nous allons &eacute;galement chanter les v&ecirc;pres. Le bon cur&eacute; est tout joyeux et n&rsquo;a, dit-il dans son sermon, ressenti un tel bonheur depuis de longues ann&eacute;es.<br /><br />A 10 heures du soir, comme nous quittons le service apr&egrave;s une derni&egrave;re tourn&eacute;e, le capitaine Wood entre en coup de vent et ordonne pour le lendemain une &eacute;vacuation de tout ce qui est transportable&ensp;; pourquoi cet ordre soudain&ensp;?<br /><br />27 Mai, minuit - Je suis r&eacute;veill&eacute;e en sursaut par le bruit d&rsquo;une canonnade effrayante&ensp;! Je saute &agrave; la fen&ecirc;tre pour voir, je ne vois rien mais le bruit est assourdissant, c&rsquo;est pire que pour la Malmaison en Octobre. Puis tout &agrave; coup, je per&ccedil;ois le zzz&hellip; prolong&eacute; que nous n&rsquo;avions plus entendu depuis bien longtemps et aussit&ocirc;t l&rsquo;&eacute;clatement sec, tout pr&egrave;s. Je m&rsquo; habille en h&acirc;te, n&rsquo;osant gu&egrave;re comprendre. Au dehors, c&rsquo;est infernal, le canon fait rage et l&rsquo;horizon du c&ocirc;t&eacute; de Reims est pourpre et toujours, de temps en temps, l&rsquo;obus qui s&rsquo;abat tout pr&egrave;s.<br /><br />J&rsquo;arrive dans le service o&ugrave; je trouve, comme je le pensais, l&rsquo;infirmier aux prises avec les trois commotionn&eacute;s qui sautent de peur dans leur lit, comme des d&eacute;ments. Je le remplace aupr&egrave;s de l&rsquo;un d&rsquo;eux qui, me reconnaissant et &eacute;mu de me voir l&agrave; &agrave; cette heure et par un temps pareil, me baise doucement la main, pauvre gosse&ensp;! J&rsquo;essaie de mon mieux de le calmer tout en pr&ecirc;tant l&rsquo;oreille aux bruits du dehors. Tout &agrave; coup, une s&eacute;rie de d&eacute;tonations violentes &eacute;clate tout pr&egrave;s et secoue la baraque. Elles se succ&egrave;dent sans interruption, rappelant en plus violent et en plus prolong&eacute;, l&rsquo;&eacute;clatement d&rsquo;un bouquet de feu d&rsquo;artifice.<br /><br />Je ne comprends pas tr&egrave;s bien tout d&rsquo;abord, puis une id&eacute;e (la vraie) se fait jour dans mon esprit, c&rsquo;est le d&eacute;p&ocirc;t de munitions entre Bazoches et nous qui, probablement atteint par le tir boche, saute. Je n&rsquo;ai gu&egrave;re le temps d&rsquo;analyser mon impression, le capitaine John entre en bourrasque et ordonne la pr&eacute;paration imm&eacute;diate des masques &agrave; gaz. Manquait plus qu&rsquo;&ccedil;a, v&rsquo;l&agrave; qu&rsquo;on prend des gaz &agrave; pr&eacute;sent&ensp;! Mettre des masques &agrave; gaz &agrave; des malades pulmonaires est un tour de force difficile &agrave; r&eacute;aliser. Nous attend&icirc;mes un moment pour t&acirc;cher de juger de la gravit&eacute; de l&rsquo;&eacute;mission. Nous &eacute;ternuons et pleurons &agrave; tour de bras, ce sont des gaz lacrymog&egrave;nes. Le danger ne semble pas r&eacute;el, je ne mets pas les masques. L&rsquo;alerte passe&ensp;!<br /><br />Vers 4 heures du matin, la canonnade diminue d&rsquo;intensit&eacute;, s&rsquo;espace et meurt tout &agrave; fait. Une attaque est d&eacute;clench&eacute;e s&ucirc;rement. En sortant de la salle redevenue calme, je croise un soldat anglais qui parle fran&ccedil;ais, je l&rsquo;interroge&ensp;: &laquo;&ensp;Ca, me dit-il, ce sont les boches qui attaquent, on le sait depuis hier soir&ensp;!&ensp;&raquo;. Je ne r&eacute;pondis rien, mais malgr&eacute; moi, mon c&oelig;ur se serra. Le Chemin des Dames n&rsquo;&eacute;tait gard&eacute; &agrave; ce moment (et nous le savions) que par quelques &eacute;l&eacute;ments de territoriale et le corps anglais venu de la Somme depuis quelques  jours.<br /><br />Vers 8 heures du matin, l&rsquo;&eacute;vacuation pr&eacute;vue et ordonn&eacute;e la veille eut lieu avec ordre et calme et les bless&eacute;s commenc&egrave;rent &agrave; arriver. Ma salle de malades devenue d&eacute;sormais inutile, est transform&eacute;e en salle de r&eacute;ception pour les grands &laquo;&ensp;shock&eacute;s&ensp;&raquo; qui attendront l&agrave; l&rsquo;heure de leur op&eacute;ration.<br /><br />Le capitaine Davies vient chercher mademoiselle Jeanneau pour qu&rsquo;elle prenne le service des officiers anglais o&ugrave; il vient d&rsquo;arriver quelques bless&eacute;s. Je reste seule avec Monroe et Jack (les deux infirmiers de jour) et un petit malade convalescent qui nous aide de son mieux et ce que nous avons vu est atroce. Le d&eacute;fil&eacute; des bless&eacute;s commenc&eacute; vers 9 heures du matin ne cessa plus jusqu&rsquo;au soir. Les brancards arrivaient sans cesse avant que l&rsquo;on ait pu d&eacute;gager la place et bient&ocirc;t, la salle ressembla &agrave;&hellip; ma foi non, je ne peux pas dire, je ne sais pas &agrave; quoi. Sur ces brancards qui encombraient tous les emplacements libres, gisaient d&rsquo;&eacute;pouvantables loques boueuses, sanglantes, meurtries, bris&eacute;es. Ces loques, c&rsquo;&eacute;taient des hommes, des malheureux bless&eacute;s, hach&eacute;s par la mitraille, des &ecirc;tres qui tous devaient &ecirc;tre chers &agrave; quelqu&rsquo;un, des &ecirc;tres que l&rsquo;on aimait et qui aimaient eux-m&ecirc;mes et qui presque tous allaient mourir l&agrave; sans presque de secours. A peine regard&eacute;s et &eacute;cout&eacute;s, exauc&eacute;s presque jamais, bouscul&eacute;s quelquefois, ils restent l&agrave; des heures enti&egrave;res, attendant que l&rsquo;on puisse s&rsquo;occuper d&rsquo;eux et dans quelle pi&egrave;tre mesure, h&eacute;las&ensp;! Leurs grands yeux br&ucirc;l&eacute;s de fi&egrave;vre qui vous d&eacute;vorent au passage pendant que leur bouche horriblement s&egrave;che et contract&eacute;e de souffrance g&eacute;mit doucement l&rsquo;&eacute;ternel refrain&ensp;: &laquo;&ensp;Drink, water&ensp; - A boire, de l&rsquo;eau&ensp;&raquo;. Avec fi&egrave;vre, nous coupons les d&eacute;bris des uniformes lac&eacute;r&eacute;s, nous consolidons les pansements et aussit&ocirc;t qu&rsquo;il est possible nous mettons le bless&eacute; sur un lit pour donner la place &agrave; un autre brancard qui arrive.<br /><br />Je pleure de rage en faisant ce travail, de voir tant de mis&egrave;re, tant de souffrance et de ne rien pouvoir. L&rsquo;un pleure, l&rsquo;autre chante, un troisi&egrave;me rit doucement en racontant une histoire quelconque, cet autre se croit encore dans la fi&egrave;vre de la bataille et hurle des commandements, des appels. Sur un lit, tout p&acirc;le, un tout petit ne bouge pas et en m&rsquo;approchant, je vois qu&rsquo;il est mort.<br /></span><span style="font:15px &#39;Lucida Grande&#39;, LucidaGrande, Verdana, sans-serif; "><br /></span>]]></content:encoded></item><item><title>Ep 22 - Dans la guerre XIX</title><dc:creator>anne.palier@orange.fr</dc:creator><category>journal de guerre</category><dc:date>2009-10-09T22:54:35+02:00</dc:date><link>http://biographie.nalreva.fr/weblog/files/8a3b3432b6e7afd37e2f45cdd3fb75dd-27.html#unique-entry-id-27</link><guid isPermaLink="true">http://biographie.nalreva.fr/weblog/files/8a3b3432b6e7afd37e2f45cdd3fb75dd-27.html#unique-entry-id-27</guid><content:encoded><![CDATA[<span style="font:15px &#39;Lucida Grande&#39;, LucidaGrande, Verdana, sans-serif; ">Apr&egrave;s la soupe, je reviens. A l&rsquo;instant on vient d&rsquo;amener un malade qui, atteint de pneumonie, est en pleine p&eacute;riode d&rsquo;asphyxie. Je crois que le pauvre enfant ne reverra jamais le ciel brumeux de son pays. Jamais, je crois, je n&rsquo;ai &eacute;t&eacute; si d&eacute;sol&eacute;e.<br /><br />13 Mai - En reprenant mon service ce matin j&rsquo;ai une impression terrible de solitude et de lassitude. Je vais de suite au grand malade de la veille. Il est plus mal encore. Son &eacute;tat m&rsquo;inqui&egrave;te, je voudrais voir le docteur. Je le dis &agrave; l&rsquo;un des infirmiers qui m&rsquo;a suivie et m&rsquo;observe. Il m&rsquo;&eacute;coute d&rsquo;un air attentif, mais il est &eacute;vident qu&rsquo;il ne me comprend pas, et pour cause.<br /><br />Cela m&rsquo;ennuie beaucoup et je prends le parti que je juge le meilleur. J&rsquo;avise Mme Raoul-Duval que je d&eacute;sirerais beaucoup changer de service. Je ne puis accepter la responsabilit&eacute; d&rsquo;un service o&ugrave; je ne comprends pas un tra&icirc;tre mot et o&ugrave; je suis incapable de me faire comprendre. Oh&ensp;! On ne m&rsquo;a pas enlev&eacute; le service, fichtre non. Pour obtenir quelque chose, je ne sais pas comment il faudrait le demander dans ce fichu m&eacute;tier, mais l&rsquo;on consent &agrave; m&rsquo;adjoindre mademoiselle Jeanneau qui regrettait infiniment la perte de ses &laquo;&ensp;patients&ensp;&raquo; et qui, elle, cause un peu l&rsquo;anglais.<br /><br />Ca va s&rsquo;arranger comme &ccedil;a puisqu&rsquo;il le faut mais je ne me  sens pas en humeur d&rsquo;aimer follement mon &laquo;&ensp;English service&ensp;&raquo;. Cependant le personnel en entier est excessivement correct, pr&eacute;venant et d&rsquo;une d&eacute;f&eacute;rence merveilleuse. Enfin, &ccedil;a va peut-&ecirc;tre aller. Puisque Miss Jeanneau cause, moi je regarde afin de me familiariser de mon mieux avec le boulot que je dois abattre.<br /><br />Le soir, le malade est au plus mal et mademoiselle Michaudet passera la nuit. <br /><br />14 Mai - Le pauvre petit Tommy agonise encore quand je reviens&ensp;! Mais plus longtemps, vers 8 heures, il expire. Pauvre petit, comme il va &ecirc;tre enterr&eacute; loin des siens et comme sa pauvre m&egrave;re, si elle vit, va pleurer. Oh&ensp;! c&rsquo;est bien triste.<br /><br />Celui qui est &agrave; c&ocirc;t&eacute; de lui, un gar&ccedil;on superbe et tout jeune, pas 20 ans peut-&ecirc;tre, n&rsquo;est pas bien du tout non plus. M&ecirc;me cas, pneumonie avec asphyxie&ensp;!<br /><br />Je commence &agrave; mettre de l&rsquo;ordre dans la salle qui en avait l&eacute;g&egrave;rement besoin et j&rsquo;entreprends le lavage des pieds de tous ces pauvres bougres, op&eacute;ration qui a &eacute;t&eacute;, je crois, n&eacute;glig&eacute;e depuis fort longtemps. Les infirmiers nous regardent d&rsquo;un air un peu ahuri mais nous aident avec un z&egrave;le fort louable et surtout n&rsquo;oublient pas de temps en temps de nous pr&eacute;parer une tasse de th&eacute; qu&rsquo;ils font du reste tr&egrave;s bien. Il fait une chaleur atroce.<br /><br />15 Mai - Le pauvre petit soldat &eacute;tait si fatigu&eacute; ce matin quand nous sommes revenues&ensp;! Je pense qu&rsquo;il n&rsquo;ira pas loin. Toute la journ&eacute;e il a &eacute;t&eacute; tr&egrave;s agit&eacute;. Ce soir on a essay&eacute; de lui faire une  saign&eacute;e mais &ccedil;a n&rsquo;a gu&egrave;re donn&eacute;. Ce soir, nous voulions le veiller mais le docteur l&rsquo;a interdit formellement. Deux infirmiers au lieu d&rsquo;un resteront. Ils sont d&rsquo;ailleurs merveilleusement styl&eacute;s et tr&egrave;s bons pour les malades.<br /><br />16 Mai - Je l&rsquo;avais bien pens&eacute;. Le petit Davies est mort cette nuit. C&rsquo;est infiniment triste, ces morts d&rsquo;enfants. Si &ccedil;a continue de ce train, &ccedil;a va oublier d&rsquo;&ecirc;tre dr&ocirc;le.<br /><br />18 Mai - Le temps continue &agrave; &ecirc;tre bien g&ecirc;nant &agrave; force de chaleur. Il arrive encore des pneumonies mais moins graves. On a appliqu&eacute; &agrave; plusieurs le traitement &agrave; la fran&ccedil;aise d&rsquo;enveloppements froids et ils s&rsquo;en trouvent tr&egrave;s bien.<br /><br />La salle est maintenant bien arrang&eacute;e, tous les lits ont leur couverture rouge, nous avons mis des fleurs sur la table du milieu, &ccedil;a a m&ecirc;me un petit air de f&ecirc;te.<br /><br />19 Mai - Ce soir on a amen&eacute; un pauvre gosse dont on n&rsquo;avait pas encore &eacute;tabli le diagnostic. Bien qu&rsquo;il comprenne parfaitement ce qu&rsquo;on lui dit, il est incapable du moindre mouvement. Tout son corps est d&rsquo;une raideur effrayante. Le soir on nous l&rsquo;enl&egrave;ve pour le mener &agrave; un examen en salle d&rsquo;op&eacute;rations. Il est diagnostiqu&eacute; &laquo;&ensp;t&eacute;tanos. &raquo; Encore un de condamn&eacute;, ou &agrave; peu pr&egrave;s. On l&rsquo;isole en salle sp&eacute;ciale.<br /><br />20 Mai - Ces anglais sont vraiment effarants. Ils n&rsquo;ont jamais rien vu. D&eacute;j&agrave; ils &eacute;taient &eacute;tonn&eacute;s de me voir pivoter entre les lits et piquer des galops d&rsquo;un bout &agrave; l&rsquo;autre de la salle, d&rsquo;une allure qui n&rsquo;avait rien de guind&eacute;&ensp;; mais ce matin, j&rsquo;ai mis le comble &agrave; leur stup&eacute;faction en me permettant, &agrave; la suite d&rsquo;une observation tr&egrave;s juste ma foi sur le service en g&eacute;n&eacute;ral, de faire un pied de nez &agrave; l&rsquo;adresse du colonel.<br /></span><span style="font:15px &#39;Lucida Grande&#39;, LucidaGrande, Verdana, sans-serif; "><br /></span><span style="font:15px &#39;Lucida Grande&#39;, LucidaGrande, Verdana, sans-serif; ">Ah&ensp;! je croyais qu&rsquo;ils en piquaient une crise. Ils avaient une mine tellement dr&ocirc;le d&rsquo;ahurissement que je me suis offert une pinte de bon sang comme de longtemps je n&rsquo;en n&rsquo;avais prise. J&rsquo;en ai ri aux larmes et leur ai expliqu&eacute;, tant bien que mal, qu&rsquo;en France, un pied de nez &eacute;tait une chose fort correcte que l&rsquo;on se permettait dans la meilleure soci&eacute;t&eacute; et que &ccedil;a faisait partie de l&rsquo;&eacute;ducation des enfants. J&rsquo;ai peut-&ecirc;tre un peu attig&eacute; mais bah&ensp;! il est &eacute;vident que j&rsquo;ai appris &agrave; faire &ccedil;a &eacute;tant gosse. En Angleterre, c&rsquo;est &laquo;&ensp;shocking&ensp;&raquo; il para&icirc;t. Ah&ensp;! tant pis&ensp;!<br /><br />Ils auraient besoin que je les dresse. J&rsquo;en ai d&eacute;j&agrave; plusieurs qui commencent &agrave; &ecirc;tre styl&eacute;s. Ils savent parfaitement ce que c&rsquo;est qu&rsquo;un polochon, un ribouis, un plumard ou pajot, au choix, un falzar, une liquette. Ils sont persuad&eacute;s que c&rsquo;est du pur fran&ccedil;ais que je leur apprends car les cours se donnent de la fa&ccedil;on la plus s&eacute;rieuse du monde. Ah&ensp;! diables d&rsquo;anglais, ils me font bien rire parfois, mais &ccedil;a fait rien, je voudrais bien que les &laquo;&ensp;nurses&ensp;&raquo; arrivent, je ne m&rsquo;y habitue qu&rsquo;&agrave; moiti&eacute;.<br /><br />21 Mai - Ce soir, apr&egrave;s notre contre-visite, comme nous allions nous retirer, on a amen&eacute; un malade dont l&rsquo;&eacute;tat paraissait tr&egrave;s grave. Une fois couch&eacute;, le m&eacute;decin est venu, lui a fait faire une piq&ucirc;re par acquit de conscience mais nous a d&eacute;clar&eacute; qu&rsquo;il &eacute;tait perdu.<br /><br />Du reste, il n&rsquo;avait d&eacute;j&agrave; plus sa connaissance, ses yeux restaient fixes et extraordinairement dilat&eacute;s puis, tout &agrave; coup, il poussa un hurlement terrible qui me fit frissonner malgr&eacute; moi. De ma vie je n&rsquo;avais vu ni entendu rien de si impressionnant que l&rsquo;agonie de ce malheureux. Il devint excessivement agit&eacute; et presque sans arr&ecirc;t poussa de ces hurlements f&eacute;roces qui nous gla&ccedil;aient. Nous &eacute;tions quatre autour de son lit pour le maintenir et ce n&rsquo;&eacute;tait pas chose facile. Pour comble, ces cochons de boches envoient de l&rsquo;avion. Ordre d&rsquo;&eacute;teindre les lumi&egrave;res. Dans la nuit la plus absolue, le malheureux, en se d&eacute;battant, &eacute;tait tout &agrave; fait tomb&eacute; de mon c&ocirc;t&eacute; o&ugrave; j&rsquo;&eacute;tais seule. Je me trouvais &agrave; genoux, serr&eacute;e entre le paravent et le lit, maintenant comme je pouvais, avec mon bras agripp&eacute; au fer du lit, cette t&ecirc;te effrayante dont les yeux hagards me fixaient sans me voir, dont la bouche tordue de douleur laissait &eacute;chapper presque sans interruption ce cri atroce, que l&rsquo;on percevait nettement au travers des bruits du tir de barrage qui faisait rage au dehors et des &eacute;clatements secs des bombes qui tombaient vers la gare, tout pr&egrave;s. Oh&ensp;! l&rsquo;horrible souvenir&ensp;!  <br /><br />Avec l&rsquo;alerte qui s&rsquo;&eacute;loignait et dont le bruit diminuait, le calme semble un peu revenir au pauvre &ecirc;tre si pr&egrave;s de quitter ce monde. Je r&eacute;ussis &agrave; le remettre dans son lit, peu &agrave; peu ses cris s&rsquo;espac&egrave;rent et diminu&egrave;rent d&rsquo;intensit&eacute;, le calme pr&eacute;curseur de la mort l&rsquo;envahit lentement. Vers minuit, voyant que le calme continuait, je laissai mademoiselle Jeanneau qui s&rsquo;&eacute;tait offerte &agrave; rester pr&egrave;s de lui et je me retirai.<br />Le pauvre petit infirmier Harry, certainement le meilleur de tout le service et dont j&rsquo;ai gard&eacute; un excellent souvenir, &eacute;tait tout &eacute;mu et ne savait comment nous remercier de l&rsquo;avoir aid&eacute; au cours de cette heure difficile&ensp;! C&rsquo;&eacute;tait pourtant notre devoir&ensp;!<br /><br />Le pauvre malade mourut vers 2 heures du matin sans avoir boug&eacute;, aussi calme qu&rsquo;il avait &eacute;t&eacute; agit&eacute; et sans avoir prof&eacute;r&eacute; une parole. Pauvres, pauvres gens. Celui-l&agrave; &eacute;tait &acirc;g&eacute;, il avait peut-&ecirc;tre femme et enfants&ensp;!!!<br /></span><span style="font:15px &#39;Lucida Grande&#39;, LucidaGrande, Verdana, sans-serif; "><br /></span>]]></content:encoded></item><item><title>Ep 21 - Dans la guerre XVIII</title><dc:creator>anne.palier@orange.fr</dc:creator><category>journal de guerre</category><dc:date>2009-09-25T16:51:29+02:00</dc:date><link>http://biographie.nalreva.fr/weblog/files/a6fca46ebca96f9ddae65f37f4c8bba2-26.html#unique-entry-id-26</link><guid isPermaLink="true">http://biographie.nalreva.fr/weblog/files/a6fca46ebca96f9ddae65f37f4c8bba2-26.html#unique-entry-id-26</guid><content:encoded><![CDATA[<span style="font:15px &#39;Lucida Grande&#39;, LucidaGrande, Verdana, sans-serif; ">Seconde marche d&rsquo;entra&icirc;nement&ensp;! Ca barde&ensp;! Celle-ci en petit comit&eacute;. Nous avons &eacute;t&eacute;, mademoiselle Germain, Bournisien, Pector et moi, chercher du muguet dans la for&ecirc;t de Dole. Elle est magnifique cette for&ecirc;t, mais par exemple elle est un peu loin. Seulement &ccedil;a a &eacute;t&eacute; tr&egrave;s chic pour nous habituer &agrave; la dure. Nous sommes partis comme toujours &agrave; travers champs (dans cette zone tout est permis) et lorsque nous  &eacute;tions bien en plein champs, c&rsquo;est-&agrave;-dire n&rsquo;ayant aucun abri en vue  &agrave; deux kilom&egrave;tres &agrave; la ronde, un formidable orage s&rsquo;est d&eacute;cha&icirc;n&eacute; et nous avons re&ccedil;u une douche comme de ma vie je n&rsquo;en avais encaiss&eacute;e. Nous avons bien essay&eacute; de presser le pas, mais comme le terrain &eacute;tait devenu tr&egrave;s glissant, cela offrait quelques difficult&eacute;s. Enfin nous avons aper&ccedil;u la toiture d&rsquo;une ferme se profiler &agrave; l&rsquo;horizon, nous avons bondi dans sa direction et, comme nous arrivions enfin &agrave; proximit&eacute; de l&rsquo;abri convoit&eacute;&hellip;<br /></span><span style="font:15px &#39;Lucida Grande&#39;, LucidaGrande, Verdana, sans-serif; "><br /></span><span style="font:15px &#39;Lucida Grande&#39;, LucidaGrande, Verdana, sans-serif; ">Naturellement la pluie s&rsquo;est arr&ecirc;t&eacute;e et je crois m&ecirc;me que le soleil nous a fait risette pour se ficher de nous. Sans nous d&eacute;courager, nous avons continu&eacute; notre chemin &agrave; travers les flaques d&rsquo;eau qui &eacute;taient un peu fr&eacute;quentes et nous avons atteint la for&ecirc;t. Oh, elle est superbe&ensp;! Il y a de petits sentiers ravissants, des ombrages magnifiques, des champs de bruy&egrave;re, un &eacute;tang minuscule o&ugrave; les bouleaux se mirent et laissent tra&icirc;ner leur chevelure, de curieux groupements de rochers, toutes choses tr&egrave;s, tr&egrave;s jolies et alors, de v&eacute;ritables tapis de muguets. Il y en a partout et l&rsquo;on ne sait o&ugrave; marcher pour ne pas l&rsquo;&eacute;craser. Malheureusement, il n&rsquo;est pas tout &agrave; fait fleuri et c&rsquo;est pour nous une d&eacute;ception.<br /><br />Nous rapportons, pour nous consoler, d&rsquo;immenses brass&eacute;es de gen&ecirc;ts. Nous nous retrouvons, apr&egrave;s avoir beaucoup march&eacute;, sur la  grande route de Ch&eacute;ry-Chartreuve. Un passant nous a complaisamment indiqu&eacute; la bonne route, autrement nous filions sur Paris pour nous arranger. Apr&egrave;s un repos de quelques quarts d&rsquo;heure &agrave; l&rsquo;ombre des sapins, nous sommes revenus par les terres labour&eacute;es, lesquelles terres &eacute;taient d&eacute;tremp&eacute;es &agrave; souhait par l&rsquo;averse. Et a&iuml;e donc&ensp;! Ca fait du bien. Aujourd&rsquo;hui on a bien fait dix-huit kilom&egrave;tres. Je deviens bonne pour la course &agrave; pied&ensp;!<br /><br />Des bless&eacute;s anglais commencent &agrave; arriver. Comme leur ambulance n&rsquo;est pas l&agrave;, il faut leur installer des salles dans notre service. Mademoiselle Germain est enlev&eacute;e de l&rsquo;&eacute;quipe chirurgicale pour prendre le service des bless&eacute;s anglais. Mademoiselle Jeanneau a ses malades install&eacute;s aux &eacute;clop&eacute;s. C&rsquo;est Fabal qui vient avec moi. Je suis col&egrave;re ! Na&ensp;!<br /><br />L&rsquo;ambulance anglaise arrive. Elle s&rsquo;installe dans l&rsquo;ancien quartier des B.C. dont les salles d&rsquo;op&eacute;rations ont &eacute;t&eacute; remises &agrave; neuf. Ils arrivent d&rsquo;Italie, ces anglais. Comme leurs infirmi&egrave;res se plaisaient &eacute;norm&eacute;ment sous le ciel bleu de ce pays, ils les y ont laiss&eacute;es. Ils en attendent d&rsquo;autres d&rsquo;Angleterre mais, d&rsquo;ici leur arriv&eacute;e, le service sera assur&eacute;, para&icirc;t-il, par des fran&ccedil;aises. Qui va-t-on y mettre ?<br /><br />12 Mai - Ce matin nous avons &eacute;t&eacute; par un temps &eacute;pouvantable &agrave; Mont-Notre-Dame chanter la messe de Jeanne d&rsquo;Arc en compagnie d&rsquo;artilleurs d&rsquo;un r&eacute;giment au repos. C&rsquo;&eacute;tait tr&egrave;s bien&ensp;!<br /><br />Cet apr&egrave;s-midi comme j&rsquo;&eacute;tais de garde aux P.O. et qu&rsquo;il n&rsquo;y avait rien &agrave; faire, je faisais une formidable partie de piquet avec Bournisien et ma foi, je crois que je gagnais, lorsque Mme Raoul-Duval arrive et me colle une de ces tuiles qui comptent. Je suis d&eacute;sign&eacute;e pour prendre le service anglais avec mademoiselle Rouhaud. Comme il y a malades et bless&eacute;s, je prends la m&eacute;decine. Je suis furieuse, jamais un service ne m&rsquo;a d&eacute;plu comme je sens que celui-ci va me d&eacute;plaire.<br /><br />Nous sommes pr&eacute;sent&eacute;es au Colonel Chef d&rsquo;ambulance qui a l&rsquo;air charmant mais ne (speak) pas du tout (french), puis &agrave; nos docteurs respectifs. J&rsquo;h&eacute;rite du Capitaine Wood, qui heureusement, sort bien qu&rsquo;avec difficult&eacute; quelques mots de fran&ccedil;ais. Il a l&rsquo;air tr&egrave;s bien. On m&rsquo;emm&egrave;ne dans la salle, on me pr&eacute;sente les infirmiers qui me saluent dans un langage que je ne comprends pas du tout. Puis je vois les malades, plusieurs sont gravement atteints et je commence &agrave; avoir peur. Pas un de ces hommes ne parle fran&ccedil;ais, les infirmiers n&rsquo;en savent pas un tra&icirc;tre mot. Seul, le docteur arrive &agrave; se faire comprendre et moi, qui ne sait pour ainsi dire pas un mot d&rsquo;anglais&hellip; Mon Dieu, mon Dieu, qu&rsquo;est-ce que je vais devenir&ensp;?<br /></span><span style="font:15px &#39;Lucida Grande&#39;, LucidaGrande, Verdana, sans-serif; "><br /></span>]]></content:encoded></item><item><title>Ep 20 - Dans la guerre XVII</title><dc:creator>anne.palier@orange.fr</dc:creator><category>journal de guerre</category><dc:date>2009-05-21T10:49:00+02:00</dc:date><link>http://biographie.nalreva.fr/weblog/files/b4f9164cc3c6033a8c2cd41df49bfe43-25.html#unique-entry-id-25</link><guid isPermaLink="true">http://biographie.nalreva.fr/weblog/files/b4f9164cc3c6033a8c2cd41df49bfe43-25.html#unique-entry-id-25</guid><content:encoded><![CDATA[<span style="font:15px &#39;Lucida Grande&#39;, LucidaGrande, Verdana, sans-serif; ">Nous avons toujours tr&egrave;s peu d&rsquo;ouvrage. Je brode des abat-jour pour la popote de notre m&eacute;decin-chef qui est tr&egrave;s agr&eacute;able (le M.C.) et je passe mon temps de garde &agrave; rire des fac&eacute;ties de nos deux infirmiers, Bournisien et Pector qui sont litt&eacute;ralement p&eacute;tris d&rsquo;esprit. Ils sont amusants au possible et je me demande o&ugrave; ils vont puiser tous les trucs qu&rsquo;ils emploient.<br /><br />Les officiers ont eu leur s&eacute;ance r&eacute;cr&eacute;ative. La m&ecirc;me que l&rsquo;autre jour, &agrave; peine modifi&eacute;e. J&rsquo;ai chant&eacute; aussi. Puis j&rsquo;ai particip&eacute; &agrave; l&rsquo;ex&eacute;cution du ch&oelig;ur final (l&rsquo;Ang&eacute;lus). Il para&icirc;t que c&rsquo;&eacute;tait tr&egrave;s bien mais je n&rsquo;entends pas quand je chante, &ccedil;a m&rsquo;ennuie.<br /><br />Nous avons fait une marche d&rsquo;entra&icirc;nement qui &eacute;tait un peu l&agrave;. Moi qui ne marche presque jamais, je me suis offert vingt kilom&egrave;tres dans mon apr&egrave;s-midi. Nous sommes parties cinq, n&rsquo;&eacute;tant pas de garde. A travers champs nous avons gagn&eacute; Courcelles o&ugrave; j&rsquo;ai inaugur&eacute; une s&eacute;rie d&rsquo;exploits en passant au travers d&rsquo;un pont de branchages que le g&eacute;nie avait jet&eacute; sur la Vesle, probablement depuis pas mal de temps car il &eacute;tait passablement vermoulu. Naturellement, comme toujours,  j&rsquo;ai mis mon pied o&ugrave; il ne fallait pas, les branches ont c&eacute;d&eacute; et&hellip; pour un peu je prenais un de ces bains tout &agrave; fait impr&eacute;vu et pas tr&egrave;s agr&eacute;able. Heureusement le bon g&eacute;nie des gens godiches m&rsquo;a visiblement prot&eacute;g&eacute; et je n&rsquo;ai pass&eacute; qu&rsquo;une jambe. J&rsquo;ai senti la fra&icirc;cheur de l&rsquo;eau sous ma semelle mais c&rsquo;est tout. J&rsquo;ai encore r&eacute;ussi &agrave; me tirer de l&agrave; sans accroc.<br />De l&agrave; nous sommes remont&eacute;es par Vauxtin o&ugrave; nous avons rencontr&eacute; un r&eacute;giment d&rsquo;artillerie qui allait prendre position. Sur la  hauteur (car c&rsquo;est tr&egrave;s haut) nous avons admir&eacute; une superbe saucisse* qui se pavanait comme un gros proprio, au caprice de la brise.<br /><br />Nous avons &eacute;t&eacute; voir le cimeti&egrave;re. Pauvre petit enclos&ensp;! Sur le flanc de la colline, il &eacute;tage ses modestes croix orn&eacute;es de la cocarde tricolore. Il y en a beaucoup, beaucoup et cependant l&rsquo;ambulance n&rsquo;est pas rest&eacute;e longtemps ici, en Avril&ensp;! Ils sont tous m&eacute;lang&eacute;s, lignards, chasseurs, zouaves, tirailleurs, m&ecirc;me des artilleurs, un aviateur, deux aum&ocirc;niers, des officiers. Tous r&eacute;unis dans une m&ecirc;me &eacute;treinte par la mort. Et l&rsquo;impression navrante que l&rsquo;on a en lisant sur quelques tombes cette mention &laquo;&ensp;Soldat inconnu.&ensp;&raquo; Comme pendant longtemps encore, les familles de ces malheureux esp&egrave;reront, mais en vain&ensp;! L&rsquo;horrible chose que la guerre.<br /><br />Nous sommes redescendues par Paars comme le soleil descendait &agrave; l&rsquo;horizon. Nous avons coup&eacute; &agrave; travers champs au pied de Bazoches et par les bois, nous avons rejoint la voie du train blind&eacute;, puis l&rsquo;h&ocirc;pital. Mais je ne suis pas habitu&eacute;e &agrave; ces genres d&rsquo;exercices, j&rsquo;ai beau lancer aux &eacute;chos les accents des marches guerri&egrave;res les plus entra&icirc;nantes de mon r&eacute;pertoire, j&rsquo;ai vaguement l&rsquo;impression, tellement je me courbe, que bient&ocirc;t mes genoux vont voisiner avec mon menton. Dans un dernier sursaut d&rsquo;&eacute;nergie, je me redresse en rentrant dans le camp juste comme la soupe sonne. Ca va, &ccedil;a va&ensp;! je suis relativement satisfaite. Avec quelques exercices de ce genre si jamais les boches viennent jusqu&rsquo;ici, nous sommes capables de faire Mont-Notre-Dame / Paris sans escale, avec le barda complet et toutes les vivres de r&eacute;serve.<br /><br />Les troupes anglaises arrivent, c&rsquo;&eacute;tait bien vrai. Elles ne tiendront pas tout le secteur mais elles renforceront les quelques troupes fran&ccedil;aises qui en ce moment assurent (bien imparfaitement, j&rsquo;en ai peur) la s&ucirc;ret&eacute; du Chemin des Dames. Une ambulance anglaise doit fonctionner, faisant corps avec la n&ocirc;tre, mais il n&rsquo;y a encore rien d&rsquo;officiel.<br /><br /></span>]]></content:encoded></item><item><title>Ep 19 - Dans la guerre XVI</title><dc:creator>anne.palier@orange.fr</dc:creator><category>journal de guerre</category><dc:date>2009-03-03T14:04:20+01:00</dc:date><link>http://biographie.nalreva.fr/weblog/files/7462d955152f4c46006afb6163ebc849-21.html#unique-entry-id-21</link><guid isPermaLink="true">http://biographie.nalreva.fr/weblog/files/7462d955152f4c46006afb6163ebc849-21.html#unique-entry-id-21</guid><content:encoded><![CDATA[<span style="font:15px &#39;Lucida Grande&#39;, LucidaGrande, Verdana, sans-serif; ">Je suis en train de mettre un costume de soir&eacute;e en satin et tulle paille, &agrave; point, pour un infirmier qui doit faire la dame au concert.<br /><br />Nos chers petits poilus, ils les ont encore arr&ecirc;t&eacute;s cette fois-ci. Je le savais bien&ensp;! Braves petits gars&ensp;! L&rsquo;attaque boche se ralentit, elle n&rsquo;est pas encore enray&eacute;e mais bient&ocirc;t elle le sera. Tout de m&ecirc;me, comme il doit en tomber de ces pauvres enfants. Et dire que c&rsquo;est pour nous sauver, nous qui ne fichons rien&ensp;!<br /><br />Un train de bless&eacute;s venant d&rsquo;Estr&eacute;e Saint Denis, menac&eacute; par les boches, est arriv&eacute; ce matin. Les pauvres gars voyageaient depuis bien longtemps et &eacute;taient bien fatigu&eacute;s. Heureusement, notre h&ocirc;pital fonctionne de premi&egrave;re ce coup-ci. Tout le monde s&rsquo;y est mis et, &agrave; minuit, tous &eacute;taient op&eacute;r&eacute;s et plac&eacute;s dans un bon lit. J&rsquo;ai tenu le service de pr&eacute;paration des BA. Mon Dieu, comme ils sont admirables et comme je les aime, nos soldats.<br /><br />Naturellement l&rsquo;inauguration du foyer a &eacute;t&eacute; diff&eacute;r&eacute;e mais &laquo;&ensp;l&rsquo;&eacute;tablissement&ensp;&raquo; est quand m&ecirc;me ouvert et je crois que les clients ne vont pas manquer.<br />On d&eacute;cide de faire fonctionner de nouveau les B.A. Nous sommes envoy&eacute;es, trois &eacute;quipes chirurgicales. Avec mademoiselle Germain, je fais partie de celle du m&eacute;decin-chef, monsieur Turin. Nous r&eacute;organisons l&rsquo;ancien pavillon, mais pour peu de temps. Dans quelques semaines, un pavillon op&eacute;ratoire tout neuf et pourvu d&rsquo;une installation ultra chouette fonctionnera. Je m&rsquo;occupe de la st&eacute;rilisation, mademoiselle Germain de la salle d&lsquo;op&eacute;rations. On ouvre deux baraques d&rsquo;hospitalisation, une pour les fran&ccedil;ais, une autre pour les boches prisonniers.<br /><br />Maintenant une accalmie se produit sur le front de bataille, les boches ont loup&eacute; leur coup. Ils se reforment. O&ugrave; vont-ils frapper cette fois&ensp;? Il fallait nos petits fran&ccedil;ais pour les arr&ecirc;ter. Y a pas d&rsquo;erreur, ils sont un peu l&agrave;, nos gars.<br /><br />Nous assurons toujours nos gardes avec le m&ecirc;me sto&iuml;cisme 24 heures sur 48, une &eacute;quipe ayant &eacute;t&eacute; dissoute. Il n&rsquo;y a que tr&egrave;s, tr&egrave;s peu de bless&eacute;s. La situation ne s&rsquo;aggravant pas, on d&eacute;cide de donner la f&ecirc;te d&rsquo;inauguration qui avait &eacute;t&eacute; retard&eacute;e.<br /><br />La f&ecirc;te a eu lieu, elle a &eacute;t&eacute; tr&egrave;s bien r&eacute;ussie. Quelques-uns des infirmiers ont de tr&egrave;s jolies voix et vraiment le tout &eacute;tait empreint de la plus franche cordialit&eacute;. J&rsquo;ai chant&eacute; avec monsieur Caron, &ccedil;a n&rsquo;&eacute;tait pas trop mal. Mais comme c&rsquo;&eacute;tait seulement pour les soldats, les officiers sont venus en d&eacute;putation demander &agrave; Mme Raoul-Duval de vouloir bien redonner la s&eacute;ance &agrave; leur salle de r&eacute;union. C&rsquo;est promis pour dans quelques jours.<br /><br />Ce soir nous avons discut&eacute; la possibilit&eacute; d&rsquo;une avance boche de notre c&ocirc;t&eacute;. Il para&icirc;t que ce serait tr&egrave;s possible. Au fond, &ccedil;a ne manquerait pas de logique car, maintenant qu&rsquo;ils ont rat&eacute; la Somme et, par cons&eacute;quent, Calais, Dunkerque qu&rsquo;ils visent depuis si longtemps, ils pourraient bien se lancer dans la direction de Paris et nous en sommes tr&egrave;s pr&egrave;s. Chacune de nous &eacute;met son avis sur les pr&eacute;cautions &agrave; prendre et sur la conduite qu&rsquo;il faudrait tenir, la cas &eacute;ch&eacute;ant. C&rsquo;est amusant car je suis s&ucirc;re que si jamais l&rsquo;&eacute;v&egrave;nement se produisait, personne ne songerait &agrave; ex&eacute;cuter son programme.<br /><br />On parle beaucoup de l&rsquo;occupation du secteur par les troupes anglaises, est-ce vrai&ensp;?<br /><br /></span>]]></content:encoded></item><item><title>Ep 18 - Dans la guerre XV</title><dc:creator>anne.palier@orange.fr</dc:creator><category>journal de guerre</category><dc:date>2009-02-07T20:10:33+01:00</dc:date><link>http://biographie.nalreva.fr/weblog/files/b1a2994fdc9012af8e3b4e47222de14e-20.html#unique-entry-id-20</link><guid isPermaLink="true">http://biographie.nalreva.fr/weblog/files/b1a2994fdc9012af8e3b4e47222de14e-20.html#unique-entry-id-20</guid><content:encoded><![CDATA[<span style="font:15px &#39;Lucida Grande&#39;, LucidaGrande, Verdana, sans-serif; ">Quand je le disais que &ccedil;a allait continuer. Dans la m&ecirc;me journ&eacute;e nous avons hospitalis&eacute; une jeune fille de 16 ans qu&rsquo;une maladresse a jet&eacute; sous un chariot, lequel chariot en lui passant sur le corps a provoqu&eacute; une fracture ferm&eacute;e de la jambe et une fracture ouverte du bras et, dans la soir&eacute;e, une fillette de 7 ans atteinte de tumeur au genou qui, apr&egrave;s recommandation au docteur, vient d&rsquo;&ecirc;tre mise dans un pl&acirc;tre et est en observation.<br /><br />L&rsquo;aspect de la salle est tr&egrave;s drolatique. On a tendu un drap en travers pour &eacute;tablir une s&eacute;paration et notre service marche assez bien. Le plus amusant, c&rsquo;est quand il y a bombardement. Les bonnes femmes ont le trac et poussent de petits cris apeur&eacute;s. La m&ocirc;me ne veut pas dormir et pleure, alors comme il y a toujours dans les poilus quelque brave territorial p&egrave;re de famille, il va la bercer et tout s&rsquo;arrange. Tr&egrave;s curieux, ce campement mais mademoiselle Terroine se fait des cheveux, moi, &ccedil;a m&rsquo;amuse.<br /><br />J&rsquo;apprends que mes deux fr&egrave;res sont en permission. Mademoiselle Rouhaud rentre demain. Je demande ma perme qui m&rsquo;est accord&eacute;e. Ca a fil&eacute; vite cette fois-ci. Aucune difficult&eacute; n&rsquo;est faite, au contraire. On double les tours de permission en ce moment pour que dans quelques temps, s&rsquo;il y a n&eacute;cessit&eacute;, l&rsquo;effectif soit au complet. Me voici donc mise en route.<br /><br />Cette fois-ci j&rsquo;ai &eacute;t&eacute; sage comme une petite image&ensp;; j&rsquo;ai pris juste dix jours, pas l&rsquo;ombre d&rsquo;un rabiot, et me voici revenue.<br /><br />Pendant mon absence les nouveaux services ont &eacute;t&eacute; ouverts. Les quartiers BA et BC sont ferm&eacute;s et on va aussi y faire des r&eacute;parations s&eacute;rieuses. L&rsquo;autochir s&rsquo;est transport&eacute;e avec son mat&eacute;riel et son personnel au nouveau groupe op&eacute;ratoire o&ugrave; ils sont tr&egrave;s chiquement install&eacute;s. Chaque chirurgien a une salle o&ugrave; il met ses op&eacute;r&eacute;s. Les bless&eacute;s de la salle 11 sont dispers&eacute;s et je suis oblig&eacute;e de faire une tourn&eacute;e g&eacute;n&eacute;rale pour les retrouver tous. Presque toutes mes compagnes sont occup&eacute;es et l&rsquo;ouvroir fonctionne toujours.<br /><br />Mme Raoul-Duval se propose l&rsquo;organisation dans l&rsquo;h&ocirc;pital d&rsquo;un Foyer du Soldat destin&eacute; aux infirmiers qui sont absolument d&eacute;nu&eacute;s de tout lieu de r&eacute;union. Elle me garde avec elle pour pr&eacute;parer cette installation et me voici en train de confectionner de charmants rideaux, de d&eacute;licieux abat-jour et autres petites choses qui vont contribuer &agrave; rendre cette simple baraque un vrai petit paradis.<br /><br />Le secteur est d&rsquo;un calme stup&eacute;fiant. A peine, de temps en temps, une timide canonnade au loin et, un peu plus souvent, les passages d&rsquo;avions allant bombarder Paris qui prend depuis quelques temps. Il y a tr&egrave;s peu de bless&eacute;s. Je continue mes confections. Mademoiselle Germain pr&eacute;pare la biblioth&egrave;que et monsieur Gailleur, arm&eacute; de son cher piano, pr&eacute;pare une petite soir&eacute;e musicale qui sera donn&eacute;e pour l&rsquo;ouverture du foyer, probablement le jour de P&acirc;ques.<br /><br />Le beau temps semble revenir, voici le printemps et sous son apparence de calme, le pays tout entier s&rsquo;attend &agrave; de graves &eacute;v&eacute;nements.<br />Mme Raoul-Duval part en permission exceptionnelle pour faire quelques achats en vue de l&rsquo;ach&egrave;vement de l&rsquo;organisation du foyer. J&rsquo;ai fini les colifichets et la salle prend tr&egrave;s bonne tournure. Maintenant je fais une robe pour une fillette hospitalis&eacute;e.<br /><br />Les boches d&eacute;clenchent une attaque formidable sur le front de la Somme. Les Anglais, surpris, reculent &agrave; une vitesse diabolique. Bient&ocirc;t les boches ont atteint et, en certains endroits, d&eacute;pass&eacute; la ligne qu&rsquo;ils occupaient en 1914. Des troupes fran&ccedil;aises sont envoy&eacute;es en renfort.<br /><br />Une nouvelle stup&eacute;fiante nous arrive. Les boches bombardent Paris avec un canon &agrave; longue port&eacute;e. Sur le moment tout le monde est un peu ahuri et a de la peine &agrave; le croire. Mais bient&ocirc;t l&rsquo;on s&rsquo;y habitue et&hellip; au fond &ccedil;a n&rsquo;a rien de magique, une simple modification de l&rsquo;obus lui permet de parcourir cette &eacute;norme (?) distance. C&rsquo;est un tour de boche de s&rsquo;amuser &agrave; penser &agrave; &ccedil;a. En tout cas, s&rsquo;ils ont pens&eacute; affoler Paris et la France, ils ont loup&eacute; la commande, car on commence d&eacute;j&agrave; &agrave; la mettre en chanson leur &laquo;&ensp;Bertha&ensp;&raquo;. Impossible de la prendre au s&eacute;rieux maintenant.<br /><br /></span>]]></content:encoded></item><item><title>Ep 17 - Dans la guerre XIV</title><dc:creator>anne.palier@orange.fr</dc:creator><category>journal de guerre</category><dc:date>2009-01-05T17:05:29+01:00</dc:date><link>http://biographie.nalreva.fr/weblog/files/57cf3b1d54d72044aa998fca3c2bb714-19.html#unique-entry-id-19</link><guid isPermaLink="true">http://biographie.nalreva.fr/weblog/files/57cf3b1d54d72044aa998fca3c2bb714-19.html#unique-entry-id-19</guid><content:encoded><![CDATA[<span style="font:15px &#39;Lucida Grande&#39;, LucidaGrande, Verdana, sans-serif; ">25 D&eacute;cembre - La matin&eacute;e est occup&eacute;e &agrave; diff&eacute;rents restes de pr&eacute;paratifs. A 1 heure de l&rsquo;apr&egrave;s-midi, les infirmi&egrave;res de l&rsquo;autochir qui se sont r&eacute;serv&eacute; ce plaisir, apportent un arbre de No&euml;l dans la salle des bless&eacute;s et leur font une distribution copieuse de bonnes et belles choses. Jusqu&rsquo;&agrave; la grand&rsquo;m&egrave;re qui a sa part et qui pleure de joie.<br /><br />A 2 heures a lieu la remise des d&eacute;corations avec prise d&rsquo;armes, s.v.p. Sur la place des &eacute;clop&eacute;s o&ugrave; ce genre de c&eacute;r&eacute;monie se d&eacute;roule toujours, nous sommes tous r&eacute;unis et, ma foi, c&rsquo;est presque imposant. Avec cela la neige s&rsquo;est mise de la partie et tombe par flocons serr&eacute;s. Les tambours battent, les clairons sonnent, les poilus pr&eacute;sentent les armes, parole d&rsquo;honneur, on se croirait presque devenus des z&rsquo;h&eacute;ros. Le colonel remet tout d&rsquo;abord la m&eacute;daille militaire &agrave; un soldat et lui donne l&rsquo;accolade. J&rsquo;ai un moment d&rsquo;&eacute;motion, va-t-il remplir cette petite formalit&eacute; vis &agrave; vis de nous&ensp;? Pour s&ucirc;r, je poufferai s&rsquo;il le fait. Mais non, il s&rsquo;est abstenu. Il nous met &agrave; chacune une petite &eacute;pingle repr&eacute;sentant deux palmes s&eacute;par&eacute;es par une croix rouge et &hellip; en avant la musique. Les tambours ferment le ban et voil&agrave; la s&eacute;ance termin&eacute;e. Je me trotte vivement car le  trac et la neige me donnent froid.<br /><br />Et la petite f&ecirc;te commence. Elle a &eacute;t&eacute; simplement ravissante. Les enfants ont chant&eacute; d&eacute;licieusement. Les infirmiers nous ont donn&eacute; deux ch&oelig;urs tr&egrave;s bien ex&eacute;cut&eacute;s. Les Rois Mages (Arl&eacute;sienne) et la Vierge &agrave; la Cr&egrave;che de C&eacute;sar Franck. Moi-m&ecirc;me, je ne m&rsquo;en suis pas trop mal tir&eacute;, aid&eacute;e par mon partenaire, monsieur Caron qui chante parfaitement.<br /><br />Mais la plus jolie chose fut l&rsquo;arriv&eacute;e inattendue d&rsquo;un superbe P&egrave;re No&euml;l v&ecirc;tu de blanc et barbu &agrave; souhait qui d&eacute;bita aux enfants, ahuris de plaisir, de petits boniments savamment arrang&eacute;s et qui les laiss&egrave;rent muets de stupeur. Ensuite la distribution fut achev&eacute;e et chaque assistant re&ccedil;ut un cadeau et tout le monde &eacute;tait ravi.<br /><br />Pour clore la c&eacute;r&eacute;monie, le P&egrave;re No&euml;l charg&eacute; de sa hotte et suivi de tous les enfants mass&eacute;s en cort&egrave;ge, se rendit &agrave; travers le camp tapiss&eacute; de neige jusqu&rsquo;&agrave; la salle des bless&eacute;s qui &eacute;taient tous &eacute;mus.<br /><br />Le soir, toute l&rsquo;&eacute;quipe r&eacute;unie par les soins affectueux de Mme Raoul-Duval, nous e&ucirc;mes dans notre baraque de cantonnement un d&icirc;ner d&rsquo;une intimit&eacute; familiale qui nous fit le plus grand plaisir. Nous y f&icirc;mes flamber un volumineux pudding et, pour avoir de la chance, chacune de nous en re&ccedil;ut un morceau encore tout flambant.<br /><br />26 D&eacute;cembre - Mme Raoul-Duval part en permission. Tout rentre dans l&rsquo;ordre et la vie reprend son cours habituel.<br /><br />29 D&eacute;cembre - Les avions boches continuent &agrave; &ecirc;tre de plus en plus assommants. Il est impossible d&rsquo;avoir une soir&eacute;e tranquillement &eacute;clair&eacute;e. Je crois qu&rsquo;ils le font expr&egrave;s.<br /><br />31 D&eacute;cembre - L&rsquo;ann&eacute;e s&rsquo;ach&egrave;ve et elle emporte avec elle beaucoup de choses laides et bien peu de jolies. Elle a &eacute;t&eacute; si dure pour tant de pauvres &ecirc;tres qu&rsquo;on ne peut gu&egrave;re la regretter. Et, cependant, que nous r&eacute;serve dans son myst&eacute;rieux inconnu l&rsquo;ann&eacute;e qui s&rsquo;avance et que chacun d&rsquo;entre nous voudrait bonne&ensp;?<br /><br />1er Janvier 1918 - L&rsquo;aube vient de luire sur une nouvelle ann&eacute;e. Je crois que tout le monde la regarde avec m&eacute;fiance, cette pauvre d&eacute;butante. Nous avons &eacute;t&eacute; attrap&eacute;s si souvent depuis quelques temps que nous n&rsquo;osons plus nous risquer dans de fous espoirs. Et cependant elle pourrait bien tout de m&ecirc;me se d&eacute;cider &agrave; nous apporter la victoire, cette jolie dame.<br /><br />En attendant nous nous distribuons les v&oelig;ux de bonne et heureuse ann&eacute;e les plus affectueux. Nos poilus sont un peu tristes de ne pas passer ce bon jour en famille. Mais enfin nous sommes arriv&eacute;s &agrave; les d&eacute;rider et la journ&eacute;e a &eacute;t&eacute; bonne.<br /><br />Mme Breffort est all&eacute;e, avec son aplomb accoutum&eacute;, pr&eacute;senter nos meilleurs v&oelig;ux &agrave; monsieur le m&eacute;decin principal, comme il &eacute;tait de notre devoir de le faire. Elle est si gracieuse et si affable que monsieur le principal a &eacute;t&eacute; charm&eacute;.<br /><br />Ce soir nous avons bu le champagne, et allez donc&ensp;!!!<br /><br />La grand-m&egrave;re quitte l&rsquo;&eacute;tablissement et retourne au domicile conjugal &agrave; la grande joie de son &eacute;poux.<br /><br />Mademoiselle Rouhaud rentre d&rsquo;un petit voyage circulaire que le minist&egrave;re lui a offert en Alsace. Elle est mise &agrave; ma place salle 11 et moi, je d&eacute;file &agrave; l&rsquo;ouvroir. C&rsquo;est amusant au possible d&rsquo;&ecirc;tre &agrave; l&rsquo;ouvroir. D&rsquo;abord on bouche des trous dont le commun des mortels n&rsquo;a pas id&eacute;e. Des journ&eacute;es enti&egrave;res il faut, pour raccommoder une chaussette, tellement elle est en mauvais &eacute;tat, la pauv&rsquo; vieille. Et puis on fait des &eacute;tudes de m&oelig;urs tr&egrave;s approfondies et &ccedil;a ne manque pas de sel.<br /><br />Rien de nouveau&ensp;!! Le temps s&rsquo;&eacute;coule normalement, entre les alertes aux avions que l&rsquo;on ne compte plus et les raccommodages que l&rsquo;on ne compte plus non plus. Le secteur est tr&egrave;s calme mais l&rsquo;on pense pour le printemps &agrave; une attaque en masse des boches qui vont avoir des quantit&eacute;s de soldats en renfort, du fait du l&acirc;chage russe. Les nouveaux services que l&rsquo;on a reconstruit sur l&rsquo;emplacement des baraques d&eacute;truites par l&rsquo;incendie sont splendides et pourvus de tout le confort possible. Dans quelque temps ils seront pr&ecirc;ts &agrave; fonctionner et l&rsquo;h&ocirc;pital rouvrira. Mademoiselle Rouhaud repart en permission exceptionnelle. C&rsquo;est moi qui reprend le service de la salle 11 mais le matin seulement.<br /><br />C&rsquo;est amusant&ensp;! Nous avons touch&eacute; une bonne femme qui s&rsquo;est fractur&eacute; une jambe en essayant de se mettre &agrave; l&rsquo;abri dans les carri&egrave;res au cours d&rsquo;un bombardement. Elle a repris la place de la grand-m&egrave;re puisque aucun autre service n&rsquo;est ouvert.<br /><br />La s&eacute;rie est ouverte&ensp;; aujourd&rsquo;hui on nous a amen&eacute; une autre femme qu&rsquo;un &ecirc;tre introuvable a essay&eacute; d&rsquo;assassiner. Tout &agrave; fait charmant&ensp;! Elle a re&ccedil;u deux balles de revolver dans la t&ecirc;te et a un &oelig;il enlev&eacute;. Le rigolo de la situation c&rsquo;est le d&eacute;fil&eacute; des autorit&eacute;s qui viennent qu&ecirc;ter des renseignements pour essayer d&rsquo;instruire l&rsquo;affaire. On verra de tout pendant cette guerre.<br /><br /></span>]]></content:encoded></item><item><title>Ep 16 - Dans la guerre XIII</title><dc:creator>anne.palier@orange.fr</dc:creator><category>journal de guerre</category><dc:date>2008-12-06T07:53:39+01:00</dc:date><link>http://biographie.nalreva.fr/weblog/files/ff1550595118c2af769b96acc942981c-18.html#unique-entry-id-18</link><guid isPermaLink="true">http://biographie.nalreva.fr/weblog/files/ff1550595118c2af769b96acc942981c-18.html#unique-entry-id-18</guid><content:encoded><![CDATA[<span style="font:15px &#39;Lucida Grande&#39;, LucidaGrande, Verdana, sans-serif; ">4 Novembre - Encore un mort, cette nuit&ensp;! Mon Dieu, comme je suis d&eacute;courag&eacute;e&ensp;!!!<br /><br />Comme fait expr&egrave;s pour me remonter le moral, le nombre de bless&eacute;s devenant moindre par suite de la fermeture provisoire de l&rsquo;h&ocirc;pital n&eacute;cessit&eacute;e par l&rsquo;incendie, ces messieurs d&eacute;cident de fermer une salle sur deux. Naturellement la mienne ferme et il me faut surveiller le transport des bless&eacute;s dans la salle 22. Les hommes sont d&rsquo;une humeur massacrante et moi je rousse &agrave; jet continu*. Heureusement, il ne m&rsquo;en reste plus que tr&egrave;s peu et ils vont relativement bien. L&rsquo;autochir 18 re&ccedil;oit l&rsquo;ordre de rejoindre un nouveau poste dans les Vosges. Notre service va donc cesser d&rsquo;exister. Nos bless&eacute;s vont passer &agrave; l&rsquo;autochir 19 et nous&hellip; Zut&ensp;! je suis &agrave; bout physiquement et moralement surtout. J&rsquo;obtiens l&rsquo;autorisation de partir en permission, laissant le soin de la liquidation &agrave; mademoiselle Jeanneau.<br /><br />Je pars en permission. Le secteur est redevenu calme, l&rsquo;h&ocirc;pital ne fonctionne plus ou plut&ocirc;t ne re&ccedil;oit plus. Au dernier moment cela m&rsquo;a fait du chagrin de quitter mes quelques bless&eacute;s. Ils ont &eacute;t&eacute; bien gentils, m&ecirc;me les deux mauvais sujets, Co&euml;tmeur et Houdot qui m&rsquo;ont pourtant fait bien enrager quelquefois.<br /><br />Ma permission, qui dura vingt-cinq jours, s&rsquo;&eacute;coula normalement. Je fus t&eacute;moin, au cours de mon s&eacute;jour &agrave; Bordeaux, des d&eacute;buts de l&rsquo;effort am&eacute;ricain pour nous venir en aide. Des paquebots arrivaient chaque jour, amenant des soldats pour lesquels on avait install&eacute; des camps d&rsquo;instruction&ensp;; des travaux se d&eacute;veloppaient avec activit&eacute; le long de la Garonne entre Bassens et Lormont pour recevoir vivres et munitions. C&rsquo;&eacute;tait la fi&egrave;vre de l&rsquo;arri&egrave;re dans toute sa vigueur.<br /><br />En rentrant de perme, je trouve de grands changements. Une seule salle, la 11, celle de Mme Raoul-Duval fonctionne avec quelques grands bless&eacute;s restant de l&rsquo;attaque derni&egrave;re et les quelques accidents qui peuvent survenir &agrave; l&rsquo;arri&egrave;re imm&eacute;diat ou dans les CID. Tous les autres services sont clos. Un ouvroir a &eacute;t&eacute; ouvert pour y remettre en &eacute;tat le linge de l&rsquo;h&ocirc;pital ce qui est tr&egrave;s utile. Les infirmi&egrave;res disponibles y vont travailler chaque jour.<br /><br />L&rsquo;h&ocirc;pital ne re&ccedil;oit plus de bless&eacute;s des lignes. Des &eacute;quipes de soldats du g&eacute;nie sont occup&eacute;es &agrave; la reconstruction de la partie de la formation d&eacute;truite par l&rsquo;incendie, reconstruction qui s&rsquo;op&egrave;re d&rsquo;une fa&ccedil;on merveilleuse, l&rsquo;h&ocirc;pital sera un vrai mod&egrave;le apr&egrave;s cela.<br /><br />Mme Raoul-Duval, tr&egrave;s occup&eacute;e par les pr&eacute;paratifs d&rsquo;une f&ecirc;te de No&euml;l qui s&rsquo;annonce superbe, a laiss&eacute; la direction du service &agrave; mademoiselle Terroine, je suis d&eacute;sign&eacute;e pour l&rsquo;aider. Je ne connais donc pas de ch&ocirc;mage pour cette fois-ci et j&rsquo;entre en service de suite. <br /><br />Le travail est tr&egrave;s faisable. Il y a quelques grands bless&eacute;s vraiment bien dignes d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t. Les autres qui, pour la plupart n&rsquo;ont presque rien, sont de grands enfants qui sont charmants lorsque l&rsquo;on sait s&rsquo;y prendre avec eux. Le plus dr&ocirc;le c&rsquo;est qu&rsquo;il y a, trait&eacute;e dans la m&ecirc;me salle, une bonne grand-m&egrave;re qu&rsquo;une fracture de la cheville retient &agrave; l&rsquo;h&ocirc;pital depuis de bien longs mois. On lui a arrang&eacute; un petit coin et cette bonne vieille au milieu de tous ces poilus c&rsquo;est tr&egrave;s dr&ocirc;le. Il fait tr&egrave;s froid, les pr&eacute;paratifs de l&rsquo;arbre de No&euml;l marchent grand train.<br /><br />Le temps s&rsquo;&eacute;coule normalement au milieu d&rsquo;une assez grande activit&eacute;. Chaque jour, de nombreux colis arrivent de Paris et &agrave; chaque d&eacute;ballage ce sont de nouvelles exclamations. Le cantonnement, chez nous, est transform&eacute; en bazar, on y trouve de tout. La f&ecirc;te de No&euml;l sera pour tous les poilus, infirmiers et majors pr&eacute;sents &agrave; l&rsquo;h&ocirc;pital et pour les petits enfants du village. Un concert doit avoir lieu, les enfants et les poilus chanteront. M&ecirc;me moi, si je n&rsquo;ai pas trop la frousse, je ferai entendre ma voix ce jour-l&agrave;. Ca m&rsquo;amuse mais &ccedil;a me fait un peu peur.<br /><br />Mademoiselle Terroine est partie en permission, c&rsquo;est mademoiselle Bedts qui travaille avec moi. J&rsquo;aime beaucoup mademoiselle Bedts. Nous faisons notre ouvrage en musique car le phonographe marche toute la journ&eacute;e ce qui &eacute;gaie &eacute;norm&eacute;ment les soldats.<br /><br />Les boches nous font des peurs chaque soir r&eacute;guli&egrave;rement. D&egrave;s 4 heures de l&rsquo;apr&egrave;s-midi &agrave; la chute du jour, ils commencent &agrave; nous sonner et de suite on coupe l&rsquo;&eacute;lectricit&eacute;. Charmant, ce pataugeage dans le noir. Ce soir, nous &eacute;tions &agrave; la r&eacute;p&eacute;tition de chant chez monsieur Gailleur (le distingu&eacute; organisateur de la partie musicale), voil&agrave; l&rsquo;accident qui s&rsquo;est produit.&ensp;Nous avons continu&eacute; &agrave; la lueur des bougies et au son des batteries anti-a&eacute;riennes. Nous pr&eacute;parons aussi des chants pour la Messe de Minuit, enfin nous sommes tr&egrave;s occup&eacute;es.<br /><br />Je re&ccedil;ois la visite du p&egrave;re et de la s&oelig;ur du malheureux petit chasseur, Andr&eacute; Poupon. Ils viennent pour voir la tombe de leur cher petit gars. Pauvres gens, combien leur douleur est navrante. C&rsquo;est affreux et comme dans ces moments-l&agrave; la croyance en Dieu est n&eacute;cessaire. Nous avons eu un accident sur la voie. Un malheureux territorial* est tomb&eacute; d&rsquo;un train qu&rsquo;il convoyait et a &eacute;t&eacute; tellement ab&icirc;m&eacute; que malgr&eacute; tous nos efforts, il est mort ce soir sans avoir repris connaissance. Le malheureux &eacute;tait mari&eacute; et p&egrave;re de famille.<br /><br />Notre f&ecirc;te prend tournure. L&rsquo;arbre de No&euml;l, ou plut&ocirc;t les arbres car il y en aura plusieurs, sont install&eacute;s sous la grande Bessoneau du camp des &eacute;clop&eacute;s que l&rsquo;on d&eacute;core du mieux qu&rsquo;il est possible avec branchages et oriflammes. Ca menace d&rsquo;&ecirc;tre superbe mais le froid pique et monsieur Gailleur a peur que son piano s&rsquo;enrhume l&agrave;-haut, aussi on va l&rsquo;habiller. Mademoiselle Terroine est revenue et a repris sa place.<br /><br />24 D&eacute;cembre - Voici la veille de No&euml;l, tout est pr&ecirc;t et chacun conna&icirc;t son poste. Par exemple, au dernier moment, une complication surgit. Le minist&egrave;re a d&eacute;cid&eacute; qu&rsquo;il serait proc&eacute;d&eacute; demain &agrave; une remise de r&eacute;compense aux infirmi&egrave;res, qui varie selon la dur&eacute;e de leurs services depuis le d&eacute;but de la guerre. Nous allons d&eacute;cid&eacute;ment avoir une journ&eacute;e bien charg&eacute;e.<br /><br />Minuit - Nous allons &agrave; la messe et la chapelle est trop petite pour contenir tout le monde. L&rsquo; enfant J&eacute;sus daignera-t-il cette fois-ci exaucer les pri&egrave;res de tant de ses fr&egrave;res humains qui osent le supplier malgr&eacute; leur indignit&eacute;&ensp;? Les chants ont bien &eacute;t&eacute;, sauf moi qui ai chant&eacute; comme un pied. J&rsquo;&eacute;tais trop &eacute;mue, c&rsquo;est malheureux d&rsquo;&ecirc;tre timide &agrave; ce point. <br /><br /></span>]]></content:encoded></item><item><title>Ep 15 - Dans la guerre XII</title><dc:creator>anne.palier@orange.fr</dc:creator><category>journal de guerre</category><dc:date>2008-11-10T12:48:08+01:00</dc:date><link>http://biographie.nalreva.fr/weblog/files/7726d2cf0ee66f6bc17904653d3f4b17-17.html#unique-entry-id-17</link><guid isPermaLink="true">http://biographie.nalreva.fr/weblog/files/7726d2cf0ee66f6bc17904653d3f4b17-17.html#unique-entry-id-17</guid><content:encoded><![CDATA[<span style="font:15px &#39;Lucida Grande&#39;, LucidaGrande, Verdana, sans-serif; ">29 Octobre - Ce soir, comme nous allions quitter le service, un infirmier s&rsquo;approche de moi et me dit tout bas : &laquo;&ensp;Mademoiselle, ne dites rien pour ne pas effrayer les malades mais il y a quelque chose qui br&ucirc;le dans l&rsquo;h&ocirc;pital ! &raquo;<br /><br />Tout &eacute;tait &eacute;teint et la salle close, les malades assez calmes. Je sortis, laissant mademoiselle Rouhaud &agrave; la surveillance. A peine dehors une lueur rougeoyante m&rsquo;appar&ucirc;t juste en face de moi, mais la rang&eacute;e de baraques face &agrave; la n&ocirc;tre m&rsquo;emp&ecirc;chait de voir autre chose. D&rsquo;un bond, je traversai l&rsquo;espace qui me s&eacute;parait de l&rsquo;all&eacute;e principale et en y arrivant je poussai un cri de stupeur&ensp;: l&rsquo;assemblage de baraques qui formait le groupe op&eacute;ratoire o&ugrave; travaillaient deux autochirs (celle de monsieur Venin et celle de monsieur Laroyenne) ne formaient plus qu&rsquo;un immense brasier. Le feu avait pris dans une salle de radio, &agrave; une couverture plac&eacute;e trop pr&egrave;s du po&ecirc;le et avait gagn&eacute; du terrain avec une rapidit&eacute; prodigieuse. En un clin d&rsquo;&oelig;il, tout le groupe devenait la proie des flammes. Les secours s&rsquo;organis&egrave;rent rapidement. Il ne fallait pas songer &agrave; arr&ecirc;ter l&rsquo;incendie, c&rsquo;e&ucirc;t &eacute;t&eacute; inutile. On s&rsquo;occupa tout d&rsquo;abord d&rsquo;enlever les bless&eacute;s des salles atteintes ou menac&eacute;es et d&rsquo;emp&ecirc;cher l&rsquo;incendie d&rsquo;atteindre les autres groupes. Heureusement le vent soufflait du c&ocirc;t&eacute; de la campagne, au cas contraire je crois que tout l&rsquo;h&ocirc;pital aurait flamb&eacute;.<br /><br />J&rsquo;allai chercher mademoiselle Rouhaud, notre service n&rsquo;&eacute;tait pas menac&eacute;. Toutes les bonnes volont&eacute;s s&rsquo;employ&egrave;rent hardiment &agrave; secourir les malheureux bless&eacute;s qui, pour la plupart gravement atteints, &eacute;taient incapables du moindre mouvement et litt&eacute;ralement terroris&eacute;s, suppliant qu&rsquo;on ne les abandonne pas, s&rsquo;accrochant avec d&eacute;sespoir apr&egrave;s le premier qui passait &agrave; leur port&eacute;e et, tout &agrave; coup, lorsque leur tour venait d&rsquo;&ecirc;tre enlev&eacute;s, disant si gentiment&ensp;: &laquo;&ensp;Non, je vous assure, prenez mon voisin d&rsquo;abord, il est bien plus malade que moi.&ensp;&raquo; H&eacute;ro&iuml;ques enfants&ensp;!!!<br /><br />Tout le personnel fut &agrave; la hauteur des circonstances. Sans qu&rsquo;aucun ordre fut donn&eacute;, le sauvetage fut organis&eacute; et ex&eacute;cut&eacute; et pas un homme ne resta dans les flammes. Toutefois, je dois &agrave; la v&eacute;rit&eacute; de dire que, de ces malheureux grands bless&eacute;s qui furent tir&eacute;s si pr&eacute;cipitamment de leurs salles confortables pour &ecirc;tre expos&eacute;s au grand air frais de cette nuit de fin octobre et transport&eacute;s ensuite dans des salles plus ou moins chauff&eacute;es et organis&eacute;es, beaucoup se ressentirent cruellement de la catastrophe.  <br /><br />Un peu plus tard dans la soir&eacute;e, les belles gerbes de flammes qui montaient si victorieusement vers le ciel, diminu&egrave;rent faute d&rsquo;aliment, mais pendant toute la nuit, le feu d&eacute;vora encore en rampant. Dix-sept baraques avaient &eacute;t&eacute; d&eacute;truites. De ma vie, je n&rsquo;avais vu semblable brasier. L&rsquo;incendie fut visible &agrave; plusieurs lieues &agrave; la ronde et les poilus au loin, pens&egrave;rent que nous avions &eacute;t&eacute; bombard&eacute;s, ce en quoi ils se trompaient. Le plus chanceux fut le bless&eacute; que l&rsquo;on &eacute;tait en train d&rsquo;op&eacute;rer quand l&rsquo;incendie se d&eacute;clara et qui, encore endormi, fut pass&eacute; par une fen&ecirc;tre, transport&eacute; aux B.A. o&ugrave; l&rsquo;on termina l&rsquo;op&eacute;ration (une amputation je crois) et qui gu&eacute;rit merveilleusement. <br /><br />30 Octobre - Le g&eacute;n&eacute;ral P&eacute;tain visite l&rsquo;h&ocirc;pital et passe dans toutes les salles. Son arriv&eacute;e dans notre salle fut si pr&eacute;cipit&eacute;e que nous e&ucirc;mes &agrave; peine le temps de rectifier la position. Mademoiselle Rouhaud qui avait un pistolet &agrave; la main se mit au garde-&agrave;-vous sans quitter son arme, ce qui nous a servi de distraction pendant toute la journ&eacute;e.<br /><br />31 Octobre - Mademoiselle Rouhaud prend la cantine &agrave; la place de mademoiselle Pesqu&eacute; qui part en permission. J&rsquo;ai pour la remplacer une nouvelle arriv&eacute;e, mademoiselle Janneau. Je touche un bless&eacute; am&eacute;ricain, le premier &eacute;tranger que je soigne. Il est tout plein gentil et pas gravement atteint, heureusement pour lui. Mademoiselle Janneau parle un peu d&rsquo;anglais car moi, je nage superlativement pour cela et lui ne sait pas un mot de fran&ccedil;ais. Il se nomme Hubert Wallower.<br /><br />1er Novembre - Un pauvre petit fran&ccedil;ais arrive, tr&egrave;s gravement atteint. Il subit une op&eacute;ration terrible et d&rsquo;une longueur effrayante, on nous le rapporte &agrave; demi mort.<br /><br />2 Novembre - Le pauvre petit est mort, cette nuit&ensp;! Oh, l&rsquo;effrayante chose que la guerre et comme elle est lourde de responsabilit&eacute;s&ensp;! Une c&eacute;r&eacute;monie tr&egrave;s touchante a eu lieu cet apr&egrave;s-midi au cimeti&egrave;re. Un monument avait &eacute;t&eacute; &eacute;difi&eacute;, le m&eacute;decin principal a prononc&eacute; une allocution et tout le personnel disponible y a assist&eacute;. <br /><br />3 Novembre - Un autre bless&eacute; arrive en tr&egrave;s piteux &eacute;tat, il souffre atrocement d&rsquo;une jambe broy&eacute;e. On lui donne de la morphine, beaucoup. <br /><br /></span>]]></content:encoded></item><item><title>Ep 14 - Dans la guerre XI</title><dc:creator>anne.palier@orange.fr</dc:creator><category>journal de guerre</category><dc:date>2008-10-02T11:08:21+02:00</dc:date><link>http://biographie.nalreva.fr/weblog/files/62a2642230ed0ce115ae1cc6dd9955f8-16.html#unique-entry-id-16</link><guid isPermaLink="true">http://biographie.nalreva.fr/weblog/files/62a2642230ed0ce115ae1cc6dd9955f8-16.html#unique-entry-id-16</guid><content:encoded><![CDATA[<span style="font:15px &#39;Lucida Grande&#39;, LucidaGrande, Verdana, sans-serif; ">21 Octobre - Les arriv&eacute;es de gaz&eacute;s sont moins nombreuses mais continuent quand m&ecirc;me toute la journ&eacute;e&ensp;; aucune arriv&eacute;e de bless&eacute;s. La canonnade ne cesse pas et, comme hier, redouble vers le soir. <br /><br />22 Octobre - Toujours des yp&eacute;rit&eacute;s. Je suis de nouveau d&eacute;sign&eacute;e pour passer la nuit, mais il n&rsquo;y en a que quelques-uns lorsque je prends le service. A onze heures, les arriv&eacute;es cessant, nous nous couchons sur des brancards, ensevelies sous des monceaux de capotes, car il fait froid.<br /><br />23 Octobre - Je commen&ccedil;ais &agrave; m&rsquo;assoupir vers 1 heure du matin lorsque la canonnade devint d&rsquo;une telle violence que nous sort&icirc;mes, attir&eacute;s au dehors comme par un aimant. Dans la nuit tr&egrave;s noire, une nappe de feu tachait l&rsquo;horizon, on n&rsquo;entendait aucune d&eacute;tonation mais seulement un roulement continuel et assourdissant et nous sentions tout notre &ecirc;tre frissonner de terreur en pensant que des &ecirc;tres humains, des hommes comme nous, &eacute;taient l&agrave;-bas, tapis dans des trous sous cet ouragan de feu et d&rsquo;acier, n&rsquo;attendant qu&rsquo;un signal pour s&rsquo;&eacute;lancer &agrave; l&rsquo;assaut, &agrave; la mort presque in&eacute;vitable. En songeant &agrave; l&rsquo;agonie morale qui doit &ecirc;tre la leur, une angoisse serre nos c&oelig;urs et nous fait trembler.<br /><br />Les minutes passent, les heures, et l&rsquo;effrayant vacarme ne cesse pas, au contraire, par moments il semble encore s&rsquo;accro&icirc;tre s&rsquo;il est possible. Bien que nous soyons au moins &agrave; douze kilom&egrave;tres &agrave; vol d&rsquo;oiseau des batteries qui vomissent ce cataclysme, les baraques tremblent comme agit&eacute;es par un vent d&rsquo;orage&ensp;! Il semble que nous aussi nous sommes secou&eacute;s et pr&ecirc;ts &agrave; &ecirc;tre engloutis.<br /><br />Un poilu pr&egrave;s de moi dit&ensp;: &laquo;&ensp;Jamais je n&rsquo;ai entendu un barrage pareil&ensp;! &agrave; Verdun c&rsquo;&eacute;tait bien aussi violent mais pas si long&ensp;!&ensp;&raquo;. Un autre, un gaz&eacute; qui a &eacute;t&eacute; soign&eacute; et que le bruit retient au dehors pr&egrave;s de nous, ajoute &laquo;Mince ! Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;ils prennent les pauvres copains. On a eu de la veine d&rsquo;&ecirc;tre amoch&eacute;s avant&ensp;&raquo;.<br /><br />Les heures s&rsquo;&eacute;coulent, l&rsquo;aube blanchit le ciel et att&eacute;nue peu &agrave; peu la lueur sanglante qui nous fascinait. Nous sommes toujours dehors, je regarde mes compagnons, ils ont les traits tir&eacute;s et p&acirc;lis, le regard angoiss&eacute;. Nous ressentons un peu de l&rsquo;angoisse terrible que doivent &eacute;prouver nos fr&egrave;res l&agrave;-bas. Vers 5 heures, un soldat, la t&ecirc;te pench&eacute;e en avant, l&rsquo;oreille au guet, dit&ensp;; &laquo;&ensp;Ca y est&ensp;! le tir s&rsquo;allonge, l&rsquo;attaque est d&eacute;clench&eacute;e&ensp;&raquo;. Alors le front courb&eacute;, nous rentrons. Dans quelques heures ce sera notre tour de travailler&hellip; et quel travail, mon Dieu&ensp;!<br /><br />Apr&egrave;s la rel&egrave;ve, &agrave; 7 heures, j&rsquo;ai comme l&rsquo;intuition qu&rsquo;il doit y avoir des bless&eacute;s dans ma salle. J&rsquo;y vais, et de fait, je la trouve comble. Des artilleurs bless&eacute;s au cours du bombardement et les premi&egrave;res victimes de l&rsquo;attaque, ceux qui sont tomb&eacute;s en posant le pied sur le parapet des premi&egrave;res lignes. Ce sont tous de l&eacute;gers bless&eacute;s. Ils sont contents, &ccedil;a marchait bien, les boches prennent. Le canon s&rsquo;est compl&egrave;tement tu et ce silence, apr&egrave;s l&rsquo;effrayant vacarme d&rsquo; il y a quelques heures est impressionnant.<br /><br />Dans la journ&eacute;e, des artilleurs viennent voir un de leurs camarades qui, bless&eacute;, se trouve dans ma salle. Ils m&rsquo;apprennent que le fort de la Malmaison, qui &eacute;tait l&rsquo;objectif principal, est tomb&eacute; entre les mains des fran&ccedil;ais presque tout de suite. L&rsquo;attaque semble avoir donn&eacute; de bons r&eacute;sultats mais les pertes sont sensibles. On ajoute tout de suite que celles de l&rsquo;ennemi ont &eacute;t&eacute; du double.<br /><br />Cette fois tout est tr&egrave;s bien organis&eacute; sous le rapport de l&rsquo;&eacute;vacuation. Des automobiles emm&egrave;nent de suite, apr&egrave;s triage, les bless&eacute;s l&eacute;gers dont l&rsquo;op&eacute;ration n&rsquo;est pas d&rsquo;extr&ecirc;me urgence vers Meaux. Les autres sont op&eacute;r&eacute;s de suite et les trains les emm&egrave;nent vers l&rsquo;int&eacute;rieur. Restent seulement les intransportables. Dans la journ&eacute;e, le chirurgien-chef vient me dire que ma salle, aussit&ocirc;t l&rsquo;&eacute;vacuation termin&eacute;e, sera transform&eacute;e en salle d&rsquo;hospitalisation pour les intransportables qu&rsquo;il aura op&eacute;r&eacute;s. Je tremble un peu&ensp;!<br /><br />24 Octobre - Mes &eacute;vacuables sont tous partis. La salle, nettoy&eacute;e presto est, &agrave; midi, pr&ecirc;te pour recevoir les grands bless&eacute;s. Le premier qui arrive est un gentil petit chasseur. Ses yeux immenses font le tour de la salle qui est vide et s&rsquo;arr&ecirc;tent sur moi&ensp;: &laquo;&ensp;Je suis donc tout seul ici, mademoiselle&raquo; Je le tranquillise&hellip; tout &agrave; l&rsquo;heure, il y en aura d&rsquo;autres, beaucoup. Je l&rsquo;installe. Il s&rsquo;appelle Andr&eacute; Poupon, il a un projectile dans le poumon qui n&rsquo;a pas &eacute;t&eacute; extrait&hellip; pauvre enfant. Tout l&rsquo;apr&egrave;s-midi on me ram&egrave;ne des bless&eacute;s d&rsquo;une autre salle et bient&ocirc;t la moiti&eacute; des lits sont occup&eacute;s par de tr&egrave;s grands bless&eacute;s.<br /><br />La pluie fait rage et s&ucirc;rement g&ecirc;ne les op&eacute;rations militaires. Toutefois cette derni&egrave;re attaque avait &eacute;t&eacute; pr&eacute;vue de peu d&rsquo;envergure et il para&icirc;t qu&rsquo;elle a r&eacute;ussi.<br /><br />25 Octobre - Le travail est excessif avec tant de grands bless&eacute;s, on n&rsquo;arrive pas &agrave; tout faire et c&rsquo;est navrant de voir qu&rsquo;on ne peut pas les soigner comme ils devraient l&rsquo;&ecirc;tre. Plusieurs de mes bless&eacute;s sont en danger de mort. Comme c&rsquo;est triste&ensp;!<br /><br />27 Octobre - Le service des B.A. &eacute;tant d&eacute;gag&eacute;, on m&rsquo;adjoint Mademoiselle Rouhaud pour m&rsquo;aider. Elle est tout &agrave; fait gentille et nous nous entendons tr&egrave;s bien. Le travail est toujours aussi dur. Il y a des &eacute;vacuations mais il y a des entrants. Les chirurgiens avec qui nous travaillons sont tr&egrave;s capables et d&rsquo;excellents chefs pour nous.<br /><br />28 Octobre - Pour la premi&egrave;re fois, je viens de perdre un de mes bless&eacute;s et cela m&rsquo;a paru si dur. C&rsquo;est le pauvre petit Poupon, le premier entr&eacute;. Le projectile non extrait s&rsquo;est d&eacute;plac&eacute; et provoqu&eacute; une h&eacute;morragie interne qui a entra&icirc;n&eacute; la mort. Cela a &eacute;t&eacute; si subit, si foudroyant ! On devait l&rsquo;op&eacute;rer aujourd&rsquo;hui.<br /><br />Mon Dieu, comme c&rsquo;est triste&ensp;! Lui qui voulait vivre&ensp;!! Et sa m&egrave;re &agrave; qui il faut apprendre cette affreuse nouvelle. Ah&ensp;! comme l&rsquo;on peut avoir des jours de d&eacute;couragement !!!<br /><br /></span>]]></content:encoded></item><item><title>Ep 13 - Dans la guerre X</title><dc:creator>anne.palier@orange.fr</dc:creator><category>journal de guerre</category><dc:date>2008-09-16T09:03:50+02:00</dc:date><link>http://biographie.nalreva.fr/weblog/files/e15b087888843c9b77c5781f446f5d8f-15.html#unique-entry-id-15</link><guid isPermaLink="true">http://biographie.nalreva.fr/weblog/files/e15b087888843c9b77c5781f446f5d8f-15.html#unique-entry-id-15</guid><content:encoded><![CDATA[<span style="font:15px &#39;Lucida Grande&#39;, LucidaGrande, Verdana, sans-serif; ">Nous avions rejoint les autres mutil&eacute;s&ensp;; un infirmier prit le bras des deux malheureux qui se fondirent de nouveau dans la mis&eacute;rable cohue. Et je restai muette, regardant, les yeux dilat&eacute;s de stupeur, ces hommes dont le nombre allait toujours croissant et qui tous, &eacute;taient aveugles.. Oh&ensp;! la guerre, la guerre&ensp;!&hellip;<br /><br />Le bombardement qui depuis quelques jours ne cessait pas, sembla ce jour-l&agrave; redoubler d&rsquo;intensit&eacute;. Au loin, l&rsquo;horizon &eacute;tait barr&eacute; d&rsquo;une ligne de feu, les barrages d&rsquo;artillerie roulaient sans interruption et de temps en temps, une d&eacute;tonation plus proche nous disait que l&rsquo;artillerie ennemie ripostait avec des pi&egrave;ces &agrave; longue port&eacute;e qui arrosaient l&rsquo;arri&egrave;re des lignes fran&ccedil;aises assez pr&egrave;s de nous. En rentrant au cantonnement, j&rsquo;appris que depuis l&rsquo;apr&egrave;s-midi, c&rsquo;&eacute;tait une arriv&eacute;e incessante de gaz&eacute;s qui, presque tous, avaient perdu la vue, momentan&eacute;ment heureusement. L&rsquo;ennemi avait arros&eacute; les lignes arri&egrave;res avec des obus &agrave; gaz que l&rsquo;on nomma plus tard &laquo;&ensp;yp&eacute;rite*&ensp;&raquo;. La presque totalit&eacute; des atteints &eacute;taient des artilleurs qui avaient d&ucirc; abandonner leurs pi&egrave;ces, r&eacute;duits qu&rsquo;ils &eacute;taient &agrave; l&rsquo;impuissance. <br /><br />Comme les arriv&eacute;es continuaient, on organisa un service de nuit et je fus d&eacute;sign&eacute;e pour en faire partie. Dans la baraque o&ugrave; est install&eacute; le service des gaz&eacute;s, l&rsquo;agitation est grande. Des infirmiers sont occup&eacute;s au d&eacute;shabillage des malheureux gaz&eacute;s&ensp;; deux de mes compagnes s&rsquo;occupent ensuite avec des appareils sp&eacute;ciaux, de leur laver les yeux, le nez, la gorge, puis on les fait gargariser et on nous les passe. Car je me trouve dans la derni&egrave;re salle et ma mission consiste &agrave; leur donner du lait. Et toute la nuit je distribuai, sans me lasser, des quarts de lait. Je les prenais par la main lorsqu&rsquo;ils arrivaient tout ahuris du lavage et les installais de mon mieux sur les quelques bancs que nous poss&eacute;dions. Mais la place est restreinte, bient&ocirc;t j&rsquo;ai des hommes un peu partout. Les plus fatigu&eacute;s sont sur des brancards mais il y en a beaucoup par terre, accroupis dans toutes les positions. Tous geignent tristement en essayant de ne pas toucher &agrave; leurs pauvres yeux meurtris, gonfl&eacute;s, sanglants, qu&rsquo;ils tournent tristement de mon c&ocirc;t&eacute; (du c&ocirc;t&eacute; o&ugrave; il sentent que je suis l&agrave;) pour qu&ecirc;ter un mot d&rsquo;encouragement, l&rsquo;affirmation surtout qu&rsquo;ils ne resteront pas aveugles. Il y en a qui pleurent et j&rsquo;ai toutes les peines du monde &agrave; leur persuader que cette c&eacute;cit&eacute; ne sera que passag&egrave;re. Quelle lamentable vision&ensp;!!!<br /><br />Deux lampes temp&ecirc;te jettent leur clart&eacute; tremblotante sur les d&eacute;tails de notre r&eacute;duit. Des scribes, pench&eacute;s sur une table bancale, grattent leur papier avec ardeur et mettent en ordre toutes les paperasses pour permettre d&rsquo;&eacute;vacuer les soldats au plus t&ocirc;t. Aussit&ocirc;t que la pochette qui contient les &laquo;&ensp;passeports&ensp;&raquo; du bless&eacute; est en &eacute;tat, je l&rsquo;accroche &agrave; sa capote et quand ils sont assez nombreux, un appel est fait. Je les guide dehors o&ugrave; la fra&icirc;cheur de la nuit d&rsquo;automne les fait frissonner&ensp;; une automobile les attend qui les emporte vers une tente Bessoneaux o&ugrave; l&rsquo;on les garde jusqu&rsquo;&agrave; l&rsquo;arriv&eacute;e du train.<br /><br />Le souvenir de cette nuit affreuse restera longtemps dans ma m&eacute;moire. J&rsquo;en ai vu qui se cramponnaient &agrave; moi pour obtenir un mot d&rsquo;espoir, comme des enfants. Il fallait que je les prenne dans mes bras, que je les berce pour ainsi dire, que je les console de mon mieux &hellip; Mais ils souffraient tant&hellip; et puis ils &eacute;taient si nombreux, je ne pouvais trop longtemps rester aupr&egrave;s du m&ecirc;me.<br /><br />Ils nous disent&ensp;: &laquo;&ensp;Oh, nous regrettons surtout de ne pas vous voir pour graver vos traits dans nos m&eacute;moires.&ensp;&raquo; J&rsquo;ai vu un petit mar&eacute;chal des logis de 20 ans pr&ecirc;t &agrave; partir, refuser de prendre l&rsquo;auto qui l&rsquo;aurait amen&eacute; vers le repos parce que son servant, un p&eacute;p&egrave;re &agrave; barbe grise, n&rsquo;&eacute;tait pas pr&ecirc;t et ne pouvait se joindre &agrave; son convoi. J&rsquo;ai vu un gamin de 22 ans pleurer comme un b&eacute;b&eacute; parce qu&rsquo;il lui fallait quitter son officier avec qui il combattait depuis le d&eacute;but. &laquo;&ensp;Il est si bon et si brave, disait-il, ah, le chic type&ensp;!&ensp;&raquo;<br /><br />J&rsquo;ai vu enfin deux petits bretons, deux cousins, Jean et Joseph Le Guerne, tous deux aveugles et tremblants, supplier qu&rsquo;on ne les s&eacute;pare pas. Je les avais assis c&ocirc;te &agrave; c&ocirc;te, et la main dans la main, ils attendaient patiemment, s&rsquo;inqui&eacute;tant mutuellement si la souffrance de l&rsquo;autre n&rsquo;&eacute;tait pas pire que la sienne, ne se plaignant pas mais hochant douloureusement la t&ecirc;te et passant de temps en temps leur main noircie sur leur front moite comme pour prier leur esprit de venir en aide &agrave; leur corps tortur&eacute;. Quand vint pour eux le moment du d&eacute;part, je les menai aupr&egrave;s de l&rsquo;auto et les recommandais au conducteur, puis les quittant, je leur dis :<br />&mdash; Vous allez vous tenir par la main et ne pas vous l&acirc;cher, serrez bien fort&ensp;! ajoutai-je. Et l&rsquo;un des pauvres &ecirc;tres me r&eacute;pondit avec une conviction profonde&ensp;:<br />&mdash; Oh, je le tiens bien allez, madame, je ne le l&acirc;cherai pas&ensp;!<br /><br />C&rsquo;&eacute;tait ma main &agrave; moi qu&rsquo;il n&rsquo;avait pas encore quitt&eacute;e et qu&rsquo;il serrait si fort, croyant tenir celle de son fr&egrave;re. Je regardai l&rsquo;infirmier qui m&rsquo;aidait et &eacute;changeai avec lui un sourire navr&eacute;. Tous deux, nous &eacute;tions &eacute;mus jusqu&rsquo;aux larmes.<br /><br />L&rsquo;aube se leva terne et sale, triste elle aussi, effroyablement. Les arriv&eacute;es diminuaient. Lorsque l&rsquo;&eacute;quipe de jour vint nous relever, il n&rsquo;y avait plus que tr&egrave;s peu de gaz&eacute;s &agrave; soigner. En rentrant au cantonnement, je vis de loin la longue file qui descendait vers le quai d&rsquo;embarquement o&ugrave; un train sous pression les attendait pour fuir ces lieux terrifiants.<br /><br /></span>]]></content:encoded></item><item><title>Ep 12 - Dans la guerre IX</title><dc:creator>anne.palier@orange.fr</dc:creator><category>journal de guerre</category><dc:date>2008-08-17T20:16:20+02:00</dc:date><link>http://biographie.nalreva.fr/weblog/files/15317425a26be1f1df48ba8931aceffd-14.html#unique-entry-id-14</link><guid isPermaLink="true">http://biographie.nalreva.fr/weblog/files/15317425a26be1f1df48ba8931aceffd-14.html#unique-entry-id-14</guid><content:encoded><![CDATA[<span style="font:15px &#39;Lucida Grande&#39;, LucidaGrande, Verdana, sans-serif; ">Seulement dans &laquo;&ensp;le militaire&ensp;&raquo;, comme disent les poilus, on vous dit toujours &laquo;&ensp;Faites&ensp;!&ensp;&raquo; mais on ne vous donne jamais rien pour le faire. C&rsquo;est un principe, de m&eacute;moire de soldat, on n&rsquo;a jamais vu que l&rsquo;on ait donn&eacute; un ordre et en m&ecirc;me temps le moyen de r&eacute;aliser cet ordre sans en &ecirc;tre r&eacute;duit &agrave; employer dans toute son ampleur, le fameux &laquo;&ensp;syst&egrave;me D&ensp;&raquo;, devenu l&eacute;gendaire, surtout depuis la guerre. Voil&agrave; des salles qu&rsquo;il faut transformer de fond en comble, o&ugrave; il  faut installer une salle de pansement et vous avez pour cela trois fois rien. Avec cela, les infirmiers de l&rsquo;ambulance qui doivent travailler avec nous ont rudement oubli&eacute; d&rsquo;&ecirc;tre d&eacute;gourdis. Je pense  avec amertume au caporal que je viens de quitter et qui lui &eacute;tait un peu l&agrave; pour cela.<br /><br />Enfin, nous nous y mettons avec ardeur, nous aidant les uns les autres et nous communiquant mutuellement les tuyaux que le hasard nous fait d&eacute;couvrir, et apr&egrave;s avoir chip&eacute; et rapin&eacute; de droite et de gauche, avoir r&eacute;ussi &agrave; faire signer, &agrave; travers le formidable d&eacute;dale de bureaux et de contre bureaux, les bons n&eacute;cessaires &agrave; l&rsquo;alimentation de notre salle de pansement et de notre cuisine, ce qui est encore le plus difficile &agrave; obtenir, &ccedil;a finit par prendre tournure. On a m&ecirc;me r&eacute;ussi &agrave; peindre quelques salles en blanc, c&rsquo;est les riches, &ccedil;a&ensp;! La mienne l&rsquo;est pas&ensp;!<br /><br />6 Octobre - Une conf&eacute;rence nous est faite par monsieur Dieulaf&eacute; sur les terribles effets d&rsquo;un nouveau genre de gaz envoy&eacute; par les  allemands et qui br&ucirc;le, dit-on, toutes les parties du corps qu&rsquo;il peut aggriper et fait en ce moment &eacute;norm&eacute;ment de ravages. Il nous a dit les pr&eacute;cautions &agrave; prendre au cas o&ugrave; de ces gaz seraient envoy&eacute;s dans l&lsquo; h&ocirc;pital, ce qui semble peu probable mais qui, en somme, pourrait arriver. Elles sont bien nombreuses ces pr&eacute;cautions et je doute qu&rsquo;avec des malades on puisse jamais arriver &agrave; les r&eacute;aliser. J&rsquo;esp&egrave;re que nous ne serons pas bombard&eacute;s par des obus asphyxiants.<br /><br />De semblables conf&eacute;rences sont faites aux m&eacute;decins et aux infirmiers. Tout le monde est pr&eacute;venu et nous commen&ccedil;ons, entre nos heures de travail, la confection de petits paquets de bicarbonate dont chaque poilu sera d&eacute;sormais muni. En cas d&rsquo;atteinte par les gaz, ils doivent faire dissoudre la drogue dans un quart de liquide, se <br />gargariser avec la moiti&eacute; et avaler l&rsquo;autre moiti&eacute;.<br /><br />Un service est install&eacute; aux &eacute;clop&eacute;s pour recevoir les gaz&eacute;s&ensp;: il comprend une salle de d&eacute;shabillage, une salle de douches et une salle avec une installation sp&eacute;ciale pour leur laver les yeux, le nez, la gorge. Tout cela en vue de cette attaque qui semble devoir avoir lieu vers le milieu de ce mois. <br />L&rsquo;installation de nos salles est termin&eacute;e. Les travaux de terrassement continuent. Une autochir, la 19, arrive pour prendre le service des B.A. et comme il n&rsquo;a pas d&rsquo;infirmi&egrave;res pour l&rsquo;hospitalisation, Mme Raoul-Duval part &agrave; Paris pour demander du renfort &agrave; l&rsquo;&eacute;cole Edith Cavell. L&rsquo;aviation allemande est de plus en plus active. Leur Q.G. doit se m&eacute;fier. <br /><br />8 Octobre - Le renfort en infirmi&egrave;res arrive&ensp;: une principale, ronde et large comme une tour et quatre infirmi&egrave;res qui ont l&rsquo;air tr&egrave;s bien. En ce moment la direction vient d&rsquo;avoir l&rsquo;id&eacute;e de rem&eacute;dier au manque de confort de nos baraques et fait remplacer nos couvertures par des portes. C&rsquo;est un tohu-bohu &eacute;pouvantable. Avec cela un temps infernal, pluie et vent &agrave; outrance, tout &agrave; fait un temps d&rsquo;offensive&ensp;; et des nouvelles pensionnaires &agrave; caser et &agrave; instruire, c&rsquo;est tout &agrave; fait mignon. Les nouvelles sont : la principale, mademoiselle Gouteyron, les infirmi&egrave;res, mesdemoiselles Henry, Martin, Cardinal, Rouhaud.<br /><br />Cet apr&egrave;s-midi, en faisant une tourn&eacute;e de rapinage, j&rsquo;ai tout &agrave; coup entendu au-dessus de ma t&ecirc;te un sifflement l&eacute;ger qui m&rsquo;a fait lever le nez. Je n&rsquo;ai rien vu mais j&rsquo;ai entendu presque aussit&ocirc;t un &eacute;clatement sec un peu en arri&egrave;re. Les boches, de nouveau, bombardent Bazoches. Les services sont ouverts. Il y a &agrave; peine quelques bless&eacute;s mais l&rsquo;attaque est proche.<br /><br />12 Octobre - Le m&eacute;decin principal est limog&eacute; N&deg; 1&ensp;; tout colonel qu&rsquo;il est, il a trouv&eacute; plus fort qui l&rsquo;a fait pirouetter. Nous le regrettons tous car c&rsquo;&eacute;tait un bon chef. Il est remplac&eacute; par un autre colon qui crie encore plus fort que lui.<br /><br />20 Octobre - Ce soir, comme je revenais de ma baraque vide o&ugrave; la consigne m&rsquo;avait tenue tout le long du jour malgr&eacute; l&rsquo;absence de bless&eacute;s, j&rsquo;ai vu&hellip;<br />Il faisait tr&egrave;s noir et je suivais le chemin de caillebotis qui surnage dans le lac de boue gluante lorsque je vis venir dans l&rsquo;ombre, en sens inverse, une colonne d&rsquo;&ecirc;tres humains. Je m&rsquo;arr&ecirc;tais. C&rsquo;&eacute;taient des poilus mais leur attitude &eacute;tait &eacute;trange. Ils marchaient en se soutenant l&lsquo;un l&rsquo;autre, h&eacute;sitants, tr&eacute;buchants, comme incapables de se conduire. Comme ils approchaient, je vis que beaucoup d&rsquo;entre eux avaient les yeux band&eacute;s et que d&rsquo;autres t&acirc;taient le chemin avec leur canne comme des aveugles. <br />Cette colonne descendait vers le quai d&rsquo;embarquement o&ugrave;, vraisemblablement, les hommes allaient prendre le train. Et il en arrivait encore et toujours, la colonne n&rsquo;avait plus de fin. J&rsquo;&eacute;tais muette de saisissement. Tout &agrave;-coup, d&rsquo;un groupe qui passait devant moi, deux soldats qui se donnaient le bras se trouv&egrave;rent brusquement s&eacute;par&eacute;s du gros de la troupe et, perdant contact avec leurs camarades, continu&egrave;rent leur marche h&eacute;sitante et incertaine dans une fausse direction. Je bondis vers eux et les rattrapai&ensp;: &laquo;&ensp;O&ugrave; allez-vous les enfants&ensp;? &raquo; Ils s&rsquo;arr&ecirc;t&egrave;rent tous deux.<br /><br />&mdash; Prendre le train, madame, pour &ecirc;tre &eacute;vacu&eacute;s, me r&eacute;pondit l&rsquo;un d&rsquo;eux.<br />&mdash; Mais, vous vous trompez, ce n&rsquo;est pas par l&agrave;&ensp;!<br /><br />Et, leur prenant la main, je les ramenai doucement vers la bonne voie. &laquo;&ensp;Ah&ensp;! g&eacute;mit l&rsquo;un d&rsquo;eux, on est malheureux, on n&rsquo;y voit plus clair, tous on est aveugles. - Mais qu&rsquo;est-ce qui est donc arriv&eacute;, demandai-je avec effroi, voyant toujours grossir la colonne, ne comprenant pas encore, pourquoi &ecirc;tes-vous tous aveugles&ensp;? On a &eacute;t&eacute; gaz&eacute;s, r&eacute;pond sourdement l&rsquo;homme pendant que sa main se crispe dans la mienne, ah&ensp;! les vaches&ensp;! je ne sais pas quelle drogue d&rsquo;enfer il y a l&agrave;-dedans, mais c&rsquo;est atroce ! &raquo;<br /><br /></span>]]></content:encoded></item><item><title>Ep 11 - Dans la guerre VIII</title><dc:creator>anne.palier@orange.fr</dc:creator><category>journal de guerre</category><dc:date>2008-07-17T20:13:00+02:00</dc:date><link>http://biographie.nalreva.fr/weblog/files/a5d8412c9215584d3698f357715d6a47-13.html#unique-entry-id-13</link><guid isPermaLink="true">http://biographie.nalreva.fr/weblog/files/a5d8412c9215584d3698f357715d6a47-13.html#unique-entry-id-13</guid><content:encoded><![CDATA[<span style="font:15px &#39;Lucida Grande&#39;, LucidaGrande, Verdana, sans-serif; ">27 Ao&ucirc;t - Aujourd&rsquo;hui a eu lieu l&rsquo;ouverture de la cantine que Mme Raoul-Duval, de sa propre initiative et par ses seuls moyens, avec bien entendu le consentement du m&eacute;decin-chef, vient d&rsquo;installer dans l&rsquo;HoE. Aujourd&rsquo;hui on y vend seulement des journaux mais dans quelques jours elle sera compl&egrave;tement achaland&eacute;e et fera, je crois, le bonheur du personnel et des troupes en cantonnement dans le village.<br /><br />29 Ao&ucirc;t - La cantine fonctionne maintenant en entier. C&rsquo;est une de nos compagnes, mademoiselle Pesqu&eacute;, qui en prend la direction, moi, j&rsquo;irai chaque soir pour faire les comptes de la journ&eacute;e. Cela va me faire une occupation de plus, tr&egrave;s bien&ensp;!<br /><br />Deux autres infirmi&egrave;res de notre &eacute;quipe sont encore sap&eacute;es*. Ca ne marchait pas. Bon sang, en faut-il une police pour arriver &agrave; r&eacute;unir &agrave; peu pr&egrave;s vingt femmes qui se respectent sous le m&ecirc;me toit. Deux infirmi&egrave;res sont envoy&eacute;es par le minist&egrave;re pour remplacer les deux renvoy&eacute;es&ensp;: Mme Leconte, qui sera je crois une tr&egrave;s bonne compagne et mademoiselle Vincent qui a &eacute;t&eacute; prisonni&egrave;re pendant deux ans, je crois et qui raconte des histoires terribles. Brrr&hellip;<br /><br />Le minist&egrave;re permet que pour cet hiver, nous soyons v&ecirc;tues de &laquo;&ensp;kaki&ensp;&raquo;, ce qui sera infiniment plus pratique que le blanc pour les temps de pluie. Nous cousons donc. Nous allons ressembler &agrave; des anglaises, comme cela.<br /><br />Mademoiselle Terroine ayant eu besoin de s&rsquo;absenter, Mme Lienhart prend pour quelques jours son service de malades, salle 20, qui est assez charg&eacute;. Je prends moi la salle 18 en m&ecirc;me temps que la 17. Cette salle 18, mon ancienne des D.D. est un dr&ocirc;le de service. En plus des malades l&eacute;gers destin&eacute;s au d&eacute;p&ocirc;t divisionnaire, on y traite et on y garde parfois ind&eacute;finiment, des bless&eacute;s que l&rsquo;on baptise &laquo;&ensp;suspects&ensp;&raquo;. C&rsquo;est &agrave; dire qu&rsquo;on les accuse de s&rsquo;&ecirc;tre bless&eacute;s eux-m&ecirc;mes. Pour la plupart ils sont parfaitement innocents et j&rsquo;ai connu l&agrave; de charmants petits gars. Ils ont tous presque rien et m&ecirc;me rien du tout, le travail est donc nul, mais ils jouent aux dames merveilleusement et sont tout heureux d&rsquo;avoir trouv&eacute; quelqu&rsquo;un facile &agrave; rouler car je ne poss&egrave;de aucune esp&egrave;ce de science et je perds, recta, presque &agrave; tous les coups. Quand je gagne, c&rsquo;est qu&rsquo;ils l&rsquo;ont fait expr&egrave;s.<br /><br />Plusieurs d&rsquo;entre eux vont chaque matin &agrave; la cantine o&ugrave; ils aident au m&eacute;nage et au transport des marchandises. Ce sont Grignon, Coppeaux et Govin. Ce dernier, un gentil petit gars &eacute;vad&eacute; des pays envahis, incorpor&eacute; dans l&rsquo;arm&eacute;e sous un faux nom, m&rsquo;int&eacute;ressa si vivement que lorsque, apr&egrave;s plusieurs mois de s&eacute;jour, il quitta l&rsquo;HoE, je le pris comme filleul et n&rsquo;eus jamais qu&rsquo;&agrave; me louer des sentiments excessivement d&eacute;licats et affectueux de cet enfant d&rsquo;ouvrier qui avait un c&oelig;ur d&rsquo;or. J&rsquo;ai, presque maternellement, beaucoup aim&eacute; ce bon petit enfant et sa mort, survenue presque &agrave; la fin de la guerre, me fit un immense chagrin.<br /><br />Il y avait aussi &laquo;&ensp;Le Rat&ensp;&raquo;, surnom donn&eacute; &agrave; l&rsquo;un d&rsquo;eux et bien donn&eacute;. Ce grand diable maigre et rigolo, fouinard &agrave; l&rsquo;exc&egrave;s, avait  le don de faire rire autour de lui, m&ecirc;me quand on en avait le moins envie. Un charmant naturel aussi&ensp;! Et enfin l&rsquo;in&eacute;narrable Metton, un bon gars mais na&iuml;f au possible &agrave; qui l&rsquo;on aurait fait croire les choses les plus invraisemblables sans qu&rsquo;il &eacute;mit l&rsquo;ombre d&rsquo;un seul doute et qui fit bien souvent la joie de tous ses camarades.<br /><br />Au milieu de tous ces grands gar&ccedil;ons dont j&rsquo;&eacute;tais un peu la petite soeur, je passais quelques journ&eacute;es d&eacute;licieuses. M&ecirc;me lorsque Mme Lienhart eut repris son service, ils me conserv&egrave;rent leur affection qui me fut toujours tr&egrave;s agr&eacute;able.<br /><br />On commence &agrave; parler d&rsquo;une attaque possible dans ce secteur. A mon avis, voil&agrave; des choses qui ne devraient gu&egrave;re &ecirc;tre connues si longtemps &agrave; l&rsquo;avance par de simples mortels comme nous. En attendant, un r&eacute;giment au repos est employ&eacute; dans l&rsquo;h&ocirc;pital &agrave; creuser des abris et des tranch&eacute;es, &agrave; remplir des sacs de terre qui sont d&eacute;pos&eacute;s tout autour des baraques de fa&ccedil;on &agrave; former un mur de pr&eacute;servation. Ca va barder sans doute pour que l&rsquo;on fasse des pr&eacute;paratifs semblables &agrave; une telle distance des lignes. Auraient-ils peur que les boches viennent jusque l&agrave;. Pour le coup, &ccedil;a irait plut&ocirc;t pas tr&egrave;s bien car nous ne sommes qu&rsquo;&agrave; cent-vingt-deux kilom&egrave;tres de Paris. L&rsquo;aviation allemande est toujours tr&egrave;s active et presque chaque soir nous avons des alertes sonn&eacute;es n&deg;1, avec des canonnades et des fusillades, mais nous ne prenons jamais, Dieu merci&ensp;!<br /><br />Une certaine agitation se manifeste dans le secteur, agitation d&rsquo;artillerie, de patrouilles de reconnaissance. Il arrive quelques bless&eacute;s &agrave; l&rsquo;h&ocirc;pital et par suite d&rsquo;un caprice du m&eacute;decin-chef du groupe op&eacute;ratoire, tous les arrivants sont envoy&eacute;s dans la salle o&ugrave; je suis. Cela fait du travail, mais rien de grave. <br />Des cas plus graves se pr&eacute;sentent, on parle de transformer ma salle en salle d&rsquo;hospitalisation, ce qui nous ferait des bless&eacute;s &agrave; garder et, par cons&eacute;quent, un service bien plus int&eacute;ressant. Le caporal est content, moi aussi. <br /><br />Une agitation fi&eacute;vreuse a lieu dans tout l&rsquo;h&ocirc;pital&ensp;; &eacute;videmment la nouvelle de l&rsquo;attaque doit &ecirc;tre fond&eacute;e car on pr&eacute;pare tout pour. On r&eacute;organise les B.A. d&rsquo;une fa&ccedil;on merveilleusement confortable au point de vue salle d&rsquo;op&eacute;rations, et tr&egrave;s potable au point de vue hospitalisation. Des autochirs* arrivent en renfort et les travaux de terrassement se poursuivent avec activit&eacute;.<br /><br />2 Octobre - Ma salle pleine de bless&eacute;s avec pas mal de travail, l&rsquo;ordre arrive d&rsquo;avoir &agrave; d&eacute;caniller**. Il faut transporter bless&eacute;s, mat&eacute;riel et personnel &agrave; la salle 4 sur la rang&eacute;e plus haut et tout de suite n&rsquo;est-ce pas. Le quartier dans lequel nous nous trouvons est donn&eacute; &agrave; l&rsquo;autochir 18 qui vient d&rsquo;arriver en renfort et va y installer son service d&rsquo;hospitalisation.  Cr&eacute;nom d&rsquo;une pipe, que c&rsquo;est donc par moments rasoir, le m&eacute;tier militaire. Il faut se mettre &agrave; l&rsquo;&oelig;uvre illico. A l&rsquo;aide de brancards, tout est transport&eacute; et cas&eacute;, un peu n&rsquo;importe comment. Les malades pas contents, et nous non plus. La soupe est en retard et pour compliquer la situation, un ordre d&rsquo;&eacute;vacuation g&eacute;n&eacute;rale arrive pour le lendemain matin. Il faut pr&eacute;parer les papiers, les frusques*** et tout le tremblement. Deux infirmiers, mes deux &laquo;&ensp;bons p&egrave;res&ensp;&raquo; sont chang&eacute;s. Et moi ?<br /><br />Moi aussi&ensp;!&hellip; En rentrant pour la soupe, Mme Raoul-Duval nous avise, toutes celles du service transplant&eacute;, que nous ne devrons plus y retourner. Nous sommes, de par des ordres sup&eacute;rieurs, mises &agrave; la disposition de l&rsquo;autochir 18 pour assurer son service d&rsquo;hospitalisation s&rsquo;il y a lieu. J&rsquo;obtiens l&rsquo;autorisation d&rsquo;y aller le lendemain pour aider &agrave; l&rsquo;&eacute;vacuation.<br /><br />Le soir, mes comptes faits, comme je m&rsquo;achemine vers la salle pour aviser le caporal, un miaulement significatif m&rsquo;avertit que les avions boches rodent pas loin&ensp;; au m&ecirc;me moment une furieuse d&eacute;tonation claque sur la gauche, du c&ocirc;t&eacute; du pont de Fismes. Un peu &agrave; droite et nous en tenons.<br /><br />Je rentre dans ma salle qui est excessivement calme, les hommes dorment et selon l&rsquo;ordonnance, il n&rsquo;y a pas de lumi&egrave;re. Je soul&egrave;ve un des stores et je regarde au dehors. La nuit est radieuse, le ciel d&rsquo;une puret&eacute; merveilleuse, semble transparent, les &eacute;toiles brillent comme autant de diamants et la lune jette sur l&rsquo;ensemble des choses sa clart&eacute; tour &agrave; tour laiteuse ou argent&eacute;e qui s&rsquo;accroche aux moindres d&eacute;tails et les fait visibles comme en plein jour. Ce d&eacute;cor est surprenant de calme et cependant la mort plane au-dessus de nous. Le tir de barrage s&rsquo;est d&eacute;clench&eacute; avec violence et fait un tel bruit que c&rsquo;est &agrave; peine si l&rsquo;on distingue le bruit des bombes qui doivent heureusement aller s&rsquo;&eacute;craser dans les champs. Une accalmie se produit et tout &agrave; coup, dans le silence impressionnant qui suit cette furieuse canonnade, nous percevons le ronronnement sournois de la machine ennemie et une d&eacute;tonation si furieuse qu&rsquo;elle nous &eacute;branle, si &eacute;pouvantable qu&rsquo;elle nous fait frissonner et nous glace, &eacute;clate juste en face de nous. Il semblait que c&rsquo;&eacute;tait presque sur nous mais non, c&rsquo;est encore le village qui a pris, s&ucirc;rement. Le tir de barrage reprend, les &eacute;clats d&eacute;gringolent sur notre fragile toiture, c&rsquo;est un sabbat infernal. L&rsquo;un des poilus se retourne dans son lit et dit rageusement&ensp;: &laquo;&ensp;pas fini de nous faire ch&hellip;, ces salauds-l&agrave;, pas moyen de dormir dans c&rsquo;te piaule&ensp;!&ensp;&raquo;.<br /><br />Le tir s&rsquo;espace, s&rsquo;att&eacute;nue, s&rsquo;&eacute;teint. C&rsquo;est fini pour ce soir. Dans le calme revenu, sous la lune claire qui n&rsquo;a pas boug&eacute;, il semble que du c&ocirc;t&eacute; du village, on per&ccedil;oive des cris, des appels&ensp;!<br /><br />3 Octobre - Les bombes sont bien tomb&eacute;es sur le village, sur une maison que nous connaissons bien. Un homme mobilis&eacute; &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur et actuellement en permission, sa femme, ont &eacute;t&eacute; tr&egrave;s gri&egrave;vement bless&eacute;s, peut-&ecirc;tre mortellement. Son p&egrave;re, sa m&egrave;re et ses deux b&eacute;b&eacute;s ont &eacute;t&eacute; tu&eacute;s&ensp;; ils &eacute;taient tous dans la cave. Une vieille grand&rsquo;m&egrave;re et un officier log&eacute;s chez eux et qui n&rsquo;ont pas voulu quitter  leur chambre, n&rsquo;ont rien eu. La guerre a de terribles hasards.<br />Nous avons &eacute;t&eacute; pr&eacute;sent&eacute;es ce matin &agrave; notre nouveau chef, le m&eacute;decin-major Launay, m&eacute;decin de l&rsquo;autochir 1. L&rsquo;accueil a &eacute;t&eacute; cordial. Le travail a &eacute;t&eacute; distribu&eacute; de suite. <br />Il y aura deux salles d&rsquo;hospitalisation, la 17 (mon ancienne) que prend Marthe Michaudet et la 22 pour mademoiselle Germain, et trois d&rsquo;&eacute;vacuation, la 16 pour Elena Michaudet, la 18 pour moi et la 20 pour mademoiselle Terroine. Toutes ces salles ont &eacute;t&eacute; compl&egrave;tement vid&eacute;es de mat&eacute;riel et les petites installations pratiques que chacun organise g&eacute;n&eacute;ralement dans son service ont disparu, les anciens occupants, rageurs et furieux de c&eacute;der la place, ont tout enlev&eacute;. Il ne reste absolument que les fers de lits. C&rsquo;est une installation compl&egrave;te &agrave; refaire. Heureusement on ne nous taxe pas le temps. L&rsquo;offensive, dont on parle pourtant sans cesse, semble reculer tous les jours et on finit par se demander si ce n&rsquo;est pas un faux bruit. L&rsquo;autochir commence son installation sur l&rsquo;emplacement de la baraque 19 et nous nous mettons au travail pour r&eacute;aliser le changement de nos &laquo;&ensp;hangars&ensp;&raquo; en salles d&rsquo;h&ocirc;pital aussi confortables que possible.<br /><br /></span>]]></content:encoded></item><item><title>Ep 10 - Dans la guerre VII</title><dc:creator>anne.palier@orange.fr</dc:creator><category>journal de guerre</category><dc:date>2008-06-09T15:26:34+02:00</dc:date><link>http://biographie.nalreva.fr/weblog/files/de2886216c8a39aaaca8be0d6c6127ab-12.html#unique-entry-id-12</link><guid isPermaLink="true">http://biographie.nalreva.fr/weblog/files/de2886216c8a39aaaca8be0d6c6127ab-12.html#unique-entry-id-12</guid><content:encoded><![CDATA[<span style="font:15px &#39;Lucida Grande&#39;, LucidaGrande, Verdana, sans-serif; ">Je reviens de perm par une nuit claire au possible. Depuis La-Fert&eacute;-Milon o&ugrave; l&rsquo;on &eacute;teint la lumi&egrave;re, nous voyons dans le ciel et de tous les c&ocirc;t&eacute;s, d&rsquo;innombrables fus&eacute;es qui brillent et s&rsquo;&eacute;teignent, aussit&ocirc;t remplac&eacute;es par d&rsquo;autres. Les poilus qui sont dans le train disent&ensp;: <br />&laquo;&ensp;Les boches se prom&egrave;nent&ensp;!&ensp;&raquo;. Et tout le monde scrute le ciel noir, essayant de distinguer quelque chose.<br /><br />Mais, bernique ! il n&rsquo;y a rien &agrave; faire. Le train file le plus silencieusement possible et, dans les gares, juste les feux indispensables et pas de bruit. Au cours d&rsquo;un arr&ecirc;t, un poilu qui &eacute;coute de toutes ses oreilles dit&ensp;: &laquo;&ensp;Nous sommes suivis par un fritz&ensp;!!&ensp;&raquo;. Cette d&eacute;claration fait sensation, tous nous &eacute;coutons dans un profond recueillement. <br />Il nous semble en effet percevoir le ronronnement f&eacute;roce de la machine boche. Mais le train repart et continue sa course silencieuse.<br /><br />A minuit, je d&eacute;barque toute seule, ma foi, &agrave; Mont-Notre-Dame ; j&rsquo;assure ma musette sur mon &eacute;paule et d&rsquo;un pas d&eacute;lib&eacute;r&eacute;, je me dirige vers l&rsquo;HoE dont j&rsquo;aper&ccedil;ois dans la nuit la masse importante.<br /><br />Evidemment, y&rsquo;a du boche dans l&rsquo;air, car les fus&eacute;es continuent de plus belle, trois projecteurs balaient le ciel en tous sens et, comme j&rsquo;atteins la premi&egrave;re baraque, un miaulement significatif, suivi d&rsquo;un &eacute;clatement sec, se fait entendre en avant dans la direction de Braine&ensp;; il est suivi d&rsquo;un barrage copieux et cette satan&eacute;e mitrailleuse en arri&egrave;re se met de la partie&ensp;! Quelle r&eacute;ception, mes a&iuml;eux&ensp;! Je rentre ma t&ecirc;te dans les &eacute;paules et continue mon chemin en pensant&ensp;: &laquo; pourvu que ces abrutis de boches ne l&acirc;chent pas une drag&eacute;e juste sur ma petite personne. Il y aurait de quoi l&rsquo;an&eacute;antir et nul ne saurait ce qu&rsquo;elle est devenue&ensp;!&ensp;&raquo; Tout &agrave; coup, je m&rsquo;arr&ecirc;te net en face des ruines de mon service qui s&rsquo;&eacute;talent sur le bord de la route blanche. Dans la nuit, je distingue confus&eacute;ment des tas de mat&eacute;riaux et comme j&rsquo;avais entendu parler souvent d&rsquo;un d&eacute;part et que j&rsquo;ignorais le bombardement du 12 Juillet, je pense aussit&ocirc;t que nous plions bagage pour aller ailleurs et que j&rsquo;arrive juste &agrave; point pour proc&eacute;der au d&eacute;m&eacute;nagement. <br /><br />Comme le tintamarre au-dessus de moi continue de plus belle et que j&rsquo;entends siffler trois ou quatre culots d&rsquo;obus qui retombent en douce, je me dirige vers notre <br />&laquo;&ensp;abri&ensp;&raquo; de carton goudronn&eacute;. Comme j&rsquo;ouvre la porte, j&rsquo;entends le bruit d&rsquo;une fuite &eacute;perdue au dedans. Je p&eacute;n&egrave;tre tr&egrave;s doucement, croyant tout le monde endormi. J&rsquo;ai &agrave; peine fait trois pas que je vois poindre par la jointure d&rsquo;une couverture, une t&ecirc;te casqu&eacute;e aux yeux ahuris et je reconnais la m&egrave;re Lienhart. Comme au m&ecirc;me moment les boches envoient une bourrade*, la t&ecirc;te est rentr&eacute;e aussit&ocirc;t en vitesse. Puis elle ressort, suivie bient&ocirc;t dans tous les coins de quantit&eacute; d&rsquo;autres t&ecirc;tes. On se reconna&icirc;t&ensp;! Ah, c&rsquo;est toi&ensp;! entre ici&ensp;!&ensp;Malgr&eacute; les  boches, on s&rsquo;embrasse et me voici assise sur un lit. Qu&rsquo;on te raconte, tu ne sais pas&ensp;! Ah&ensp;! Ils en ont fait de belles&hellip; (violente d&eacute;tonation tout pr&egrave;s, arr&ecirc;t dans le r&eacute;cit&ensp;!). L&rsquo;effroi pass&eacute;, on me colle un casque sur la t&ecirc;te.<br />&mdash; D&rsquo;abord, mets &ccedil;a parce que tu sais&hellip; Ah, les cochons&ensp;!<br />&mdash; Laisse donc, dis-je, un peu de plomb dans les m&eacute;ninges ne me ferait pas mal du tout.<br /><br />Suit un r&eacute;cit entrecoup&eacute; de l&rsquo;&eacute;v&eacute;nement du 12 avec des d&eacute;tails &agrave; n&rsquo;en plus finir et cette conclusion jet&eacute;e par Mme Lienhart&ensp;: &laquo;&ensp;On y mourra tous ici. &raquo; Doucement, doucement, c&rsquo;est pas pour &ccedil;a qu&rsquo;on est venues, il s&rsquo;agit au contraire d&rsquo;en tirer ses os et cela n&rsquo;est pas difficile car les clampins tirent bien mal. Comme pour me donner tort, un craquement formidable tout pr&egrave;s, nous fait baisser la t&ecirc;te. Mais ce n&rsquo;est pas encore pour nous, &ccedil;a s&rsquo;est perdu dans un champ. Peu &agrave; peu, le tapage diminue, les boches sont pass&eacute;s, dans quelques heures ils repasseront mais j&rsquo;esp&egrave;re que je dormirai. J&rsquo;ai compris maintenant pourquoi mes baraques &eacute;taient d&eacute;glingu&eacute;es&ensp;! Ah&ensp;! les bandits. Je m&rsquo;endors lourdement car je suis bien lasse et je ne les ai plus entendus.<br /><br />Le lendemain, je fais une petite tourn&eacute;e d&rsquo;inspection dans l&rsquo;h&ocirc;pital. Je trouve des tas de choses nouvelles. Chaque fois que l&rsquo;on s&rsquo;absente, cela arrive. Je fais visite &agrave; notre petite chapelle que j&rsquo;aime tout plein et je vais jusqu&rsquo;au cimeti&egrave;re o&ugrave; je me plais. Il est si calme et si reposant. Toutes ces petites tombes uniformes avec leur entourage de bois, leur petite croix noire o&ugrave; s&rsquo;inscrit le nom du pauvre soldat, le num&eacute;ro de son r&eacute;giment avec, cent fois r&eacute;p&eacute;t&eacute;e et toujours la m&ecirc;me, cette phrase que l&rsquo;on retrouve partout dans le Nord et l&rsquo;Est de notre pays et qui en dit si long &laquo;&ensp;Mort pour la France&ensp;&raquo;. Combien de ces pauvres enfants ont emport&eacute; avec eux le bonheur d&rsquo;une famille enti&egrave;re&ensp;! Combien auraient voulu vivre et sont l&agrave;, couch&eacute;s pour toujours&ensp;! La cocarde du souvenir est attach&eacute;e &agrave; chaque croix et bruit doucement au vent du soir tandis que le soleil couchant accroche &agrave; chacune d&rsquo;elles un de ses rayons mourants. Notre pens&eacute;e vole vers l&rsquo;infini, vers la vie nouvelle o&ugrave; ils sont entr&eacute;s.<br /><br />Le travail en ce moment dans l&rsquo;h&ocirc;pital est presque nul. Les services sont r&eacute;partis, moi je n&rsquo;ai pas d&rsquo;ouvrage. Je commence une vie oisive que je meuble de mon mieux. C&rsquo;est l&agrave; l&rsquo;ennuyeux des h&ocirc;pitaux du front. Nous avons des p&eacute;riodes de travail fou o&ugrave; l&rsquo;on ne peut arriver &agrave; tout faire, puis ensuite d&rsquo;autres p&eacute;riodes o&ugrave; il faut attendre et rester inactif.<br />Les avions allemands continuent &agrave; nous faire des sarabandes nocturnes mais nous finissons par nous y habituer. D&rsquo;ailleurs, il est inutile de s&rsquo;&eacute;mouvoir, attendu qu&rsquo;il n&rsquo;y a aucune esp&egrave;ce d&rsquo;abri et qu&rsquo;il faut rester &agrave; son poste, m&ecirc;me si vous &ecirc;tes au repos et que ce poste soit votre lit.<br /><br />A midi tapant, par un soleil resplendissant, juste comme le clairon jetait joyeusement dans l&rsquo;air les notes claires de l&rsquo;appel &agrave; la soupe, une d&eacute;tonation furieuse claqua juste en face de nous, en plein sur le village. Deux autres d&eacute;tonations aussi violentes que la premi&egrave;re vinrent aussit&ocirc;t la renforcer toujours dans la m&ecirc;me direction, puis plus rien. C&rsquo;est un avion allemand qui vient de bombarder le village qui n&rsquo;a pourtant pas grande importance strat&eacute;gique. Les habitants affol&eacute;s se sont faufil&eacute;s dans les caves et les carri&egrave;res, mais l&rsquo;alerte n&rsquo;a pas eu de suite, l&rsquo;oiseau ennemi a jug&eacute; que, pour cette fois, c&rsquo;&eacute;tait suffisant et remontant rapidement, il a disparu dans les nuages de toute la vitesse de son moteur. Notre Fabalou qui &eacute;tait au village en revient, terroris&eacute;e. Un homme a &eacute;t&eacute; tu&eacute; dans la cour de sa maison.<br /><br />Nous allons &agrave; F&egrave;re-en-Tardenois, chez le dentiste. Cela fait une distraction, mais ce qui m&rsquo;amuse le plus, ce sont les retours que l&rsquo;on fait g&eacute;n&eacute;ralement en camion automobile. Ces camions, c&rsquo;est un vrai po&egrave;me. Comme la pluie s&rsquo;est mise de la partie, lorsque notre &eacute;norme machine bondit sur la route ravin&eacute;e, d&eacute;fonc&eacute;e et aux orni&egrave;res pleines d&rsquo;eau, si par hasard quelque malheureux pi&eacute;ton se trouve &agrave; proximit&eacute;, il est arros&eacute; de boue&hellip; Et comment, le malheureux&ensp;! Et puis cela fait un tel potin qu&rsquo;il est impossible de s&rsquo;entendre et cela me fait rire. Si je n&rsquo;&eacute;tais pas infirmi&egrave;re, je voudrais &ecirc;tre chauffeur&ensp;; le conducteur &agrave; qui je fais cette confidence m&rsquo;assure qu&rsquo;il me c&eacute;derait bien volontiers le volant. Ma joie l&rsquo;amuse et je crois qu&rsquo;il va plus vite &agrave; cause de &ccedil;a, c&rsquo;est toujours les pi&eacute;tons qui prennent.<br /><br />J&rsquo;ai une salle, la 17. Ce matin il y a eu une arriv&eacute;e de bless&eacute;s, un coup de main et l&rsquo;on a rouvert la salle qui &eacute;tait ferm&eacute;e depuis quelques semaines&ensp;; comme l&rsquo;infirmi&egrave;re qui s&rsquo;en occupait s&rsquo;est cass&eacute; le bras, je suis d&eacute;sign&eacute;e pour la remplacer. Elle est ouverte pour servir de salle d&rsquo;attente pr&eacute;c&eacute;dant l&rsquo;op&eacute;ration. Elle reste ouverte une matin&eacute;e puis elle est referm&eacute;e. De nouveau, j&rsquo;attends.<br /><br />Mme Raoul-Duval part en permission pour r&eacute;gler les derniers pr&eacute;paratifs relatifs &agrave; une cantine* qu&rsquo;elle veut ouvrir dans l&rsquo;HoE, ce qui est une tr&egrave;s bonne id&eacute;e. Fabal l&rsquo;accompagne, mademoiselle Germain la remplace.<br /><br />Ce matin &agrave; 5 heures, nous sommes tir&eacute;s de notre sommeil par une d&eacute;tonation vocif&eacute;rante suivie aussit&ocirc;t d&rsquo;une autre, puis d&rsquo;une autre encore. C&rsquo;est un avion qui a de nouveau tir&eacute; sur le village. Les mitrailleuses et le 75 lui servent un barrage au travers duquel il a pass&eacute;, bien s&ucirc;r. Cette fois les bombes sont tomb&eacute;es un peu en arri&egrave;re du village sur le cantonnement du train qui se trouve sur le versant de la colline oppos&eacute; &agrave; celui que nous voyons. Cinq soldats ont &eacute;t&eacute; amoch&eacute;s, dont trois tu&eacute;s. Les chevaux ont pris aussi. Ma salle 17 est de nouveau ouverte, cette fois-ci pour rester&ensp;; elle devient salle d&rsquo;&eacute;vacuation pour B.C. Toutefois comme en ce moment le secteur est tr&egrave;s calme et qu&rsquo;aucune action d&rsquo;infanterie n&rsquo;a lieu, nous n&rsquo;avons relativement que peu de bless&eacute;s. Seule l&rsquo;artillerie s&rsquo;agite assez fr&eacute;quemment et sert parfois des tirs de barrage qui nous font trembler, bien que nous soyons au moins &agrave; quinze kilom&egrave;tres des lignes. Lorsque le tir a &eacute;t&eacute; fourni par les boches, nous avons des bless&eacute;s qui, en g&eacute;n&eacute;ral, sont &eacute;vacu&eacute;s 48 heures apr&egrave;s leur entr&eacute;e, le service d&rsquo;&eacute;vacuation marchant tr&egrave;s bien en ces temps calmes. Et puis, il y a les coups de main, les reconnaissances qui parfois nous am&egrave;nent quelques &eacute;clop&eacute;s. Parfois aussi, nous restons des semaines enti&egrave;res sans voir l&rsquo;ombre d&rsquo;un bless&eacute;.<br /><br />Je prends donc cette salle 17 avec pour infirmier major, un caporal du nom de Boulez qui est peut-&ecirc;tre un charmant gar&ccedil;on mais qui, pour le moment, vient d&rsquo;avoir un diff&eacute;rend assez s&eacute;rieux avec une infirmi&egrave;re et comme les majors, naturellement, ont donn&eacute; raison &agrave; l&rsquo;infirmi&egrave;re en question, il est furieux contre elle en particulier et contre toutes les infirmi&egrave;res en g&eacute;n&eacute;ral. Il ne peut plus les encaisser et toute la journ&eacute;e, il d&eacute;blat&egrave;re furieusement contre elles. C&rsquo;est bien l&agrave; ma veine&ensp;! Il fallait que &ccedil;a m&rsquo;arrive &agrave; moi, &ccedil;a. La vie, les premiers jours n&rsquo;est pas commode, je laisse calmement passer ce flot de col&egrave;re qui s&rsquo;apaisera de lui-m&ecirc;me et de toutes mes forces, je m&rsquo;applique &agrave; lui prouver que tout le monde ne se ressemble pas sur la terre et qu&rsquo;il peut tout de m&ecirc;me, dans cette corporation qui, h&eacute;las, n&rsquo;est pas tr&egrave;s pris&eacute;e, et cela par sa faute, qu&rsquo;il peut y avoir des membres pas encore gangren&eacute;s. Je fais abdication compl&egrave;te de mon r&ocirc;le et, au risque de lui para&icirc;tre une &acirc;nesse parachev&eacute;e, je lui laisse la direction et l&rsquo;initiative en tout. Il est d&rsquo;ailleurs tr&egrave;s capable et amateur de chirurgie que moi je d&eacute;teste. Donc, il dirige avec fureur et moi je viens par derri&egrave;re sans rien dire, &agrave; la grande satisfaction des deux infirmiers, deux bons vieux eccl&eacute;siastiques, Mrs Balet et Lagrange dont j&rsquo;ai gard&eacute; le plus d&eacute;licieux souvenir et qui avaient certainement peur que nous nous rossions, l&rsquo;infirmier et moi.<br /><br />Au bout d&rsquo;une semaine de cette vie un peu pas dr&ocirc;le, le caporal commence &agrave; me regarder un peu moins furieusement et pense que peut-&ecirc;tre il pourrait s&rsquo;entendre avec moi. A partir de ce moment, nous f&ucirc;mes les meilleurs camarades du monde et l&agrave; encore, je passai plus d&rsquo;un mois dont je me souviens avec plaisir. Lorsqu&rsquo;il n&rsquo;y avait pas de bless&eacute;s, nous faisions du jardinage ou bien des cours de cuisine dans lesquels nous &eacute;tions tr&egrave;s vers&eacute;s, ou bien encore des devinettes, sport cher au caporal et o&ugrave;, du reste, il excellait.<br /><br />Monsieur Balet entreprit m&ecirc;me au cours de nos heures de loisir de me donner des le&ccedil;ons de latin&ensp;; j&rsquo;acceptai et, en &eacute;change, il fut convenu que je lui donnerai des le&ccedil;ons d&rsquo;argot. L&rsquo;effet fut tel qu&rsquo;on pouvait s&rsquo;y attendre&ensp;: je ne fis aucune esp&egrave;ce de progr&egrave;s en latin, mon esprit rebelle refusant de s&rsquo;assimiler les terribles d&eacute;clinaisons de cette science&ensp;; par contre, le bon p&egrave;re Balet, et m&ecirc;me monsieur Lagrange qui assistait parfois aux le&ccedil;ons, firent de tels progr&egrave;s en argot qu&rsquo;ils en surent bient&ocirc;t autant que moi et qu&rsquo;il fallut que le caporal prit la direction des cours car il &eacute;tait plus cal&eacute; encore que moi sous ce rapport. Cela nous fit rire bien souvent. <br /><br />Monsieur Lagrange qui ignorait totalement au d&eacute;but ce que c&rsquo;&eacute;tait qu&rsquo;une &laquo;&ensp;thune*&ensp;&raquo; aurait pu, &agrave; la fin de ses classes, en remontrer &agrave; beaucoup. C&rsquo;est aussi avec eux que je pris quelques cours d&rsquo;astronomie, le soir lorsque je revenais faire ma tourn&eacute;e vers 9 heures. J&rsquo;appris le nom de beaucoup d&rsquo;&eacute;toiles, mais je ne les ai pas retenus.<br /><br /><br /></span>]]></content:encoded></item><item><title>Ep 9 - Dans la guerre VI</title><dc:creator>anne.palier@orange.fr</dc:creator><category>journal de guerre</category><dc:date>2008-05-04T09:44:36+02:00</dc:date><link>http://biographie.nalreva.fr/weblog/files/447093155c18b8523491bb142330278b-11.html#unique-entry-id-11</link><guid isPermaLink="true">http://biographie.nalreva.fr/weblog/files/447093155c18b8523491bb142330278b-11.html#unique-entry-id-11</guid><content:encoded><![CDATA[<span style="font:15px &#39;Lucida Grande&#39;, LucidaGrande, Verdana, sans-serif; ">2 Juin - La m&egrave;re Lienhart part en permission avec une profusion de musettes, de bidons et tout le bazar et des histoires plein son sac.  Ah&ensp;! les gens de Marennes vont en avoir plein la vue. Tout le monde part, moi-m&ecirc;me je vais me d&eacute;cider aussi.<br /><br />4 Juin - J&rsquo;ai encore ri comme une poss&eacute;d&eacute;e&ensp;! Cette nuit, il y a eu une alerte aux gaz avec quelques bombes bien sonn&eacute;es. Quand l&rsquo;alerte a &eacute;t&eacute; donn&eacute;e, de suite on a cri&eacute; &laquo; vos masques&ensp;!&ensp;&raquo;, mais avec moi, &ccedil;a ne mord plus, je sais ce que valent ces alertes &agrave; la manque. Seulement, mademoiselle Germain qui partait en permission le lendemain, avait fourr&eacute; son masque dans son barda pour le mettre &agrave; l&rsquo;arriv&eacute;e et terrifier sa bonne&ensp;! Mais pour le coup, elle &eacute;tait attrap&eacute;e. Vite, vite, elle arrive chez moi, il n&rsquo;y a pas de lumi&egrave;re, les avions ronronnent au-dessus d&rsquo;une fa&ccedil;on tout &agrave; fait rassurante, elle essaie de d&eacute;nouer la ficelle, y&rsquo;a pas m&egrave;che et je vois encore une autre de nos compagnes arrivant &agrave; la course, en pyjama, casque en t&ecirc;te, brandissant une lampe temp&ecirc;te. A grand peine le masque est d&eacute;couverte et mis en place. Et je ris, et je me fais ramasser encore une fois, num&eacute;ro un.<br /><br />Je me suis rendormie et ai &eacute;t&eacute; r&eacute;veill&eacute;e vers 3 heures du matin par une formidable d&eacute;tonation, un avion ennemi, de retour de sa mission de bombardement, avait l&acirc;ch&eacute; son dernier pruneau &agrave; proximit&eacute; et dame, &ccedil;a ne passe pas inentendu&ensp;!<br /><br />5 Juin - Un coup de main prononc&eacute; par les boches nous envoie aujourd&rsquo;hui pas mal de bless&eacute;s, beaucoup des corps coloniaux. Il fait une chaleur tropicale. Nous avons pass&eacute; notre journ&eacute;e, Mme Breffort et moi &agrave; laver les pieds d&rsquo;une quantit&eacute; de loustics marocains qui ne s&rsquo;&eacute;taient pas d&eacute;chauss&eacute;s depuis leur d&eacute;part de leur patelin. Il faut couper les chaussettes pour arriver &agrave; obtenir quelques chose. Mais aussi, apr&egrave;s la s&eacute;ance, on re&ccedil;oit une collection de &laquo;&ensp;Bonne Madame la France&ensp;&raquo; qui vous r&eacute;jouit. A 6 heures du soir, Mme Breffort abandonne la partie avec une violente migraine, et l&rsquo;abb&eacute; Doist tourne de l&rsquo;&oelig;il. Heureusement, le Barbu est l&agrave; pour un coup et le soigne comme il faut&ensp;!<br /><br />6 Juin - Je prends le service dans le P.O. des B.A. r&eacute;ouvert pour la circonstance. C&rsquo;est un service que j&rsquo;affectionne entre tous, aussi je me mets &agrave; l&rsquo;&oelig;uvre avec ardeur. Les poilus s&rsquo;amusent beaucoup de voir ce petit bout de femme qui s&rsquo;agite, va, vient, les d&eacute;shabille, les palpe, les interroge. C&rsquo;est un service tr&egrave;s int&eacute;ressant. Comme il faisait tr&egrave;s chaud, j&rsquo;avais relev&eacute; mon voile en turban et de fait, je devais avoir l&rsquo;air tr&egrave;s dr&ocirc;le.<br /><br />Ici encore, un bon souvenir&ensp;: c&rsquo;&eacute;tait un tout jeune aspirant, pas vingt ans peut-&ecirc;tre - il avait la t&ecirc;te band&eacute;e et quand vint son tour de passer &agrave; mon terrible tribunal, il s&rsquo;avan&ccedil;a timidement et me dit&ensp;: &laquo;&ensp;Moi, je n&rsquo;ai presque rien, vous savez&ensp;!&ensp;&raquo;  Je d&eacute;fis le bandeau, de fait, la blessure qui sillonnait le front, juste &agrave; la naissance du cuir chevelu, &eacute;tait l&eacute;g&egrave;re. Je fis un &laquo; hum &raquo; &eacute;nergique et hochais la t&ecirc;te. Le petit me regarda avec inqui&eacute;tude et demanda, presque &agrave; voix basse :<br />&mdash; Est-ce que vous pensez que l&rsquo;on m&rsquo;&eacute;vacuera avec &ccedil;a ?<br />&mdash; Dame, mon enfant, je ne sais pas trop&ensp;! C&rsquo;est l&eacute;ger.<br /><br />Et je le regardai, il avait l&rsquo;air si jeune et on lisait dans ses yeux une telle envie d&rsquo;aller pour quelques jours &agrave; l&rsquo;arri&egrave;re. J&rsquo;en ai tant vu de ces gars qui, avec si peu de choses, sont &eacute;vacu&eacute;s au cours des offensives. Ma foi, que celui qui les bl&acirc;me vienne un peu y voir&ensp;; &agrave; leur place, je ne sais pas trop ce que j&rsquo;aurais fait. Ses yeux humides me fixaient toujours. Je mis ma main sur son &eacute;paule et lui dis doucement : &laquo; Voyons, petit gars ! &raquo; Cela suffit, il sauta sur ses pieds et serrant tr&egrave;s fort ma main qu&rsquo;il avait prise, il me dit, comprenant ma pens&eacute;e&ensp;:<br />&mdash; Oh oui, allez, j&rsquo;en aurai encore du courage, j&rsquo;en aurai toujours tant qu&rsquo;il faudra, et puis ajouta-t-il avec un soupir, si je ne suis pas &eacute;vacu&eacute;, tant pis.<br /><br />Mais l&rsquo;envie &eacute;tait toujours l&agrave; quand m&ecirc;me. Il attendit son tour d&rsquo;aller en salle d&rsquo;op&eacute;rations et je continuai ma besogne, lorsque, tout &agrave; coup, je vis sa t&ecirc;te blonde, ceintur&eacute;e de blanc passer par l&rsquo;entreb&acirc;illement de la porte, ses yeux reluisaient et il me jeta &agrave; la vol&eacute;e&ensp;: &laquo; Mademoiselle, je suis Z.A. Merci, oh merci beaucoup ! &raquo; Dr&ocirc;le, comme si c&rsquo;&eacute;tait moi qui l&rsquo;avais &eacute;vacu&eacute;. Je souris : &laquo; Eh bien, tant mieux, je suis contente pour vous. Au revoir petit bonhomme et bonne chance&ensp;!&ensp;&raquo; Il s&rsquo;&eacute;loigna, joyeux.<br /><br />Le lendemain, comme je n&rsquo;&eacute;tais pas de service, je regardais, accoud&eacute;e &agrave; une baraque, le train sanitaire qui s&rsquo;&eacute;branlait et filait devant moi, lorsqu&rsquo;une t&ecirc;te blanche parut &agrave; la porti&egrave;re et joyeusement me lan&ccedil;a un &laquo; au revoir &raquo; suivi d&rsquo;un &laquo; merci &raquo; que je n&rsquo;avais pourtant nullement m&eacute;rit&eacute;s. J&rsquo;ai souvent pens&eacute; &agrave; lui depuis. Qu&rsquo;est-il devenu ce pauvre gosse qui tenait tant &agrave; sa permission ? H&eacute;las, Dieu seul le sait.<br /><br />9 Juin &shy;- Cet apr&egrave;s-midi, les D.D. de mademoiselle Michaudet ont donn&eacute; &agrave; tous leurs camarades un concert qui a &eacute;t&eacute;, ma foi, fort bien r&eacute;ussi. Chacun a dit ce qu&rsquo;il savait et l&rsquo;apr&egrave;s-midi s&rsquo;est pass&eacute; d&rsquo;une fa&ccedil;on charmante. J&rsquo;&eacute;tais de garde au P.O. mais je me suis &eacute;clips&eacute;e pour entendre, il n&rsquo;y avait pas d&rsquo;entr&eacute;es.<br />Au milieu de la s&eacute;ance, nous avons appris qu&rsquo;un ordre venait d&rsquo;arriver pour que Monsieur Courvoisier, notre m&eacute;decin-chef aux B.A. rejoigne un nouveau poste en Lorraine. C&rsquo;est la tuile, quoi, nous voil&agrave; sans m&eacute;decin. <br /><br />10 Juin - Les B.A. sont cette fois ferm&eacute;s d&eacute;finitivement et nous sommes, pour l&rsquo;instant, sans occupation.<br /><br />11 Juin - On nous donne quelques salles au B.C. pour y hospitaliser nos B.A. Mme Breffort prend la salle 15, Elena Michaudet la 16, moi la 18 avec les D.D. qui sont tr&egrave;s peu. Mme Raoul-Duval obtient la permission de s&rsquo;occuper des &eacute;clop&eacute;s qui sont d&eacute;laiss&eacute;s. On y installe une salle d&rsquo;op&eacute;rations avec deux m&eacute;decins. Mademoiselle Bedts et Marthe Michaudet y partent. <br /><br />18 Juin - Je joue force parties de piquet avec mes malades qui ont six fois rien. Le temps passe. Celles des &eacute;clop&eacute;s font des corv&eacute;es de haricots, c&rsquo;est rigolo&ensp;!<br /><br />22 Juin - Y a qu&rsquo;&agrave; moi que ces coups-l&agrave; arrivent. Ce matin, je me l&egrave;ve, pimpante, pour aller &agrave; la messe. Mme Raoul-Duval m&rsquo;accroche au vol pour lui porter &agrave; la gare une lettre press&eacute;e et la donner au train qui filait sur Paris. Je m&rsquo;acquitte relativement bien de ma commission mais, au retour, j&rsquo;ai la malencontreuse id&eacute;e de buter dans un rail et de m&rsquo;abattre de toute ma hauteur, laquelle hauteur mesure &agrave; peu pr&egrave;s la largeur d&rsquo;une voie ferr&eacute;e, de sorte que, avec ma figure, j&rsquo;ai rabot&eacute; de premi&egrave;re le rail en face. Lui n&rsquo;a pas boug&eacute;, mais par contre, qu&rsquo;est-ce que j&rsquo;ai pris&ensp;; je croyais avoir la t&ecirc;te cass&eacute;e. Si j&rsquo;avais valu quelque chose, le train me coupait en deux. Mais j&rsquo;ai seulement le portrait ab&icirc;m&eacute; comme il faut. Je rentre, penaude, j&rsquo;ai la t&ecirc;te en marmelade et je suis dans une col&egrave;re noire. La m&egrave;re Lienhart qui vient de rentrer de permission, me remplace.<br /><br />23 Juin - Ah, je suis jolie&ensp;! J&rsquo;ai l&rsquo;&oelig;il au beurre noir, mais l&agrave;, comme il faut. Faut-il &ecirc;tre b&ecirc;te tout de m&ecirc;me pour qu&rsquo;il vous arrive des trucs comme &ccedil;a. Je ne puis continuer mon service, les gars se ficheraient de moi et la m&egrave;re Lienhart est bien contente de l&rsquo;avoir r&eacute;chapp&eacute; au vol.<br /><br />25 Juin - Un concert est organis&eacute; aux &eacute;clop&eacute;s dans le m&ecirc;me genre que celui des D.D., mais en plus grandiose. On a mont&eacute; une sc&egrave;ne d&eacute;cor&eacute;e de fleurs et de draperies. Mme Raoul-Duval a fait apporter du champagne et des g&acirc;teaux de Ch&acirc;teau-Thierry. Chaque poilu a donn&eacute; son savoir. Nous avons eu du violon et m&ecirc;me du classique&ensp;: Cyrano de Bergerac (un passage) et &eacute;galement un passage de &hellip;&ensp;? Le tout tr&egrave;s bien r&eacute;ussi. Mon fr&egrave;re est venu me voir aujourd&rsquo;hui pour la seconde fois, tr&egrave;s &eacute;tonn&eacute; de me trouver l&rsquo;&oelig;il band&eacute;. Il a ri quand il a su que c&rsquo;&eacute;tait si peu grave.<br /><br />28 Juin - L&rsquo;ennemi bombarde aux gaz les lignes du Chemin des Dames et plusieurs r&eacute;giments presque en entier sont &eacute;vacu&eacute;s et viennent chez nous. Comme (sauf quelques cas) le tout est peu grave, on ouvre trois baraques de B.A. o&ugrave; l&rsquo;on installe la plupart des gars. Une est donn&eacute;e &agrave; Fabal, l&rsquo;autre &agrave; Mme D&eacute;fontaine, pour la troisi&egrave;me, il n&rsquo;y a personne. Alors j&rsquo;ai un geste &eacute;nergique : j&rsquo;arrache mon bandeau et avec mon &oelig;il noir (il commence &agrave; gu&eacute;rir malgr&eacute; tout), je prends le service.<br /><br />J&rsquo;ai pass&eacute; l&agrave; encore des bons jours. Ah&ensp;! les bons petits gars, ils &eacute;taient tous gentils au possible. Ils me racontaient des histoires de la guerre, les poilus aiment tant raconter, et moi je raffole de les entendre. Lorsque le docteur avait pass&eacute; la visite, je posais des s&eacute;ries de ventouses, je faisais des piq&ucirc;res, des frictions. Le soir, je faisais une grande distribution de sirop calmant &agrave; ceux qui toussaient et m&ecirc;me &agrave; ceux qui ne toussaient pas. La seule chose qui n&rsquo;allait pas, c&rsquo;est que, apr&egrave;s leurs dix jours, on les renvoyait aux D.D. sans permission et, dame, c&rsquo;&eacute;tait un peu emb&ecirc;tant. Ils auraient bien tous voulu passer &agrave; la salle 4 o&ugrave; l&rsquo;on traitait les plus graves qui &eacute;taient &eacute;vacu&eacute;s. J&rsquo;ai bien r&eacute;ussi &agrave; en faire passer une vingtaine sur quarante-cinq, mais pas tous.<br /><br />Je me souviens sp&eacute;cialement d&rsquo;un jeune noir extraordinairement intelligent qui s&rsquo;appelait Jean, parlait trois ou quatre langues, ayant &eacute;t&eacute; &eacute;lev&eacute; par des religieux italiens. Il &eacute;tait m&eacute;canicien et au d&eacute;but de la guerre, s&rsquo;&eacute;tait engag&eacute;. On l&rsquo;avait vers&eacute; dans les chasseurs. Depuis, apr&egrave;s deux blessures, il avait &eacute;t&eacute; vers&eacute; dans l&rsquo;auxiliaire et conduisait les autos&ensp;; mais vous ne l&rsquo;auriez pas fait quitter son uniforme de chasseur pour un empire, il y tenait comme &agrave; ses yeux. Lui fut &eacute;vacu&eacute;, car au bout de quelques jours, il devint tr&egrave;s faible et cracha le sang.<br /><br />Il y avait deux bons copains&ensp;: Jean et Philibert, qui &eacute;taient face &agrave; face et toujours bien peign&eacute;s, le b&eacute;ret sur l&rsquo;oreille, bien cir&eacute;s et sangl&eacute;s &agrave; point dans l&rsquo;uniforme retaill&eacute;, qui s&rsquo;en allaient de temps en temps faire une petite tourn&eacute;e clandestine &agrave; Mont-Notre-Dame. Un petit gars tout p&acirc;le qui eut envie de garder le gobelet en aluminium dans lequel je lui portai un jour du lait bien chaud additionn&eacute; de rhum. Je lui donnai bien volontiers.<br /><br />Une bande de p&eacute;p&egrave;res qui profit&egrave;rent de l&rsquo;occasion pour faire soigner leurs rhumatismes. L&rsquo;un d&rsquo;eux me disait tristement, un jour que les autres parlaient de permission : &laquo;&ensp;Moi, je m&rsquo;en fous, o&ugrave; voulez-vous que j&rsquo;aille, ma femme a profit&eacute; de mon absence pour vendre le mobilier et s&rsquo;en aller avec un autre&hellip; alors&ensp;!&ensp;&raquo; . C&rsquo;est tout de m&ecirc;me triste et les femmes sont de redoutables coquines quand elles s&rsquo;y mettent.<br /><br />Je me souviens aussi de Claudius Tardy, un gentil gar&ccedil;on qui m&rsquo;&eacute;crivit pendant bien longtemps. Qu&rsquo;est-il devenu&ensp;? Et enfin, un ravissant petit bonhomme de vingt ans, une de ces natures si douces et si bonnes comme on en trouve souvent chez ces gosses d&rsquo;ouvriers. Il se nommait No&euml;l Idelon, avait eu un fr&egrave;re tu&eacute;, un autre mutil&eacute;.<br />Il n&rsquo;avait plus de p&egrave;re et lorsqu&rsquo;il parlait de sa m&egrave;re et du travail qu&rsquo;il faudrait faire apr&egrave;s, ses yeux s&rsquo;allumaient d&rsquo;un &eacute;clair de courage. Il fut bless&eacute; tr&egrave;s gri&egrave;vement quelques mois plus tard, et j&rsquo;esp&egrave;re que maintenant, il est heureux pr&egrave;s des siens. <br /><br />5 Juillet - Je pars en permission, joyeuse au possible de revoir les miens que j&rsquo;ai quitt&eacute; depuis six mois. Je prends le train de Fismes &agrave; 8 heures du matin en compagnie de mademoiselle Bedts et &agrave; midi, nous sommes &agrave; Paris. Ce vieux Paname avec son m&eacute;tro, ses boulevards, son luxe et sa vie si intense. Je ne fais qu&rsquo;y passer, le soir m&ecirc;me je reprends le train &agrave; Orsay et le lendemain matin je suis &agrave; Bordeaux.<br /><br />12 Juillet - Pendant que je suis en permission, dans la nuit du 11 au 12 Juillet, les boches bombardent l&rsquo;h&ocirc;pital (soi-disant par erreur) par avions. Une bombe tombe sur le cantonnement des territoriaux, il y a cinq p&eacute;p&egrave;res bless&eacute;s et deux tu&eacute;s. Une autre torpille tombe juste entre mes deux baraques 5 et 6 des B.A. et litt&eacute;ralement, elles &eacute;clatent. Heureusement, il n&rsquo;y avait aucun bless&eacute; dedans. Seul Monsieur Bruno dormait dans la 6 du sommeil du juste. Ce r&eacute;veil en fanfare l&rsquo;a tir&eacute; de son lit plus vite qu&rsquo;il n&rsquo;aurait voulu et il a pris la fuite sans demander son reste. Et pendant ce temps, j&rsquo;&eacute;tais bien tranquille sous le ciel paisible du Bordelais.<br /><br />Je reviens de perme par une nuit claire au possible. Depuis La-Fert&eacute;-Milon o&ugrave; l&rsquo;on &eacute;teint la lumi&egrave;re, nous voyons dans le ciel et de tous les c&ocirc;t&eacute;s, d&rsquo;innombrables fus&eacute;es qui brillent et s&rsquo;&eacute;teignent, aussit&ocirc;t remplac&eacute;es par d&rsquo;autres. Les poilus qui sont dans le train disent&ensp;: <br />&laquo;&ensp;Les boches se prom&egrave;nent&ensp;!&ensp;&raquo;. Et tout le monde scrute le ciel noir, essayant de distinguer quelque chose.<br /><br /></span>]]></content:encoded></item><item><title>Ep 8 - Dans la guerre V</title><dc:creator>anne.palier@orange.fr</dc:creator><category>journal de guerre</category><dc:date>2008-04-04T00:23:27+02:00</dc:date><link>http://biographie.nalreva.fr/weblog/files/3623f6420a06fc0d82b0cd70cb9a8bbc-10.html#unique-entry-id-10</link><guid isPermaLink="true">http://biographie.nalreva.fr/weblog/files/3623f6420a06fc0d82b0cd70cb9a8bbc-10.html#unique-entry-id-10</guid><content:encoded><![CDATA[<span style="font:15px &#39;Lucida Grande&#39;, LucidaGrande, Verdana, sans-serif; ">4 Mai - Cette nuit, ce sont les avions qui ont fait un tapage infernal. Ils ont lanc&eacute; des bombes pas tr&egrave;s loin, quel bruit, mon empereur&ensp;! &ccedil;a doit faire un dr&ocirc;le d&rsquo;effet o&ugrave; &ccedil;a tombe. Chez nous c&rsquo;est roulant*, parce qu&rsquo;il y en a qui ont peur et qui font des choses extraordinaires, par exemple, se fourrer la t&ecirc;te sous un lit et avoir la conviction que l&rsquo;on est &agrave; l&rsquo;abri, alors que tout le reste du corps d&eacute;passe - passer le casque &agrave; son bras tout comme un petit panier dans le but de prot&eacute;ger son cr&acirc;ne - se coucher en chemise de nuit avec ses souliers, sans savoir pourquoi. Ayant la chance inou&iuml;e de ne pas avoir peur, je passe mes nuits d&rsquo;alerte &agrave; rire comme un bienheureux.<br /><br />Ce matin, &agrave; 6 heures, un obus est venu &eacute;clater tout pr&egrave;s et nous a tir&eacute; de nos chambres, et depuis cela continue&ensp;; toutes les deux heures &agrave; peu pr&egrave;s, cinq ou six obus viennent s&rsquo;abattre de plus en plus pr&egrave;s de nous. <br /><br />A 2 heures de l&rsquo;apr&egrave;s-midi, au moment o&ugrave; nous nous dirigions vers le vaguemestre pour la distribution des lettres, une formidable d&eacute;tonation se fit entendre&ensp;: un obus venait d&rsquo;atteindre la lisi&egrave;re de la voie sanitaire, aux pieds des baraques des R.C. Les malades affol&eacute;s sortaient en courant, se sauvant en chemise dans toutes les directions, les plus forts soutenant les plus faibles. Un second obus vint s&rsquo;abattre, celui-ci en plein centre de l&rsquo;h&ocirc;pital, par bonheur sur une baraque vide qui vola en &eacute;clats, qui se r&eacute;pandirent dans toutes les directions. L&rsquo;&eacute;motion &eacute;tait &agrave; son comble. On ordonna imm&eacute;diatement l&rsquo;&eacute;vacuation de l&rsquo;endroit dangereux car les obus arrivaient toujours &agrave; peu pr&egrave;s dans la m&ecirc;me direction. Imm&eacute;diatement, tout le monde se mit aux brancards et en un clin d&rsquo;&oelig;il la place fut nettoy&eacute;e. Depuis ce moment, les boches cess&egrave;rent de tirer de sorte que l&rsquo;&eacute;vacuation devenait inutile et le m&eacute;decin-chef engueula copieusement tout le monde pour ne pas avoir devin&eacute; que cet obus &eacute;tait le dernier. Ca va bien&ensp;!!!<br /><br />5 Mai - Ce matin a eu lieu une seconde offensive sur le Chemin des Dames. Elle est loin d&rsquo;&eacute;galer en violence celle du 16 Avril. N&eacute;anmoins il arrive cette fois encore beaucoup de bless&eacute;s. Les salles d&rsquo;op&eacute;rations recommencent &agrave; fonctionner, mais cette fois-ci on est davantage pr&ecirc;ts, tout marche mieux.<br /><br />Le soir nous allons &agrave; la gare chercher Mme Raoul-Duval qui rentre de Paris, rapportant un immense mat&eacute;riel pour le service et le changement pour les deux infirmi&egrave;res dont j&rsquo;ai parl&eacute; plus haut. Le temps est redevenu laid. Nous voyons des troupes qui montent, d&rsquo;autres qui redescendent. Ils nous parlent de l&rsquo;attaque. La r&eacute;volte qui s&rsquo;&eacute;tait gliss&eacute;e dans leurs rangs pour l&rsquo;affaire d&rsquo;avril* n&rsquo;est pas encore &eacute;teinte, mais ils ont march&eacute; quand m&ecirc;me et toujours ils marcheront chaque fois qu&rsquo;il le faudra.<br /><br />6 Mai - Afin de d&eacute;gager la salle d&rsquo;op&eacute;rations, nous avons install&eacute; dans l&rsquo;ancienne salle des boches une salle de pansements o&ugrave; nous prenons les moins atteints, ceux qui n&rsquo;ont pas besoin d&rsquo;&ecirc;tre op&eacute;r&eacute;s de suite. Nous refaisons le pansement, nous signons les papiers (un jeune docteur nous est adjoint) et nos hommes partent ainsi plus vite.<br /><br />Ces offensives me font toujours mal au c&oelig;ur, m&ecirc;me si elles sont de peu d&rsquo;envergure comme celle-ci. C&rsquo;est tellement triste ces d&eacute;fil&eacute;s de bless&eacute;s qui suivent in&eacute;vitablement les moindres attaques. Tant&ocirc;t j&rsquo;en ai vu un qui pleurait pendant que je refaisais sont pansement (pas grave heureusement). Son fr&egrave;re avait &eacute;t&eacute; tu&eacute; la veille par le m&ecirc;me obus qui l&rsquo;avait bless&eacute; et il se demandait comment il allait annoncer cette nouvelle &laquo;&ensp;aux vieux&ensp;&raquo; qui, l&agrave;-bas attendaient la lettre avec tant d&rsquo;impatience. &laquo;&ensp;Pauvres gens.&ensp;&raquo;<br /><br />Parmi les prisonniers faits cette fois, il y avait un aide major allemand&ensp;; on lui a install&eacute; une salle et, aid&eacute; de prisonniers valides, il fait les pansements lui-m&ecirc;me, cela va plus vite.<br /><br />9 Mai - L&rsquo;h&ocirc;pital est compl&egrave;tement d&eacute;gag&eacute;, cette fois-ci &ccedil;a a &eacute;t&eacute; plus vite. Je suis affect&eacute;e &agrave; une &eacute;quipe chirurgicale en remplacement d&rsquo;une des infirmi&egrave;res balay&eacute;es ces jours-ci. Je garde quand m&ecirc;me mes salles mais il n&rsquo;y a pas grand&rsquo;chose &agrave; faire, ni d&rsquo;un c&ocirc;t&eacute;, ni de l&rsquo;autre.<br /><br />12 Mai - Rien &agrave; faire dans les salles d&rsquo;op&eacute;rations sauf quelques rares accidents. Le temps est tr&egrave;s beau et le secteur tr&egrave;s calme. On commence &agrave; parler de d&eacute;part en permission.<br /><br />15 Mai - Aujourd&rsquo;hui j&rsquo;ai bien travaill&eacute;. J&rsquo;avais seulement quelques bless&eacute;s. J&rsquo;ai apport&eacute; du chocolat, le caporal leur en a fait pour d&eacute;jeuner. Apr&egrave;s cela, je leur ai fait une toilette en r&egrave;gle, ils &eacute;taient tous mignons comme des sous. Apr&egrave;s-midi, j&rsquo;ai pris mon service &agrave; la salle d&rsquo;op&eacute;rations mais comme la st&eacute;rilisatrice manquait, on m&rsquo;a mise &agrave; la remplacer. Il y a eu pas mal d&rsquo;arrivages, je servais deux &eacute;quipes &agrave; la fois et &ccedil;a roulait. Le soir &agrave; 6 heures je reste seule pour mettre de l&rsquo;ordre dans la salle&ensp;: une h&eacute;morragie salle 6, intervention, ligature, pansement, s&eacute;rum au gars qui n&rsquo;y tenait pas gu&egrave;re. Nom de nom, il y a longtemps que je n&rsquo;avais pas abattu semblable boulot.<br /><br />17 Mai - Ce soir, train sanitaire. Nous avons &eacute;t&eacute; dans le bois chercher du lilas et tous sont partis fleuris. C&rsquo;est pas grand&rsquo;chose mais &ccedil;a leur fait plaisir, quand on peut y joindre une cigarette, leur bonheur est complet.<br />Je crois que c&rsquo;est vers cette &eacute;poque que nous avons eu une alerte aux gaz et je n&rsquo;y pense jamais sans une irr&eacute;sistible envie de rire. D&egrave;s que le lugubre roulement de tambour s&rsquo;est fait entendre, une angoisse serre tous ces jeunes c&oelig;urs&ensp;: &laquo;&ensp;Les gaz, nous sommes frits&ensp;!&ensp;&raquo;<br /><br />Mme Raoul-Duval qui a conscience de sa responsabilit&eacute;, crie&ensp;:&ensp;&laquo;&ensp;Mesdames, vos masques, et mettez-les&ensp;!&ensp;&raquo;. Tout le monde, ob&eacute;issant comme un seul homme, se pr&eacute;cipite sur les objets d&eacute;sign&eacute;s et se plante cette effroyable chose sur le visage. Puis, toutes se r&eacute;unissent chez Mme Raoul-Duval et, la main dans la main, attendent sto&iuml;quement une solution &agrave; cet &eacute;tat de choses. Laquelle solution a &eacute;t&eacute; la plus simple possible, attendu qu&rsquo;il n&rsquo;y avait pas plus de gaz que dans mon &oelig;il. Et j&rsquo;ai ri de voir ce spectacle car cela valait le rire. On ne peut rien imaginer de plus cocasse que cette r&eacute;union de jeunes personnes, en tenue plus ou moins correcte, les cheveux dans le dos et cet horrible masque sur le visage. J&rsquo;ai tellement ri que je me suis attir&eacute;e une pluie de sottises*, ce qui m&rsquo;a fait me recoucher en vitesse, le meilleur parti qui &eacute;tait &agrave; prendre.<br /><br />20 Mai - Une &eacute;quipe chirurgicale part en renfort sur un autre point du front&ensp;; de ce fait, deux infirmi&egrave;res se trouvent libres. Je suis enlev&eacute;e de l&rsquo;&eacute;quipe chirurgicale et remise &agrave; mes salles o&ugrave; il n&rsquo;y a rien &agrave; faire. Plusieurs infirmi&egrave;res partent vers cette &eacute;poque en permission.<br /><br />Vers le 25 Mai le service des B.A. est ferm&eacute; et tout est transport&eacute; au B.C. Nous gardons seulement les salles d&rsquo;hospitalisation. Lorsque je n&rsquo;ai rien &agrave; faire, je rends visite aux galeux et aux &eacute;clop&eacute;s dont personne ne s&rsquo;occupe. Nous enduisons de pommade les plus atteints, nous aidons les jeunes &agrave; brosser leurs uniformes boueux pour qu&rsquo;ils aient l&rsquo;air plus chic (ils ne savent pas pour qui mais &ccedil;a ne fait rien), nous d&eacute;barbouillons les n&egrave;gres &agrave; la grande joie des blancs qui forment le cercle pour voir si, &agrave; force de frotter, nous parviendrons &agrave; les &eacute;claircir. Lorsque, par hasard, Mme Raoul-Duval peut se procurer des cigarettes, des oranges ou autres choses de ce genre, elle nous charge de faire la distribution et alors la joie est &agrave; son comble.<br /><br />Ce fut un des moments, peut-&ecirc;tre m&ecirc;me le seul moment r&eacute;ellement bon de mon s&eacute;jour &agrave; l&rsquo;HoE et dont je ne me souviens jamais sans &eacute;motion. Cette &eacute;troite camaraderie qui nous unissait &agrave; tous ces gars qui, pour la plupart n&rsquo;avaient presque rien, aux infirmiers et aux m&eacute;decins charg&eacute;s du service, est un souvenir charmant. Je me rappelle entre autres, ce grand gar&ccedil;on qui sonnait si bien de la trompette lorsque j&rsquo;arrivais, cet autre jeune, un peu gandin*, qui me photographia un jour par surprise et me l&rsquo;envoya du front, deux mois plus tard, un mar&eacute;chal des logis qui se nommait Richard et pendant bien longtemps m&rsquo;&eacute;crivit de si cordiales cartes, un petit tirailleur marocain qui toussait &agrave; fendre l&rsquo;&acirc;me et qui venait le soir en fraude se faire poser des ventouses. Mon Dieu, les bons moments&ensp;; et l&rsquo;officier de la m&egrave;re Lienhart qui chantait si bien &laquo;&ensp;Le bel anneau d&rsquo;argent&ensp;&raquo;. Comme c&rsquo;est loin d&eacute;j&agrave;, tout cela&ensp;!<br /><br />Chaque fois que je suis repass&eacute;e par l&agrave;, j&rsquo;ai revu en esprit la tonnelle que le caporal R&eacute;mion, aid&eacute; de Bigot et de X&hellip; avait construite si artistement devant la salle 5, le tout petit jardin o&ugrave; les choux et les radis voisinaient avec les campanules, et le moulin &agrave; vent construit par Rigadin et qui, plant&eacute; devant la salle 6 et mis en mouvement par un infirmier et une infirmi&egrave;re minuscules d&eacute;coup&eacute;s dans du carton, tournait inlassablement tout le long du jour, &agrave; des degr&eacute;s diff&eacute;rents de vitesse, suivant que le vent soufflait plus ou moins fort et s&rsquo;arr&ecirc;tait parfois si dr&ocirc;lement,  qu&rsquo;on aurait dit que les deux petits bonshommes s&rsquo;embrassaient, ce qui faisait rire tous les passants.<br /><br />Je me souviens aussi de monsieur Doisy, qui fut infirmier major de la salle 6 et avec qui je me suis toujours disput&eacute;, amicalement, heureusement. Puis de l&rsquo;abb&eacute; Bruno qui le rempla&ccedil;a et avait install&eacute; sa chapelle dans le petit cagibi que mademoiselle Bedts allait garnir. Ah&ensp;! il savait bien faire les sermons&ensp;; monsieur Bruno et il les faisait mordants &agrave; souhait. Lorsque l&rsquo;on entrait dans sa petite loge, et cela m&rsquo;arriva quelquefois puisque j&rsquo;y &eacute;tais attach&eacute;e, on en ressortait les poches bourr&eacute;es de bons conseils et l&rsquo;esprit rempli d&rsquo;une bien pi&egrave;tre opinion de soi-m&ecirc;me, surtout les infirmi&egrave;res. Il nous quitta plus tard pour &ecirc;tre aum&ocirc;nier r&eacute;gimentaire et cette mission, il a d&ucirc; la remplir merveilleusement. Il y avait aussi l&rsquo;abb&eacute; Bizeul. Ah&ensp;! le bavard, mais bon au fond, et tant d&rsquo;autres encore.<br /><br />Une des principales figures des B.A. qu&rsquo;il ne faut pas oublier, c&rsquo;est le fourrier*  Leclerc. Le syst&egrave;me D incarn&eacute;. Dans les situations d&eacute;sesp&eacute;r&eacute;es, il arrivait toujours &agrave; vous tirer d&rsquo;affaire. Autant de bons souvenirs que je n&rsquo;oublie pas.<br /><br />A la fin du mois, les &eacute;clop&eacute;s sont &eacute;vacu&eacute;s et leur service transport&eacute; &agrave; l&rsquo;autre bout du camp, sur la butte qui domine la chapelle. Nous ne gardons que les hommes peu bless&eacute;s et qui, apr&egrave;s gu&eacute;rison, retournent au D&eacute;p&ocirc;t Division-naire**. On appelle cela le service des D.D. C&rsquo;est Elena Michaudet qui l&rsquo;a et il vaut d&rsquo;&ecirc;tre vu de pr&egrave;s. Il y a l&agrave; une bande de marocains plus cocasses les uns que les autres, avec des houppettes de cheveux si dr&ocirc;lement situ&eacute;es sur leur cr&acirc;ne, un n&egrave;gre qui s&rsquo;appelle Bobby et qui lit le communiqu&eacute; d&rsquo;une fa&ccedil;on merveilleuse, un acteur, des acrobates, tout cela gais comme pinsons.<br /><br />Ce fut aussi vers cette &eacute;poque que l&rsquo;ambulance 2/69 dont j&rsquo;ai parl&eacute; tout au d&eacute;but de ces notes, fut bombard&eacute;e par deux fois par les avions boches&ensp;; il y eut quelques bless&eacute;s qui furent bless&eacute;s de nouveau et l&rsquo;on parla d&rsquo;&eacute;vacuer l&rsquo;ambulance qui &eacute;tait trop pr&egrave;s de la gare.<br /><br />Nous avons fait un riche saut ces nuits-l&agrave; dans nos lits car seule la voie ferr&eacute;e nous s&eacute;parait de cette ambulance et quand &ccedil;a claque, &ccedil;a s&rsquo;entend. Les boches bombard&egrave;rent &eacute;galement toute une journ&eacute;e avec des 210, la prairie qui se trouvait derri&egrave;re l&rsquo;h&ocirc;pital, dans la direction de Tanni&egrave;res, je ne sais pourquoi.<br /><br /></span>]]></content:encoded></item><item><title>Ep 7 - Dans la guerre IV</title><dc:creator>anne.palier@orange.fr</dc:creator><category>journal de guerre</category><dc:date>2008-03-04T10:56:07+01:00</dc:date><link>http://biographie.nalreva.fr/weblog/files/c3e156b4d715670963e6c47403eca8bc-9.html#unique-entry-id-9</link><guid isPermaLink="true">http://biographie.nalreva.fr/weblog/files/c3e156b4d715670963e6c47403eca8bc-9.html#unique-entry-id-9</guid><content:encoded><![CDATA[<span style="font:15px &#39;Lucida Grande&#39;, LucidaGrande, Verdana, sans-serif; ">On op&egrave;re, on op&egrave;re sans cesse. L&rsquo;op&eacute;ration termin&eacute;e, le malheureux patient encore sous l&rsquo;effet du chloroforme, est remis tant bien que mal d&rsquo;aplomb sur ses jambes et, sa petite &eacute;tiquette sur la poitrine, part tout seul pour chercher un g&icirc;te o&ugrave; il attendra le train. Combien en avons-nous pris par la main de ces malheureux, ahuris, titubants, qui se laissaient emmener docilement, horriblement las et d&eacute;courag&eacute;s, dans la boue glissante, sous la pluie qui cingle la figure et vous glace jusqu&rsquo;aux moelles.<br /><br />Dans la baraque o&ugrave; il pleut presque partout, l&rsquo;infirmier, affol&eacute;, une lanterne &agrave; la main (la pose de l&rsquo;&eacute;lectricit&eacute; n&rsquo;est pas achev&eacute;e) court de droite et de gauche, r&eacute;pondant &agrave; tout le monde et n&rsquo;arrivant &agrave; satisfaire personne. Le bless&eacute; est conduit &agrave; un lit o&ugrave; il se laisse tomber&nbsp;; apr&egrave;s des efforts inou&iuml;s, on arrive &agrave; enlever les &eacute;normes godillots, rendus plus &eacute;normes encore par la couche &eacute;paisse de boue qui forme comme une carapace, puis la couverture est ramen&eacute;e sur la capote boueuse et tremp&eacute;e qu&rsquo;il n&rsquo;a pas le courage d&rsquo;enlever et un sourire d&eacute;tend sa pauvre face amaigrie et rong&eacute;e de fatigue et il dit dans un soupir de contentement : &laquo;&nbsp;Ah&nbsp;! c&rsquo;est bon &ccedil;a&nbsp;!&nbsp;&raquo; Ce &laquo;&nbsp;c&rsquo;est bon&nbsp;&raquo; qui s&rsquo;adressait &agrave; une chose si mis&eacute;rable vous fendait le c&oelig;ur et vous arrachait des larmes.<br /><br />Et puis, la faim&nbsp;! Tous ces hommes mouraient de faim ! J&rsquo;en ai vu &agrave; qui, dans le d&eacute;sarroi, on refaisait deux et trois fois le pansement, croyant qu&rsquo;il n&rsquo;avait pas &eacute;t&eacute; fait et qui r&eacute;clamaient &agrave; grands cris une assiette de soupe sans pouvoir l&rsquo;obtenir.<br /><br />Dans les salles 5 et 6, les seules qui fonctionnaient &agrave; peu pr&egrave;s normalement, gr&acirc;ce &agrave; l&rsquo;infirmier major, le caporal R&eacute;mion qui s&rsquo;&eacute;tait &laquo;&nbsp;d&eacute;brouill&eacute;&nbsp;&raquo; et poss&eacute;dait un mat&eacute;riel passable, on parvenait encore &agrave; donner &agrave; manger &agrave; ces pauvres &ecirc;tres. Rigadin avait plant&eacute; une bo&icirc;te &agrave; sardines vide au bout d&rsquo;un b&acirc;ton et, arm&eacute; de cette louche improvis&eacute;e, distribuait force soupe et force singe* &agrave; nos affam&eacute;s, cependant que de temps en temps, on voyait par l&rsquo;entreb&acirc;illement de la porte la face anxieuse de l&rsquo;infirmier de la salle voisine qui criait&nbsp;: &laquo;&nbsp;D&eacute;p&ecirc;che-toi de les faire bouffer et passe-moi ton mat&eacute;riel, les autres la sautent, &agrave; c&ocirc;t&eacute;&nbsp;!&nbsp;&raquo; c&rsquo;est &agrave; devenir fou dans de semblables moments !<br /><br />La nuit &eacute;tait bien avanc&eacute;e que les bless&eacute;s arrivaient toujours. Nous aidions (Mademoiselle Bedts et moi) le caporal &agrave; signer ses pochettes pour que nos bless&eacute;s puissent partir le lendemain par le premier train, nous aidions aux distributions d&rsquo;aliments, nous allions de l&rsquo;un &agrave; l&rsquo;autre, arrangeant une t&ecirc;te, soutenant un bras, essayant de dire un mot qui calme, qui adoucit, et ils ont une telle fa&ccedil;on de vous remercier pour trois fois rien&nbsp;! Au-dehors, le canon s&rsquo;&eacute;tait tu, seuls la pluie et le vent faisaient rage. <br /><br />Et le triste d&eacute;fil&eacute; continua plusieurs jours durant. Je ne parle que des B.A. parce que c&rsquo;est le seul service que j&rsquo;ai vu fonctionner, mais ailleurs les arrivages, pour &ecirc;tre moins nombreux, &eacute;taient de plus gravement atteints et la mis&egrave;re aussi compl&egrave;te. Aux B.A., on compte une nuit, 1800 entr&eacute;es !&hellip;<br /><br />Le lendemain de l&rsquo;attaque, les hommes, un peu remis de leurs terribles &eacute;motions, parl&egrave;rent et ce qu&rsquo;ils dirent &eacute;tait terrifiant. Ils dirent comment ils avaient &eacute;t&eacute; jet&eacute;s sur une ligne allemande fortement d&eacute;fendue, comment ils avaient &eacute;t&eacute; re&ccedil;us par une avalanche de mitraille, comment ils avaient &eacute;t&eacute; mutil&eacute;s par l&rsquo;artillerie fran&ccedil;aise qui tira presque toujours trop court, comment l&rsquo;arri&egrave;re, mal organis&eacute;, n&rsquo;avait pu venir &agrave; leur aide &agrave; temps.<br /><br />Ah&nbsp;! ils n&rsquo;avaient pas recul&eacute; parce qu&rsquo;ils &eacute;taient Fran&ccedil;ais mais vrai&nbsp;! les cochons qui avaient organis&eacute; &ccedil;a si mal auraient bien d&ucirc; &ecirc;tre l&agrave;. Et dans un sursaut de r&eacute;volte, ils montraient le poing &agrave; un ennemi invisible mais qui, h&eacute;las, n&rsquo;&eacute;tait pas du c&ocirc;t&eacute; boche. Et leur figure maigre et barbue, aux yeux brillants, aux l&egrave;vres p&acirc;lies, &eacute;tait terrible &agrave; voir. Je les voudrais l&agrave; un peu, ceux qui sont cause de tous ces meurtres inutiles. Que dire en face de ces r&eacute;alit&eacute;s. H&eacute;las, pas grand&rsquo;chose. Les paroles de consolation sont banales et ne servent &agrave; rien. La seule chose qui r&eacute;ussisse, c&rsquo;est la gaiet&eacute;&nbsp;! Etre gaie pour tous est une m&eacute;thode qui m&rsquo;a toujours r&eacute;ussie. Tous ces grands bougres de poilus sont heureux quand on leur sourit et un mot gentil dit &agrave; point, trouve toujours le chemin de leur c&oelig;ur&nbsp;!<br /><br />Peu &agrave; peu, les trains sanitaires emport&egrave;rent  vers l&rsquo;int&eacute;rieur, vers le soleil et l&rsquo;oubli momentan&eacute;, toutes ces pauvres victimes de l&rsquo;orgueil et de l&rsquo;ambition de quelques-uns. L&rsquo;h&ocirc;pital reprit sa physionomie normale, les travaux recommenc&egrave;rent. Nous s&ucirc;mes alors que, malgr&eacute; l&rsquo;affolement qui avait r&eacute;gn&eacute; dans notre h&ocirc;pital, nous &eacute;tions les seuls qui soyons parvenus &agrave; liquider (si je puis parler ainsi) notre travail. Dans tous les autres h&ocirc;pitaux du secteur, &ccedil;a avait &eacute;t&eacute; terrible. D&rsquo;ailleurs cette offensive fut, je crois, la plus malheureuse de toute la campagne et fit l&rsquo;objet d&rsquo;une interpellation &agrave; la Chambre. Mais je ne pense pas que les coupables aient &eacute;t&eacute; punis.<br /><br />C&rsquo;est au cours de cette attaque que je vis pour la premi&egrave;re fois des boches et en quelle quantit&eacute; et de quelle fa&ccedil;on amoch&eacute;s. Ils furent tous, je ne sais pourquoi, vers&eacute;s dans le service des B.A. (grands et petits bless&eacute;s). Nous avons constat&eacute; l&agrave; que, pour je ne sais quelle raison, les plaies des allemands s&rsquo;infectent beaucoup plus facilement que celles des fran&ccedil;ais. Il y eut des cas de gangr&egrave;ne gazeuse par centaines. Il fallut installer une salle d&rsquo;op&eacute;rations sp&eacute;ciale pour eux et l&rsquo;on coupa les membres &agrave; la douzaine pour essayer de sauver le plus possible de ces &ecirc;tres mis&eacute;rables. <br /><br />Mais tout cela ne put &ecirc;tre fait en un clin d&rsquo;&oelig;il et je me souviendrai longtemps de l&rsquo;impression que j&rsquo;ai eue en rentrant un jour dans une baraque d&rsquo;allemands pour faire une piq&ucirc;re de morphine &agrave; un qui souffrait horriblement et se mourait. Une affreuse odeur vous prenait aux narines en p&eacute;n&eacute;trant l&agrave;-dedans. Cela sentait le fauve&nbsp;! Entre les lits il y avait des brancards et partout, partout des bless&eacute;s dont la plupart &eacute;taient condamn&eacute;s &agrave; mourir.<br /><br />Quelle responsabilit&eacute; terrible pour ceux qui ont contribu&eacute; de quelque fa&ccedil;on que ce soit &agrave;&nbsp;d&eacute;cha&icirc;ner un fl&eacute;au pareil&nbsp;; et combien lourdement p&egrave;sera le remord sur leurs &eacute;paules le jour o&ugrave;, d&eacute;gris&eacute;s, ils r&eacute;fl&eacute;chiront.<br /><br />25 Avril - Le beau temps est revenu&nbsp;! On oublie peu &agrave; peu les affreuses visions d&rsquo;il y a quelques jours&nbsp;! Dans ma salle 5, j&rsquo;ai encore quelques bless&eacute;s mais tr&egrave;s peu et pas tous les jours. Nous consolidons notre campement et allons souvent faire des p&egrave;lerinages au cimeti&egrave;re qui, un peu hors du camp sur le bord de la route, montre ses petites croix noires o&ugrave; sont accroch&eacute;es les cocardes du souvenir et, peint en blanc, le nom du disparu qui a le plus souvent emport&eacute; avec lui tout le bonheur d&rsquo;une famille.<br /><br />Maintenant nous avons la visite des avions allemands assez souvent et nous commen&ccedil;ons &agrave; nous habituer &agrave; entendre tout &agrave; coup dans le d&eacute;but de notre sommeil, l&rsquo;appel plaintif du clairon qui, par trois coups de langue, nous avertit du danger. Si, &agrave; ce moment, on n&rsquo;a pas la paresse et que l&rsquo;on mette le nez &agrave; la fen&ecirc;tre, on voit les projecteurs qui balaient le ciel en tous sens, les fus&eacute;es de toutes couleurs qui montent et descendent puis, si les avions s&rsquo;approchent dans cette direction, les 75* se mettent &agrave; miauler, les mitrailleuses &agrave; cr&eacute;piter et apr&egrave;s un quart d&rsquo;heure de raffut, tout se tait, l&rsquo;avion ou les avions sont pass&eacute;s&nbsp;; le plus souvent ce n&rsquo;est pas nous qu&rsquo;ils visent.<br /><br />30 Avril -  Deux de nos compagnes se conduisant mal et ne voulant pas rectifier leur conduite, Mme Raoul-Duval part &agrave; Paris pour demander leur changement. La situation est toujours la m&ecirc;me mais je crois que quelque chose se pr&eacute;pare encore.<br /><br />1er Mai - L&rsquo;aum&ocirc;nier catholique obtient l&rsquo;autorisation de c&eacute;l&eacute;brer dans la chapelle, un Salut du Mois de Marie chaque soir. Nous y allons en grand nombre et chantons de notre mieux.<br /><br />3 Mai - Les boches essaient d&rsquo;atteindre la ligne et le pont qui traverse en face de nous par des tirs de 210 mais, comme ils tirent trop court, c&rsquo;est nous qui prenons. Depuis ce matin, toutes les deux heures, ils nous envoient des bouch&eacute;es &agrave; la reine* qui, heureusement, ne se cassent pas toutes en tombant. Un obus est tomb&eacute; sur le triage, un autre sur le ravitaillement, personne de bless&eacute;. Tout le tour de l&rsquo;h&ocirc;pital est copieusement arros&eacute;&nbsp;; s&rsquo;ils continuent, nous pourrions peut-&ecirc;tre encaisser davantage.<br /><br /></span>]]></content:encoded></item><item><title>Ep 6 - Dans la guerre III</title><dc:creator>anne.palier@orange.fr</dc:creator><category>journal de guerre</category><dc:date>2008-02-04T12:14:10+01:00</dc:date><link>http://biographie.nalreva.fr/weblog/files/63bcf0ae839e47986c8a25832a236f1a-8.html#unique-entry-id-8</link><guid isPermaLink="true">http://biographie.nalreva.fr/weblog/files/63bcf0ae839e47986c8a25832a236f1a-8.html#unique-entry-id-8</guid><content:encoded><![CDATA[<span style="font:15px &#39;Lucida Grande&#39;, LucidaGrande, Verdana, sans-serif; ">10 Avril - Nous avons pris possession de la baraque qui doit nous servir de cantonnement. Elle n&rsquo;est pas encore termin&eacute;e mais peu importe. Nous continuons l&rsquo;&oelig;uvre des charpentiers et nous allons essayer de nous installer le plus confortablement possible. Nous avons tout d&rsquo;abord clou&eacute; des couvertures tout au long du couloir central pour isoler chaque case dudit couloir et chaque jour verra, je pense, un changement  de plus.<br /><br />Il y a ainsi quatre baraques Adrian r&eacute;serv&eacute;es aux &eacute;quipes d&rsquo;infirmi&egrave;res, deux &eacute;quipes pour l&rsquo;hospitalisation (grands bless&eacute;s intransportables), une &eacute;quipe pour les B.C.* (bless&eacute;s moyens ne pouvant pas circuler &agrave; pied), une &eacute;quipe (la n&ocirc;tre) pour les B.A. Une cinqui&egrave;me baraque forme le r&eacute;fectoire commun et trois ordonnances sont mises &agrave; notre disposition. Jamais je n&rsquo;ai vu un tel personnel et cela m&rsquo;intimide un peu. Le temps est toujours aussi laid.<br /><br />12 Avril - L&rsquo;installation des salles d&rsquo;op&eacute;rations est &agrave; peu pr&egrave;s termin&eacute;e. Quant &agrave; nos salles soi-disant d&rsquo;hospitalisation, cela laisse un peu &agrave; d&eacute;sirer. C&rsquo;est trou&eacute; comme des &eacute;cumoires, il pleut partout et nous sommes oblig&eacute;es de tirer les lits dans tous les sens pour &eacute;viter le plus possible que les bless&eacute;s soient mouill&eacute;s. Et puis il fait bien froid, mes pauvres gars sont tous raides le matin.<br /><br />Ma salle 5 &eacute;tant pleine (quarante-cinq bless&eacute;s) et le train n&rsquo;arrivant pas, la salle 6 commence &agrave; s&rsquo;emplir. Ils sont tous gentils au possible. C&rsquo;est &eacute;patant cette vie de camarades. Mademoiselle Pesqu&eacute; est all&eacute;e diriger la st&eacute;rilisation. C&rsquo;est Mademoiselle Bedts qui travaille avec moi. Mais &agrave; force de laver les poilus, nous en avons des engelures. Quel m&eacute;tier&nbsp;! Ce soir les poilus m&rsquo;ont appris que ce z.i.i.i.ou.. prolong&eacute; suivi d&rsquo;un &eacute;clatement sec que l&rsquo;on entendait de temps &agrave; autre depuis le matin marquait le passage d&rsquo;un obus &agrave; proximit&eacute;. Les boches2 bombardent Bazoches qui est un centre de ravitaillement. Tous les gars jugent l&rsquo;endroit dangereux et voudraient bien d&eacute;camper.<br /><br />14 Avril - Enfin le train tant d&eacute;sir&eacute; est l&agrave; et nos poilus, joyeux au possible, sont embarqu&eacute;s, qui ZA, qui ZI. Le caporal infirmier qui s&rsquo;y conna&icirc;t d&eacute;clare qu&rsquo;il y a bien longtemps qu&rsquo;il n&rsquo;a pas vu &eacute;vacuation aussi gaie. Me voici sans travail mais je ne pense pas que ce soit pour longtemps car l&rsquo;offensive semble proche.<br /><br />Ce soir nous avons grimp&eacute; sur le Mont. Le temps &eacute;tait plus clair et nous avons regard&eacute; tirer les grosses pi&egrave;ces fran&ccedil;aises qui sont proches. L&rsquo;artillerie est tr&egrave;s active et nous sommes maintenant familiaris&eacute;s avec la voix du canon. Les boches continuent &agrave; bombarder Bazoches tous les jours &agrave; peu pr&egrave;s &agrave; la m&ecirc;me heure.<br /><br />15 Avril - La pluie a recommenc&eacute; d&rsquo;une fa&ccedil;on <br />&eacute;pouvantable. L&rsquo;h&ocirc;pital est alert&eacute; pour demain.<br /><br />16 Avril - Toute la nuit, le canon a tonn&eacute; avec violence et ce matin de bonne heure, l&rsquo;attaque s&rsquo;est d&eacute;clench&eacute;e et nos soldats sont mont&eacute;s &agrave; l&rsquo;assaut de ce que l&rsquo;on appelle le &laquo;&nbsp;Chemin des Dames&nbsp;&raquo;. Quelle mis&egrave;re&nbsp;! et faut-il, Grand Dieu, que le g&eacute;nie humain soit seulement occup&eacute; de la fa&ccedil;on dont il faut s&rsquo;y prendre pour tuer ou rendre inservables le plus grand nombre possible d&rsquo;hommes.<br />L&rsquo;attaque avait &agrave; peine eu lieu depuis quelques heures que les bless&eacute;s arrivaient en masse. Les automobiles se succ&eacute;daient sans interruption sur la route, m&eacute;lang&eacute;es aux camions charg&eacute;s du ravitaillement en munitions, des troupes qui montaient en renfort, que sais-je encore. Tout cela sous une pluie battante, dans une boue inf&acirc;me. Les hommes que l&rsquo;on tirait de ces autos n&rsquo;&eacute;taient plus que de lamentables loques boueuses, sanglantes, bris&eacute;es, qui geignaient tristement et mouraient par centaines. Alors seulement on comprit ce qui manquait dans l&rsquo;h&ocirc;pital et ce non-ach&egrave;vement constat&eacute; quand il n&rsquo;est plus temps d&rsquo;y rem&eacute;dier, ce manque presque absolu de choses n&eacute;cessaires au dernier moment, c&rsquo;est navrant.<br /><br />Les &eacute;quipes chirurgicales fonctionnent sans arr&ecirc;t, op&egrave;rent nuit et jour, les bless&eacute;s qui tiennent sur leurs jambes sont debout dans les couloirs, harass&eacute;s, n&rsquo;ayant plus qu&rsquo;une vague id&eacute;e de ce qu&rsquo;ils sont, ne cherchant pas &agrave; savoir ce que l&rsquo;on va faire d&rsquo;eux, avec dans leurs yeux qui se ferment de lassitude, un reste de l&rsquo;effroi de la bataille, de la vision de mort qui les a fr&ocirc;l&eacute;e et ne les a &eacute;pargn&eacute;e cette fois-ci que pour les prendre plus s&ucirc;rement la fois prochaine.<br /><br />On op&egrave;re, on op&egrave;re sans cesse. L&rsquo;op&eacute;ration termin&eacute;e, le malheureux patient encore sous l&rsquo;effet du chloroforme, est remis tant bien que mal d&rsquo;aplomb sur ses jambes et, sa petite &eacute;tiquette sur la poitrine, part tout seul pour chercher un g&icirc;te o&ugrave; il attendra le train. Combien en avons-nous pris par la main de ces malheureux, ahuris, titubants, qui se laissaient emmener docilement, horriblement las et d&eacute;courag&eacute;s, dans la boue glissante, sous la pluie qui cingle la figure et vous glace jusqu&rsquo;aux moelles.<br /><br />Dans la baraque o&ugrave; il pleut presque partout, l&rsquo;infirmier, affol&eacute;, une lanterne &agrave; la main (la pose de l&rsquo;&eacute;lectricit&eacute; n&rsquo;est pas achev&eacute;e) court de droite et de gauche, r&eacute;pondant &agrave; tout le monde et n&rsquo;arrivant &agrave; satisfaire personne. Le bless&eacute; est conduit &agrave; un lit o&ugrave; il se laisse tomber&nbsp;; apr&egrave;s des efforts inou&iuml;s, on arrive &agrave; enlever les &eacute;normes godillots, rendus plus &eacute;normes encore par la couche &eacute;paisse de boue qui forme comme une carapace, puis la couverture est ramen&eacute;e sur la capote boueuse et tremp&eacute;e qu&rsquo;il n&rsquo;a pas le courage d&rsquo;enlever et un sourire d&eacute;tend sa pauvre face amaigrie et rong&eacute;e de fatigue et il dit dans un soupir de contentement : &laquo;&nbsp;Ah&nbsp;! c&rsquo;est bon &ccedil;a&nbsp;!&nbsp;&raquo; Ce &laquo;&nbsp;c&rsquo;est bon&nbsp;&raquo; qui s&rsquo;adressait &agrave; une chose si mis&eacute;rable vous fendait le c&oelig;ur et vous arrachait des larmes.<br /><br />Et puis, la faim&nbsp;! Tous ces hommes mouraient de faim ! J&rsquo;en ai vu &agrave; qui, dans le d&eacute;sarroi, on refaisait deux et trois fois le pansement, croyant qu&rsquo;il n&rsquo;avait pas &eacute;t&eacute; fait et qui r&eacute;clamaient &agrave; grands cris une assiette de soupe sans pouvoir l&rsquo;obtenir.<br /><br />Dans les salles 5 et 6, les seules qui fonctionnaient &agrave; peu pr&egrave;s normalement, gr&acirc;ce &agrave; l&rsquo;infirmier major, le caporal R&eacute;mion qui s&rsquo;&eacute;tait &laquo;&nbsp;d&eacute;brouill&eacute;&nbsp;&raquo; et poss&eacute;dait un mat&eacute;riel passable, on parvenait encore &agrave; donner &agrave; manger &agrave; ces pauvres &ecirc;tres. Rigadin avait plant&eacute; une bo&icirc;te &agrave; sardines vide au bout d&rsquo;un b&acirc;ton et, arm&eacute; de cette louche improvis&eacute;e, distribuait force soupe et force singe* &agrave; nos affam&eacute;s, cependant que de temps en temps, on voyait par l&rsquo;entreb&acirc;illement de la porte la face anxieuse de l&rsquo;infirmier de la salle voisine qui criait&nbsp;: &laquo;&nbsp;D&eacute;p&ecirc;che-toi de les faire bouffer et passe-moi ton mat&eacute;riel, les autres la sautent, &agrave; c&ocirc;t&eacute;&nbsp;!&nbsp;&raquo; c&rsquo;est &agrave; devenir fou dans de semblables moments !<br /><br /><br /><br /></span>]]></content:encoded></item><item><title>Ep 5 - Dans la guerre II</title><dc:creator>anne.palier@orange.fr</dc:creator><category>journal de guerre</category><dc:date>2008-01-04T14:32:11+01:00</dc:date><link>http://biographie.nalreva.fr/weblog/files/97298c08553d9e07461a95194a1fee5d-7.html#unique-entry-id-7</link><guid isPermaLink="true">http://biographie.nalreva.fr/weblog/files/97298c08553d9e07461a95194a1fee5d-7.html#unique-entry-id-7</guid><content:encoded><![CDATA[<span style="font:15px &#39;Lucida Grande&#39;, LucidaGrande, Verdana, sans-serif; ">En sortant, nous f&icirc;mes une halte sur la butte qui fut plus tard le domaine des &eacute;clop&eacute;s et nous regard&acirc;mes autour de nous. Le brouillard couvrait en partie la plaine. Il ne pleuvait pas mais le temps &eacute;tait tr&egrave;s laid.<br /><br />L&rsquo;h&ocirc;pital &eacute;tait situ&eacute; dans une sorte de vaste cuvette, de tous c&ocirc;t&eacute;s des collines assez hautes bornaient l&rsquo;horizon. En arri&egrave;re de nous se trouvait le Mont-Notre-Dame couronn&eacute; de sa vieille &eacute;glise et au pied duquel courait la ligne Paris-Fismes par laquelle nous &eacute;tions arriv&eacute;es la veille. Un poilu qui passait nous expliqua&nbsp;: &laquo;&nbsp;Le clocher que vous apercevez en face dans le lointain, c&rsquo;est Braine, un peu plus pr&egrave;s, ce tout petit village, c&rsquo;est Quincy-sous-le-Mont, maintenant derri&egrave;re cette colline, &agrave; trois kilom&egrave;tres, vous avez Bazoches et un peu plus loin, Fismes. Le front est l&agrave;&hellip; par l&agrave;&nbsp;&raquo; fit-il en tra&ccedil;ant une ligne vague avec sa main vers l&rsquo;endroit o&ugrave; nous avions vu des lueurs la nuit pr&eacute;c&eacute;dente, &agrave;&nbsp;huit ou dix kilom&egrave;tres, &laquo;&nbsp;et l&agrave;, &agrave; cinq kilom&egrave;tres environ, vous avez la grosse artillerie fran&ccedil;aise, vous la  verrez tirer &raquo;. Le poilu ayant donn&eacute; ces d&eacute;tails, se retira. Le canon s&rsquo;&eacute;tait tu, et dans le matin brumeux de cette humide journ&eacute;e de printemps, on n&rsquo;entendait que les coups de marteau des charpentiers qui travaillaient en sifflant.<br /><br />Nous rentr&acirc;mes pour d&eacute;jeuner. Apr&egrave;s quoi, libert&eacute; nous fut donn&eacute;e de sortir, m&ecirc;me du camp. Nous en profit&acirc;mes pour aller jusqu&rsquo;au village, mais dame, je croyais que jamais nous n&rsquo;en reviendrions. Apr&egrave;s avoir pass&eacute; le passage &agrave; niveau, la route n&rsquo;&eacute;tait qu&rsquo;un immense lac de boue liquide et blanch&acirc;tre o&ugrave; l&rsquo;on enfon&ccedil;ait d&eacute;sesp&eacute;r&eacute;ment. Cette route servait au passage du ravitaillement et comme une offensive &eacute;tait proche, des camions automobiles la sillonnaient en tous sens, nuit et jour.<br /><br />Sous l&rsquo;&oelig;il narquois des poilus, nous r&eacute;uss&icirc;mes &agrave; nous d&eacute;senliser et mon premier travail fut d&rsquo;acheter d&rsquo;&eacute;normes godillots avec lesquels je pourrais braver la &laquo; mouscaille* &raquo;. <br /><br />Le village est pauvre, beaucoup de maisons sont couvertes de chaume. Les habitants nous regardent curieusement. Sur le haut du Mont se trouve l&rsquo;&eacute;glise presque en ruines, mais un vrai bijou d&rsquo;architecture ancienne. A c&ocirc;t&eacute;, une maison un peu plus cossue que les autres et que l&rsquo;on nomme pompeusement &laquo;&nbsp;le ch&acirc;teau&nbsp;&raquo;. En face de notre HoE se trouve une ambulance*, centre de fractures, portant le n&deg; 2/69.<br /><br />Nous redescendons comme le clairon sonne la soupe et nous go&ucirc;tons pour la premi&egrave;re fois la bidoche qui, pendant bien longtemps sera le plus clair de notre ordinaire. L&rsquo;apr&egrave;s-midi se passe sans incidents. Nous &eacute;crivons.<br /><br />8 Avril - Le m&eacute;decin-chef ne peut nous recevoir car il s&rsquo;est malencontreusement donn&eacute; une entorse et garde la chambre. Tout de m&ecirc;me, il nous fait savoir que nous sommes affect&eacute;es au service des B.A. (ce qui signifie bless&eacute;s assis ou petits bless&eacute;s ne devant pas s&eacute;journer plus de 48 heures dans l&rsquo;h&ocirc;pital). Nous nous rendons sur l&rsquo;emplacement de notre nouveau service. Il se compose d&rsquo;une salle de r&eacute;ception o&ugrave; l&rsquo;on doit laver les bless&eacute;s &agrave; leur arriv&eacute;e, d&rsquo;une salle d&rsquo;op&eacute;rations avec tous ses tenants et aboutissants et d&rsquo;une douzaine de baraques Adrian* o&ugrave; les bless&eacute;s attendent l&rsquo;heure du train. <br /><br />La distribution du travail est faite. La plus grande partie d&rsquo;entre nous vont &agrave; la salle d&rsquo;op&eacute;rations &agrave; deux par &eacute;quipe chirurgicale. Quelques-unes nous restons pour assurer l&rsquo;hospitalisation (j&rsquo;en suis&nbsp;!). Le sort me donne les baraques 5 et 6, tout &agrave; c&ocirc;t&eacute; de la salle d&rsquo;op&eacute;rations. Dans la 5, il y a une vingtaine de bless&eacute;s qui sont l&agrave; depuis d&eacute;j&agrave; douze jours en attendant le train sanitaire et la marche &agrave; suivre nous est donn&eacute;e. La salle poss&egrave;de un sergent infirmier major qui s&rsquo;occupe des papiers, des formalit&eacute;s, des bons et de tout le bazar dont on m&rsquo;a si bien bourr&eacute; le cr&acirc;ne &agrave; Cavell, de trois infirmiers dont deux assurent le service de jour, les distributions d&rsquo;aliments et le reste, le troisi&egrave;me la nuit s&rsquo;il y a lieu. Aucun pansement ne peut &ecirc;tre fait dans ces salles qui sont simplement mont&eacute;es sur la terre battue et poss&egrave;dent pour tout mobilier des lits de fer avec chacun une paillasse et une couverture, o&ugrave; le poilu fourbu et venant d&rsquo;&ecirc;tre op&eacute;r&eacute;, attendra le bon vouloir du train sanitaire.<br /><br />Je regarde d&rsquo;un air surpris la personne qui me donne ces d&eacute;tails&nbsp;: &laquo;&nbsp;Et alors, que dois-je faire, moi&nbsp;? &raquo;<br />&mdash; Ah, ma foi, arrangez-vous&nbsp;!<br /><br />J&rsquo;avoue que j&rsquo;eus l&agrave; une petite d&eacute;sillusion (de combien d&rsquo;autres a-t-elle &eacute;t&eacute; suivie). Nous arrivions avec une &eacute;nergie toute neuve et un ardent d&eacute;sir de la d&eacute;penser et le genre d&rsquo;occupation que l&rsquo;on nous donnait semblait mal fait pour cela. N&eacute;anmoins, je ne voulus pas para&icirc;tre d&eacute;sorient&eacute;e du premier coup et, prenant mon courage &agrave; deux mains, je p&eacute;n&eacute;trai dans mon nouveau domaine. Les poilus m&rsquo;examin&egrave;rent en silence mais sans la moindre hostilit&eacute;. Je fis un superbe salut au sergent afin de me concilier ses bonnes gr&acirc;ces et, pour ce soir-l&agrave;, ne trouvant rien de mieux &agrave; faire, je causai un peu avec les soldats. Ils furent gentils comme tout et le soir, j&rsquo;avais un peu moins mal au c&oelig;ur&nbsp;!<br /><br />9 Avril - Le lendemain matin, &agrave; 7 heures tapant, j&rsquo;&eacute;tais dans mon service, me demandant avec anxi&eacute;t&eacute; ce que j&rsquo;allais bien pouvoir faire tout au long de cette grande journ&eacute;e, lorsqu&rsquo;avec mademoiselle Pesqu&eacute; qui d&eacute;tenait la baraque voisine, nous e&ucirc;mes une id&eacute;e de g&eacute;nie. Ces hommes-l&agrave; me paraissaient fort noirs et ne devaient pas s&rsquo;&ecirc;tre lav&eacute;s depuis bien longtemps. Je le leur demandais et les r&eacute;ponses qui me furent faites me prouv&egrave;rent que j&rsquo;avais parfaitement raison pour la plus grande partie de mes pensionnaires.<br /><br />Aussit&ocirc;t, nous nous m&icirc;mes en campagne. Le temps d&rsquo;&eacute;tablir les bons n&eacute;cessaires pour se procurer le mat&eacute;riel indispensable, d&rsquo;aller chercher ce mat&eacute;riel et de s&rsquo;installer, l&rsquo;heure de la soupe arriva&nbsp;; nous aid&acirc;mes quelques &eacute;clop&eacute;s &agrave; manger et ensuite nous y all&acirc;mes nous-m&ecirc;mes. L&rsquo;apr&egrave;s-midi, grande s&eacute;ance de frottage. Rigadin (un jeune infirmier tr&egrave;s amusant) va chercher l&rsquo;eau &agrave; la gare, quelle affaire ! Ce qu&rsquo;ils sont dr&ocirc;les tous mes gars, je commence &agrave; &ecirc;tre un peu plus contente. Le soir, mes gaillards bien lav&eacute;s et en rond autour du po&ecirc;le, les lits bien align&eacute;s et les couvertures en ordre, il para&icirc;t que, avec mon habit blanc qui allait et venait de ci de l&agrave;, la salle 5 avait un air de f&ecirc;te qu&rsquo;elle ne s&rsquo;&eacute;tait jamais vue.<br /><br /><br /><br /></span>]]></content:encoded></item><item><title>Ep 4 - Dans la guerre I</title><dc:creator>anne.palier@orange.fr</dc:creator><category>journal de guerre</category><dc:date>2007-12-04T14:26:59+01:00</dc:date><link>http://biographie.nalreva.fr/weblog/files/4d87a67782be83cb6ccb309d30fe08bf-6.html#unique-entry-id-6</link><guid isPermaLink="true">http://biographie.nalreva.fr/weblog/files/4d87a67782be83cb6ccb309d30fe08bf-6.html#unique-entry-id-6</guid><content:encoded><![CDATA[<span style="font:15px &#39;Lucida Grande&#39;, LucidaGrande, Verdana, sans-serif; ">Nos cantines descendues sur le quai (sur la terre plut&ocirc;t, car de quai, point) le convoi s&rsquo;&eacute;loigna lentement dans la direction de Fismes et un soldat s&rsquo;approcha de nous et nous dit qu&rsquo;il &eacute;tait l&agrave; pour nous conduire jusqu&rsquo;&agrave; l&rsquo;h&ocirc;pital, tout pr&egrave;s de la gare.<br />Silencieusement, nous travers&acirc;mes &agrave; sa suite la voie ferr&eacute;e et pass&acirc;mes le passage &agrave; niveau. A peine avions-nous accompli cette action que je sentis brusquement le sol c&eacute;der sous mes pieds et, sans pouvoir me retenir, je m&rsquo;embourbai litt&eacute;ralement dans une mare gluante qui faisait &laquo;&nbsp;flouc-flouc&nbsp;&raquo; sous mes pieds&nbsp;; une l&eacute;g&egrave;re exclamation m&rsquo;&eacute;chappa et mes compagnes, &agrave; qui la m&ecirc;me aventure &eacute;tait arriv&eacute;e, firent de m&ecirc;me. Le soldat qui nous accompagnait se mit &agrave; rire et dit&nbsp;: &laquo;&nbsp;Ce n&rsquo;est rien, c&rsquo;est de la boue. &raquo; Tant bien que mal, nous continu&acirc;mes &agrave; avancer en tra&icirc;nant des pieds dans cette marmelade et rattrap&acirc;mes enfin une autre voie ferr&eacute;e que notre guide nous fit suivre. L&agrave;, c&rsquo;&eacute;tait plus sec&nbsp;; apr&egrave;s quelques centaines de m&egrave;tres, nous nous trouv&acirc;mes en face d&rsquo;un parapet qu&rsquo;il fallut franchir &agrave; la force du poignet. Les plus grandes hiss&egrave;rent les plus petites, les plus maigres pouss&egrave;rent les plus grosses et toute la bande se trouva sans accroc sur le haut de ce qui &eacute;tait le quai d&rsquo;embarquement des bless&eacute;s pour l&rsquo;&eacute;vacuation.<br /><br />Le d&eacute;fil&eacute; reprit, nos yeux s&rsquo;habituant &agrave; l&rsquo;obscurit&eacute;, nous faisions tous nos efforts pour &eacute;viter les flaques d&rsquo;eau qui ne manquaient pas et la boue qui manquait encore moins ; nous suivions de petits chemins faits de baguettes de bois qui (je l&rsquo;ai appris par la suite) s&rsquo;appellent caillebotis. Mais ces fameux chemins manquaient par moment, et alors, infailliblement, il fallait faire un plongeon. Dans quel &eacute;tat se trouvaient nos bottines parisiennes qui, pour solides que nous les ayions choisies, n&rsquo;en &eacute;taient pas moins trop fragiles encore. Chemin faisant, nous croisions des tas de madriers*, du mat&eacute;riel de toutes sortes, des baraquements en construction. L&rsquo;h&ocirc;pital, puisque c&rsquo;&eacute;tait lui, &eacute;tait loin d&rsquo;&ecirc;tre achev&eacute;. Soudain, au seuil d&rsquo;une baraque, termin&eacute;e celle-l&agrave;, notre guide s&rsquo;arr&ecirc;ta et nous fit savoir que nous &eacute;tions arriv&eacute;es. Nous pouss&acirc;mes un soupir de soulagement car l&rsquo;excursion nocturne n&rsquo;avait rien de r&eacute;jouissant. Apr&egrave;s un moment de r&eacute;flexion, il se ravisa, nous fit encore traverser une route (ou du moins, ce qui serait plus tard une route, mais qui, pour le moment, n&rsquo;&eacute;tait qu&rsquo;un tas de boue) et enfin poussa la porte d&rsquo;une baraque o&ugrave; il nous dit d&rsquo;entrer. La lumi&egrave;re &eacute;lectrique, en sortant de notre s&eacute;jour prolong&eacute; dans l&rsquo;obscurit&eacute;, nous fit faire la grimace et, ayant termin&eacute; cet exercice, nous p&ucirc;mes constater que nous n&rsquo;&eacute;tions pas les premi&egrave;res habitantes de l&rsquo;h&ocirc;pital ; une trentaine de femmes &eacute;taient l&agrave;, couch&eacute;es bien entendu, ou plut&ocirc;t assises sur leur s&eacute;ant, &eacute;chevel&eacute;es, la mine effar&eacute;e et nous en face, faites comme des bandits et crott&eacute;es comme des barbets**. Ce devait &ecirc;tre un joli coup d&rsquo;&oelig;il. Heureusement que les t&eacute;moins manquaient !<br /><br />Elles nous dirent qu&rsquo;elles &eacute;taient infirmi&egrave;res comme nous et arriv&eacute;es de Paris depuis la veille. Elles nous indiqu&egrave;rent la rang&eacute;e de lits en face d&rsquo;elles pour nous coucher. En ce moment, la porte s&rsquo;ouvrit et des hommes entr&egrave;rent (&ccedil;a ne fait rien, c&rsquo;est la guerre) et pouss&egrave;rent nos cantines &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur&nbsp;; un instant apr&egrave;s l&rsquo;un d&rsquo;eux revint apporter un seau de th&eacute; chaud auquel nous f&icirc;mes honneur, car nous &eacute;tions gel&eacute;es. <br />Apr&egrave;s quoi nous chois&icirc;mes chacune un lit o&ugrave; nous nous gliss&acirc;mes apr&egrave;s une courte pri&egrave;re, un peu ahuries et, sans savoir pourquoi, le c&oelig;ur gros !&hellip; Blotties dans les draps qui sentaient le moisi, sous la mince couverture militaire, berc&eacute;es par le bruit sourd du canon qui grondait toujours au loin, nous nous endorm&icirc;mes lourdement, sans penser &agrave; quoi que ce soit&hellip;<br /><br />Telle fut notre arriv&eacute;e &agrave; l&rsquo;HoE 32 du secteur 181, dans la nuit du 6 au 7 Avril 1917.<br /><br />Le 7 Avril 1917 (matin de P&acirc;ques), &agrave; 5 heures 30, les notes joyeuses du clairon qui sonnait le r&eacute;veil vinrent nous tirer de notre engourdissement et nous apprirent que d&eacute;sormais, telles de vrais militaires, nous serions tous les jours &eacute;veill&eacute;es par la m&ecirc;me fanfare. Notre &oelig;il un peu ahuri fit le tour de l&rsquo;&eacute;tablissement et, derechef, je me mis &agrave; rire car le spectacle &eacute;tait cocasse. De chacun des quarante lits sortait une t&ecirc;te aux cheveux en broussaille, au regard atone. L&rsquo;une dit&nbsp;: &laquo;&nbsp;Bon sang, que j&rsquo;ai donc froid ! &raquo; et toutes de rench&eacute;rir&nbsp;: &laquo; Et moi donc, on g&egrave;le dans cette carr&eacute;e* !&nbsp;&raquo;<br /><br />Une des plus courageuses se leva pour gratter le po&ecirc;le et en faire jaillir une flamme r&eacute;jouissante, mais le p&ocirc;vre &eacute;tait mort dans la nuit, h&eacute;ro&iuml;quement, sans quitter son poste. Apr&egrave;s une petite demie-heure de r&eacute;flexion, nous nous lev&acirc;mes et rev&ecirc;t&icirc;mes notre uniforme, non sans une certaine appr&eacute;hension, le souvenir de notre promenade nocturne &agrave; travers l&rsquo;eau et la boue nous hantait et nous &eacute;prouvions des craintes s&eacute;rieuses quant &agrave; la dur&eacute;e de la blancheur des dits uniformes. Lorsqu&rsquo;il fallut enfiler les bottines, ce fut bien une autre histoire. Les malheureuses &eacute;taient raidies dans leur gaine de boue et ne voulaient rien savoir pour reprendre leurs fonctions. Il fallut employer la force et nous r&eacute;uss&icirc;mes, tant bien que mal &agrave; nous attifer &agrave; peu pr&egrave;s convenablement.<br /><br />Ce fut ce matin-l&agrave; que Fabal se rendit coupable d&rsquo;une action qui resta grav&eacute;e dans notre m&eacute;moire &agrave; tous. J&rsquo;ai fait mention plus haut d&rsquo;un seau de th&eacute; apport&eacute; dans la nuit, j&rsquo;ai aussi parl&eacute; du non ach&egrave;vement de l&rsquo;h&ocirc;pital. Il manquait donc &agrave; proximit&eacute; de l&rsquo;endroit o&ugrave; l&rsquo;on nous avait log&eacute;es, un de ces petits chalets dits de premi&egrave;re n&eacute;cessit&eacute;**. Notre jeune amie, pensant qu&rsquo;&agrave; la guerre tout est permis, se servit du seau &agrave; th&eacute; pour le remplacer (le chalet), ce qui ne manqua pas de provoquer notre hilarit&eacute; et la col&egrave;re du soldat charg&eacute; de notre service. Voil&agrave; comment pendant quinze mois nous mange&acirc;mes de la soupe venant d&rsquo;un seau qui avait, au d&eacute;but de sa campagne, servi &agrave; un tout autre usage (personne n&rsquo;est mort de cela !).<br /><br />Nous sort&icirc;mes pour aller &agrave; la messe, apr&egrave;s que l&rsquo;on nous eut dit qu&rsquo;une chapelle existait dans le camp. Nous nous f&icirc;mes indiquer le chemin et posant avec pr&eacute;caution nos pieds aux endroits les plus propres, nous gagn&acirc;mes un chemin fait de fagots jet&eacute;s sur la terre. Tout autour de nous, les hommes du g&eacute;nie allaient et venaient d&rsquo;un air affair&eacute;, clouaient, sciaient, cognaient et travaillaient &agrave; la construction des baraques. Je ne jurerais pas qu&rsquo;ils se fich&egrave;rent de nous, mais je ne jurerais pas le contraire non plus. Ayant trouv&eacute; la chapelle, nous y entr&acirc;mes. Pauvre petite chapelle, elle &eacute;tait minuscule, au centre et au fond, l&rsquo;autel, modestement garni d&rsquo;une petite croix de bois noir, de quatre touffes de laurier plant&eacute;es dans des douilles d&rsquo;obus, d&rsquo;une nappe bien simple orn&eacute;e d&rsquo;une petite dentelle et drap&eacute; dans le bas d&rsquo;une &eacute;toffe rouge. Le tabernacle &eacute;tait clos d&rsquo;un morceau de satin blanc sur lequel &eacute;tait brod&eacute; le sacr&eacute;-c&oelig;ur avec cette devise&nbsp;: &laquo;&nbsp;C&oelig;ur Sacr&eacute; de J&eacute;sus, sauvez la France. &raquo; Tout autour de la chapelle, les pr&ecirc;tres soldats installaient leur petit autel et disaient chacun leur messe. Plusieurs y &eacute;taient lorsque nous entr&acirc;mes. Nous entend&icirc;mes la messe et pri&acirc;mes de tout notre c&oelig;ur.<br /><br /><br /></span>]]></content:encoded></item><item><title>Ep 3 - Le grand d&#xe9;part III</title><dc:creator>anne.palier@orange.fr</dc:creator><category>journal de guerre</category><dc:date>2007-11-04T15:08:40+01:00</dc:date><link>http://biographie.nalreva.fr/weblog/files/085c8a32bd6109a7d8a3c829ebee7ff3-5.html#unique-entry-id-5</link><guid isPermaLink="true">http://biographie.nalreva.fr/weblog/files/085c8a32bd6109a7d8a3c829ebee7ff3-5.html#unique-entry-id-5</guid><content:encoded><![CDATA[<span style="font:15px &#39;Lucida Grande&#39;, LucidaGrande, Verdana, sans-serif; ">Comme je l&rsquo;ai dit d&eacute;j&agrave; au commencement de ces notes, les examens vous apparaissent toujours beaucoup plus terribles qu&rsquo;ils ne le sont en r&eacute;alit&eacute;. Nous avions comme examinateurs seulement Mme Girard-Mangin et le Dr Mulon, tous deux press&eacute;s d&rsquo;en finir. L&agrave;, comme presque partout, je crois ne pas me tromper en disant que les notes &eacute;taient d&eacute;j&agrave; donn&eacute;es avant que l&rsquo;examen ait eu lieu. La question chirurgie fut r&eacute;gl&eacute;e en cinq secondes, quant &agrave; la m&eacute;decine et &agrave; l&rsquo;administration, cela marcha comme sur des roulettes et au repas de midi, bien que ne connaissant pas les r&eacute;sultats, nous avions tout de m&ecirc;me un peu moins d&rsquo;angoisse que le matin.<br /><br />A 3 heures de l&rsquo;apr&egrave;s-midi, nous f&ucirc;mes mand&eacute;es &agrave; la salle d&rsquo;&eacute;tudes et l&agrave;, comme un coup de foudre, nous fut annonc&eacute;e cette extraordinaire nouvelle&nbsp;:<br /><br />- Mes enfants, dit le Dr Girard-Mangin, il faut que dans quarante-huit heures, vous soyez sur le front de Champagne&nbsp;!<br /><br />Bien que nous souhaitions toutes cette chose, elle nous surprit beaucoup. D&rsquo;abord nous comptions sur une permission avant d&rsquo;entrer en fonction et elle se trouvait supprim&eacute;e. Ensuite nous n&rsquo;esp&eacute;rions pas une si prompte r&eacute;ussite &agrave; nos projets et nous rest&acirc;mes un moment interloqu&eacute;es. Mme Girard-Mangin en profita pour nous lire les r&eacute;sultats de l&rsquo;examen. Ils &eacute;taient bons, toutes nous sortions avec un grade sup&eacute;rieur &agrave; celui avec lequel nous &eacute;tions entr&eacute;es. L&rsquo;une de nous &eacute;tait nomm&eacute;e &laquo; principale&nbsp;&raquo;, c&rsquo;est-&agrave;-dire chef. Je ne l&rsquo;ai pas nomm&eacute;e car elle ne fut pas une vraie infirmi&egrave;re et ne sut pas remplir son devoir. Elle ne resta que tr&egrave;s peu de temps dans nos rangs ainsi que plusieurs autres que je n&rsquo;ai pas nomm&eacute;es non plus, car elles nous quitt&egrave;rent successivement apr&egrave;s un court s&eacute;jour parmi nous. <br /><br />Le premier moment de surprise pass&eacute;, il fallut prendre une d&eacute;cision. L&rsquo;heure n&rsquo;&eacute;tait pas aux discours (comme le disait dans son speech je ne sais quel ministre), il fallait agir. Pas une de nous ne pipa*, toutes nous consent&icirc;mes &agrave; partir. Alors, cong&eacute; nous fut donn&eacute; et ce fut une course folle &agrave; travers les magasins de la capitale, une prise d&rsquo;assaut des taxis, une fi&egrave;vre ardente de d&eacute;pense de soi-m&ecirc;me pendant les quelques jours qui suivirent, si bien que nous ne pens&acirc;mes que tr&egrave;s peu &agrave; nos familles respectives qui, l&rsquo;angoisse au c&oelig;ur, nous attendaient pour une permission et, au lieu de cela,  allaient recevoir un avis de d&eacute;part pour le front.<br /><br />La veille du jour o&ugrave; nous devions quitter Paris, nous f&ucirc;mes pr&eacute;sent&eacute;es &agrave; celle qui devait &ecirc;tre notre principale (au-dessus de l&rsquo;autre), Madame Raoul-Duval qui se trouvait dans un h&ocirc;pital de la capitale depuis d&eacute;j&agrave; quelque temps et que le minist&egrave;re renvoyait au front, &agrave; la t&ecirc;te de notre &eacute;quipe. L&rsquo;impression fut bonne&nbsp;; malgr&eacute; son air fier et un peu s&eacute;v&egrave;re, on la sentait bonne et elle nous plut. Nous pens&acirc;mes que celle-ci &eacute;tait r&eacute;ellement chef dans toute la force du terme.<br /><br />Le lendemain, le c&oelig;ur un peu battant d&rsquo;&eacute;motion, nous &eacute;tions toutes sous les armes, r&eacute;unies dans le couloir central de l&rsquo;&eacute;cole. Nous faisions nos adieux &eacute;mus aux compagnes que nous quittions, au personnel de l&rsquo;h&ocirc;pital (nos chers bless&eacute;s nous avaient d&eacute;j&agrave; donn&eacute; tous leurs v&oelig;ux de bonne chance) et les cantines charg&eacute;es sur une auto, nous prenions &agrave; 1 heure de l&rsquo;apr&egrave;s-midi, le chemin de la gare de l&rsquo;Est.<br /><br />Ce d&eacute;part ne passa pas inaper&ccedil;u. D&rsquo;abord, nous &eacute;tions nombreuses et le hall de la gare encombr&eacute; de permissionnaires et de familles venant faire leurs adieux aux gars qui repartent et qui se dout&egrave;rent de notre lieu de destination. Nous savions que nous allions &agrave; l&rsquo;HoE 32*, rattach&eacute; &agrave; la 6&egrave;me arm&eacute;e. A la gare, nous s&ucirc;mes que le lieu o&ugrave; se trouvait cet h&ocirc;pital &eacute;tait Mont-Notre-Dame, dans l&rsquo;Aisne, &agrave; 122 kilom&egrave;tres de Paris et environ &agrave; 10 kilom&egrave;tres de la ligne de bataille. Des journalistes nous photographi&egrave;rent. Mme Girard-Mangin nous accompagna jusque dans le wagon, chose qui ne s&rsquo;&eacute;tait jamais vue et monsieur Mulon lui-m&ecirc;me vint nous dire au revoir. Le tout contribua &agrave; nous &eacute;nerver passablement et jusqu&rsquo;&agrave; la fin, nous f&ucirc;mes en proie &agrave; un entrain formidable. Le train s&rsquo;&eacute;branla vers 2 heures de l&rsquo;apr&egrave;s-midi, quelques minutes plus tard, nous avions quitt&eacute; Paris et nous roulions vers l&rsquo;inconnu. Alors une d&eacute;tente se produisit, nous ne perd&icirc;mes pas courage, oh non&nbsp;! mais la fi&egrave;vre du d&eacute;part tombant tout &agrave; coup, nous envisage&acirc;mes froidement la situation et &agrave; notre joie de voir enfin notre r&ecirc;ve se r&eacute;aliser si vite, se m&ecirc;la une pens&eacute;e inqui&egrave;te pour ceux que nous laissions en arri&egrave;re, qui pour la plupart, ignoraient encore notre d&eacute;part, mais qui bient&ocirc;t l&rsquo;apprendraient et s&ucirc;rement en seraient bien pein&eacute;s.<br /><br />Cependant, de trop longues r&eacute;flexions dans ce sens &eacute;taient interdites puisque nous l&rsquo;avions voulu et il fallait marcher de l&rsquo;avant. C&rsquo;est ce que nous f&icirc;mes et en attendant mieux, nous contempl&acirc;mes les riants paysages de la Marne, qu&rsquo;en 1914 l&rsquo;ennemi avait foul&eacute; de sa botte sans parvenir &agrave; le conserver en sa possession. L&rsquo;apr&egrave;s-midi se passa sans incident, le train marchait lentement et s&rsquo;arr&ecirc;tait bien souvent et tr&egrave;s longtemps, de sorte que bient&ocirc;t les premi&egrave;res ombres de la nuit descendirent lentement, et dans la m&eacute;lancolie tr&egrave;s douce de ce soir de printemps, une cloche sonna joyeusement, annon&ccedil;ant aux fid&egrave;les P&acirc;ques pour le lendemain. Une pri&egrave;re monta de nos c&oelig;urs vers le Dieu victorieux, et nous associ&acirc;mes dans une m&ecirc;me pens&eacute;e ce que nous quittions et ce que nous allions affronter. Le train repartit pour s&rsquo;arr&ecirc;ter de nouveau apr&egrave;s quelques kilom&egrave;tres et tout &agrave; coup, l&rsquo;une de nous tendant l&rsquo;oreille dit tout bas&nbsp;: &laquo;&nbsp;Qu&rsquo;est-ce&nbsp;? Qu&rsquo;entend-on&nbsp;?&nbsp;&raquo; Toutes, nous &eacute;cout&acirc;mes&nbsp;: un roulement sourd, &eacute;touff&eacute;, comme un bruit lointain d&rsquo;orage avec, de temps &agrave; autre, un coup plus fort parvenait jusqu&rsquo;&agrave; nous. Un frisson nous parcourut toutes quand l&rsquo;une de celles qui &laquo;&nbsp;l&rsquo;avait d&eacute;j&agrave; entendu&nbsp;&raquo; dit, en m&ecirc;me temps que nous le devinions&nbsp;: &laquo;&nbsp;C&rsquo;est le canon&nbsp;!&nbsp;&raquo;<br /><br />A partir de ce moment, nulle ne parla plus, toutes nous r&eacute;fl&eacute;chissions&nbsp;: la nuit &eacute;tait venue tout &agrave; fait et le voyage continua lentement, dans l&rsquo;ombre. A mesure que nous approchions, le roulement devenait plus distinct et lorsqu&rsquo;&agrave; 11 heures et demi, l&rsquo;employ&eacute; vint dire que nous &eacute;tions arriv&eacute;es &agrave; Mont-Notre-Dame et que nous descend&icirc;mes du train, notre regard fut attir&eacute; par des raies de feu, qui, en face de nous, striaient le ciel noir et nous apprirent ainsi la direction du front.<br /><br /><br /></span>]]></content:encoded></item><item><title>Ep 2 - Le grand d&#xe9;part II</title><dc:creator>anne.palier@orange.fr</dc:creator><category>journal de guerre</category><dc:date>2007-10-04T15:03:36+02:00</dc:date><link>http://biographie.nalreva.fr/weblog/files/3d4d750911134d2a1b57b681fadfd9b6-4.html#unique-entry-id-4</link><guid isPermaLink="true">http://biographie.nalreva.fr/weblog/files/3d4d750911134d2a1b57b681fadfd9b6-4.html#unique-entry-id-4</guid><content:encoded><![CDATA[<span style="font:15px &#39;Lucida Grande&#39;, LucidaGrande, Verdana, sans-serif; ">Et les cours de massage avec l&rsquo;in&eacute;narrable F&eacute;ri&eacute;, o&ugrave; il fallait pendant des heures frictionner vigoureusement et &agrave; tour de r&ocirc;le, le m&ecirc;me membre au m&ecirc;me malade qui aurait volontiers c&eacute;d&eacute; sa place s&rsquo;il y avait eu acqu&eacute;reur. Et les cours de pharmacie faits par l&rsquo;aimable Durin o&ugrave; l&rsquo;on rigolait royalement ou bien par l&rsquo;irascible Bi&eacute;ry qui nous parlait avec la m&ecirc;me douceur que si nous avions &eacute;t&eacute; autant de redoutables belles-m&egrave;res. Ah&nbsp;! le digne homme, avec lui on n&rsquo;avait pas envie de rire tout haut, car d&rsquo;un regard, il nous aurait p&eacute;trifi&eacute;es.<br /><br />Et les cours d&rsquo;administration (les plus durs) donn&eacute;s pourtant d&rsquo;une fa&ccedil;on claire et pr&eacute;cise par le Dr Girard-Mangin o&ugrave; nous avons appris entre deux sommeils (car quand nous avions veill&eacute; la nuit, il fallait soutenir une lutte h&eacute;ro&iuml;que avec nous-m&ecirc;mes pour ne pas ronfler pendant la s&eacute;ance), nous avons donc appris la fa&ccedil;on de laver les couvertures, le nombre de galons des officiers d&rsquo;administration, la fa&ccedil;on dont il faut se comporter quand un malade qui est sorti, rentre ivre, la fa&ccedil;on de d&eacute;sinfecter les locaux, les gens et les choses, la n&eacute;cessit&eacute; d&rsquo;&ecirc;tre au mieux avec l&rsquo;officier gestionnaire, la nature des diff&eacute;rents contrepoisons et une quantit&eacute; d&rsquo;autres choses dont je ne me souviens pas, dans la suite, avoir jamais eu besoin.<br /><br />Et la radio o&ugrave; l&rsquo;on ne p&eacute;n&eacute;trait que par infraction au r&egrave;glement pour entendre la parole s&egrave;che et br&egrave;ve de Madame Curie ou de sa fille expliquer ce que l&rsquo;on voyait &agrave; travers les fameux rayons X sans jamais pouvoir arriver &agrave; le voir soi-m&ecirc;me. Et la salle d&rsquo;op&eacute;rations avec sa st&eacute;rilisation si abondamment pourvue de tuyautage de cuivre qu&rsquo;il fallait astiquer &agrave; en avoir le torticolis&nbsp;; et ses rares op&eacute;rations au cours desquelles le terrible professeur Hartmann vous foudroyait par-dessus ses b&eacute;sicles coup&eacute;es en deux, &agrave; la moindre maladresse.<br />Et le r&eacute;fectoire o&ugrave; il fallait bondir au premier son de cloche sous peine de trouver les plats vides car le r&eacute;gime des restrictions brillait d&eacute;j&agrave; d&rsquo;un vif &eacute;clat &agrave; Cavell sous la terrible surveillance de Mademoiselle Wagner, une &eacute;conome rigide qui avait bien le physique de l&rsquo;emploi. A peine pouvions-nous sauver du d&eacute;sastre un peu de pinard et quelques tranches de pain avec la complicit&eacute; de Madeleine et de Virginie, les deux petites servantes dont nous avons le meilleur souvenir.<br /><br />Enfin le bureau du m&eacute;decin-chef o&ugrave; nous n&rsquo;allions qu&rsquo;en de rares et terribles circonstances pour recevoir un ordre ou un savon. <br />Je n&rsquo;oublie pas non plus le vestiaire o&ugrave;, de temps en temps, on allait attraper des totos* et faire des paquets bien carr&eacute;s&nbsp;; les arrivages de bless&eacute;s o&ugrave; il fallait d&eacute;charger l&rsquo;automobile et brancarder &agrave; outrance, le bureau o&ugrave; nous avons pris quelques le&ccedil;ons de paperasserie, la corv&eacute;e de linge sale o&ugrave; nous allions &agrave; tour de r&ocirc;le, la cuisine o&ugrave; l&rsquo;on se faisait attraper par le chef, la tisanerie o&ugrave; l&rsquo;on barbotait dans la flotte en confectionnant quelques &eacute;tranges mixtures, la corv&eacute;e de pinard* o&ugrave; il fallait lutter avec le distributeur pour ne pas qu&rsquo;il vous carotte. Que de souvenirs et j&rsquo;en oublie peut-&ecirc;tre, se rattachent &agrave; cet h&ocirc;pital de planches o&ugrave; nous avons franchement gel&eacute; pendant trois mois malgr&eacute; tous les efforts d&rsquo;Arthur et de son &eacute;pouse (les concierges) pour concilier la chaleur et l&rsquo;&eacute;conomie de charbon, deux choses qui ne peuvent aller ensemble. Les deux faits saillants du stage ont &eacute;t&eacute; deux alertes aux Zeppelins o&ugrave; nous avons eu le branle-bas de combat dans toute sa splendeur, d&icirc;n&eacute; &agrave; la lueur de simples chandelles et pr&eacute;par&eacute; notre testament. Les deux alertes se sont du reste termin&eacute;es sans accident pour la bonne ville de Paris.<br /><br />Il y avait environ trois semaines que nous vivions dans cette atmosph&egrave;re, lorsqu&rsquo; eut lieu un second examen d&rsquo;admission. De celui-ci, beaucoup sont rest&eacute;es avec nous jusqu&rsquo;&agrave; la dislocation finale et ont &eacute;t&eacute; de bonnes et vaillantes camarades. Ce sont Mme Breffort, les deux s&oelig;urs Marthe et Elena Michaudet, Mesdemoiselles Pesqu&eacute; et Terroine et, un peu plus tard, la petite Fabal.<br /><br />Au bout de trois mois de s&eacute;jour en ce lieu, arriva l&rsquo;&eacute;poque du fameux examen de sortie auquel nous ne pensions pas sans une religieuse terreur. Les malades qui &eacute;taient au courant de la chose, nous encourageaient de leur mieux et lorsque le jour fatal arriva, toutes nous avions encore une fois le c&oelig;ur l&eacute;g&egrave;rement chavir&eacute;.<br /><br /><br /></span>]]></content:encoded></item><item><title>Ep 1 - Le grand d&#xe9;part I</title><dc:creator>anne.palier@orange.fr</dc:creator><category>journal de guerre</category><dc:date>2007-09-04T14:02:07+02:00</dc:date><link>http://biographie.nalreva.fr/weblog/files/aa4feb1b93f19f43e790fc84d68687ed-3.html#unique-entry-id-3</link><guid isPermaLink="true">http://biographie.nalreva.fr/weblog/files/aa4feb1b93f19f43e790fc84d68687ed-3.html#unique-entry-id-3</guid><content:encoded><![CDATA[<span style="font:15px &#39;Lucida Grande&#39;, LucidaGrande, Verdana, sans-serif; ">Le 5 Janvier 1917 &agrave; 8 heures du matin, lorsque je p&eacute;n&eacute;trai dans la salle d&rsquo;&eacute;tudes de l&rsquo;H&ocirc;pital &eacute;cole Edith Cavell1, mon c&oelig;ur battait bien fort. D&eacute;j&agrave; beaucoup de jeunes femmes y &eacute;taient r&eacute;unies et une femme que je n&rsquo;avais jamais vue et qui se trouvait &agrave; une esp&egrave;ce de bureau sur une estrade face aux jeunes femmes susnomm&eacute;es, fixa sur moi un &oelig;il clair et per&ccedil;ant et d&rsquo;un geste bref, habitu&eacute; au commandement, m&rsquo;indiqua une place que je pris aussit&ocirc;t sans demander mon reste. Une fois cas&eacute;e je risquai un &oelig;il inquisiteur autour de moi ; je pense que toutes ces jeunes personnes, que le hasard avait ce matin-l&agrave; r&eacute;unies dans cette salle, n&rsquo;&eacute;taient gu&egrave;re plus rassur&eacute;es que moi. En tout cas, l&rsquo;on n&rsquo;entendait aucun bruit. La personne que j&rsquo;avais en face de moi et dont j&rsquo;ai d&eacute;j&agrave; parl&eacute; plus haut, retint plus longtemps mon attention. Elle &eacute;tait assez jeune, ses cheveux coiff&eacute;s simplement &eacute;taient en partie dissimul&eacute;s par un bonnet de m&eacute;decin en toile blanche. Ses v&ecirc;tements &eacute;taient &eacute;galement recouverts d&rsquo;une blouse en m&ecirc;me toile. Le tout lui donnait un air masculin qui lui seyait. Elle &eacute;tait dou&eacute;e d&rsquo;une physionomie intelligente et agr&eacute;able, bien que la bouche eut un pli tr&egrave;s moqueur et, lorsqu&rsquo;elle parla, sa voix au timbre clair et vibrant, ses expressions nettes et pr&eacute;cises nous frapp&egrave;rent et tout de suite nous int&eacute;ress&egrave;rent.<br /><br />Les diff&eacute;rentes phases de l&rsquo;examen commenc&egrave;rent. Car nous nous trouvions l&agrave; pour subir un examen afin d&rsquo;&ecirc;tre admises &agrave; suivre pendant trois mois les cours de l&rsquo;&eacute;cole Edith Cavell et d&rsquo;en sortir, s&rsquo;il &eacute;tait possible, avec un dipl&ocirc;me d'infirmi&egrave;re militaire, corps que le minist&egrave;re de la guerre fran&ccedil;ais venait de former pour rem&eacute;dier aux vides que la longueur des hostilit&eacute;s avait forc&eacute;ment creus&eacute;s dans les rangs des bataillons sanitaires f&eacute;minins. Toutes ou presque toutes les jeunes femmes qui se trouvaient l&agrave;, avaient d&eacute;j&agrave; servi, beaucoup depuis le d&eacute;but m&ecirc;me de la guerre, comme b&eacute;n&eacute;voles et se faisaient militariser dans le but unique de pouvoir aller plus pr&egrave;s du front et avoir ainsi, pensaient-elles, l&rsquo;occasion de se d&eacute;vouer davantage.<br /><br />Je n&rsquo;insiste pas sur les d&eacute;tails de cet examen qui fut, comme presque tous les examens, beaucoup moins terrible qu&rsquo;on se l&rsquo;imaginait. Lorsque le soir les r&eacute;sultats furent publi&eacute;s, &agrave; part quelques &eacute;liminations, la presque totalit&eacute; des pr&eacute;sentes entendit prononcer son nom et eut le c&oelig;ur soulag&eacute; d&rsquo;un gros poids. Pour ma part, j&rsquo;avoue que j&rsquo;eus ce soir-l&agrave; une des plus grandes joies de ma vie. J&rsquo;avais risqu&eacute; l&agrave; mon dernier espoir (espoir d&rsquo;&ecirc;tre infirmi&egrave;re aux arm&eacute;es) et le voir couronn&eacute; comme cela si vite de succ&egrave;s, me remplit d&rsquo;espoir pour l&rsquo;avenir. Le temps a pass&eacute; depuis et de toutes ces jeunes femmes qui, deux jours plus tard, commenc&egrave;rent avec moi leur service (une quinzaine environ), nous restons seulement quatre qui nous connaissons encore&nbsp;: Mesdemoiselles Germain et Bedts, Madame Lienhart et moi.<br /><br />Ah&nbsp;! ces rudes mois de Cavell, aucune de nous ne voudrait les refaire et cependant, toutes, nous nous les rappelons avec &eacute;motion. La salle d&rsquo;&eacute;tudes qui nous vit la premi&egrave;re avec ses tables d&rsquo;&eacute;cole. Le pupitre de Madame Girard-Mangin qui nous fit passer notre examen, directrice de l&rsquo;&eacute;cole et m&eacute;decin traitant des pavillons de malades o&ugrave; je fis mon plus dur service sous ses ordres. Dans un coin, Oscar, le mannequin sur la face duquel &eacute;tait dessin&eacute; un bon sourire et qui nous servit bien souvent d&rsquo;amusement et dans un autre coin le squelette qui, semblait-il, nous regardait curieusement &agrave; l&rsquo;aide de ses orbites vides. Le tableau noir sur lequel si souvent le Docteur F&eacute;ri&eacute; nous fit suivre, preuves &agrave; l&rsquo;appui, les diff&eacute;rentes phases de la phl&eacute;bite simple ou compliqu&eacute;e et les diff&eacute;rents &eacute;tages de la peau, ainsi que les affections du tissu cellulaire sous-cutan&eacute;. Dieu, avons-nous ri des fois quand m&ecirc;me.<br /><br />Et le couloir sur lequel s&rsquo;ouvraient toutes les portes de nos petits box, tous meubl&eacute;s de la m&ecirc;me fa&ccedil;on, avec un petit air avenant, s&eacute;par&eacute;s seulement par une cloison un peu plus haute qu&rsquo;un homme et sur lesquelles l&rsquo;extinction des feux &agrave; 10 heures nous surprit bien des fois &agrave; califourchon, faisant une farce &agrave; une de garde. Dieu, qu&rsquo;il faisait froid l&agrave;-dedans cet hiver-l&agrave; et comme il nous semblait dur, les nuits de garde, de nous lever &agrave; minuit pour aller remplacer la compagne qui avait h&acirc;te d&rsquo;aller se coucher. La voix enrou&eacute;e de sommeil, on r&eacute;pondait un &laquo; voil&agrave; &raquo; bien bourru, puis il fallait se lever quand m&ecirc;me, enfiler le couloir glac&eacute; en faisant le moins de bruit possible, sous peine de bl&acirc;me. Par la fen&ecirc;tre l&rsquo;on regardait d&rsquo;un &oelig;il atone le jardin tout blanc de neige et l&rsquo;on pensait que &laquo; l&agrave;-haut &raquo; il faisait plus froid encore pour la faction&nbsp;: allons, haut les c&oelig;urs, secoue-toi, c&rsquo;est la rel&egrave;ve !<br /><br />Et les salles avec leurs trente lits bien fourbis* (dame, il fallait y en mettre** pour l&rsquo;astiquage). Les malades qui vous accueillaient avec un bon sourire, le travail qu&rsquo;il fallait ex&eacute;cuter presto en se bousculant les unes les autres et la voix pointue de la monitrice qui invariablement annon&ccedil;ait, dominant les toux plus ou moins prononc&eacute;es&nbsp;: &laquo; Mesdemoiselles, je vous avertis que je suis de mauvaise humeur, si &ccedil;a ne va pas, les z&eacute;ros vont pleuvoir&nbsp;! &raquo; On courbait le dos, on rigolait un tantinet, nous connaissions si bien la formule. Les malades aussi la connaissaient et ils s&rsquo;amusaient bien de ces menaces faites &agrave; de grandes jeunes filles, m&ecirc;me &agrave; des femmes, comme &agrave; des b&eacute;b&eacute;s. Et les nuits de garde (j&rsquo;y reviens) avec les po&ecirc;les qu&rsquo;il ne fallait pas laisser &eacute;teindre sous peine de z&eacute;ro, toujours. Si malgr&eacute; toute notre vigilance, l&rsquo;accident arrivait, il fallait courir les cours et les jardins &agrave; la recherche de morceaux de bois ou d&rsquo;une bonne bronchite, pour r&eacute;parer la chose autant que possible; et la glace qu&rsquo;il fallait casser (pour les appendicites et autres maladies de ce genre) par treize degr&eacute;s au-dessous, nous interrompions souvent la besogne pour souffler dans nos doigts. Et les tisanes et les frictions et encore bien d&rsquo;autres choses, les appels se croisaient, c&rsquo;&eacute;tait une alerte continuelle, si bien qu&rsquo;au matin les bons malades, le regard attendri, nous disaient &laquo; Allez vite vous reposer mademoiselle, vous ne l&rsquo;avez pas vol&eacute;.&nbsp;&raquo;<br /><br /><br /></span>]]></content:encoded></item></channel>
</rss>
